La gestion de la dette des pays en développement

Dans cet article, nous allons traiter un sujet qui fait couler beaucoup d’encre dans la presse économique : la dette des pays en développement. Cet article ne se veut pas exhaustif. Il ne faudra surtout pas oublier d’ajouter des référence liées à la covid-19.

 

I/ Comment gérer la dette ?

 

A/ L’évolution de la dette

À partir du milieu des années soixante-dix, la dette en valeur des PED a connu une évolution sans précédent. Son montant estimé à 250 milliards de dollars en 1975 était de 500 milliards en 1981 pour atteindre 1000 milliards en 1986. La progression s’est ensuite poursuivie. En 2003, cet endettement s’établit à plus de 2500 milliards de dollars, ce qui correspond à un taux d’endettement égal à 68 % contre 43% en 1998.

L’origine des financements se décompose de la manière suivante : 54% des fonds sont privés et 46% sont publics.

On estime la capacité́ de remboursement en comparant le service de la dette, c’est à dire son coût annuel, avec les recettes d’exportation. Le ratio obtenu est d’environ 20 % des exportations, avec toutefois des situations très différentes selon les pays : 34% en Amérique latine et Caraïbe, 18% en Asie du Sud, 15% pour l’Afrique subsaharienne, 14 % pour l’Afrique du Nord et le moyen orient, 12% pour l’Asie de l’Est.

Un quart de siècle après ce qu’il est convenu d’appeler la première crise de la dette (en 1982), selon Eric Berr (La dette des PED : bilan et perspectives,2005) : « les PED ont remboursé 3400 milliards de dollars (à titre d’intérêt ou d’amortissement). Ils ont ainsi remboursé six fois leur dette de 1980 pour se retrouver quatre fois plus endettés. »

 

B/ La crise des année quatre-vingt

Avec 4.6% de croissance annuelle dopée par le cours des matières premières (contre 2.5% en moyenne pour les occidentaux), les PED sont apparus au cours des années soixante-dix, comme un eldorado pour les pétrodollars qui satisfont alors sans réserve les demandes de financement.

Mais, plusieurs facteurs vont venir à partir de 1979 enrayer progressivement cette mécanique, et mener à la crise. On retiendra plus particulièrement la baisse des prix des matières premières, en raison des économies d’énergie et de la récession que connaissent les pays du nord, et le changement de la politique des USA qui entraient alors dans l’ère monétariste.

La hausse des taux d’intérêt réels que cette politique engendre, alourdit la charge financière supportée par les pays endettés. Le London Interbank Offered Rate qui sert de référence pour les crédits aux PED est passé d’environ 11% début 1979 à près de 20% à la mi – 1981. En août 1982, la crise est révélée au monde par le Mexique qui se déclare en défaut de paiement.

Entre 1980 et 1986, le ratio dette/exportations des 17 pays les plus endettés passe de 175% en 1980 à 664% en 1986. Le service de la dette atteint quant à lui 30 % des exportations. Les créanciers privés sont menacés et avec eux, le système bancaire des pays développés est en danger. À la fin de 1984, les neuf plus grandes banques américaines sont engagées en Amérique latine à une hauteur qui dépasse leurs fonds propres.

 

C/ Les stratégies possibles de traitement de la dette

Lorsqu’un pays se retrouve dans l’incapacité de rembourser sa dette, il existe quatre stratégies possibles.

La première consiste à mettre en place un rééchelonnement, c’est à dire un allongement de la durée de remboursement pour diminuer le service de la dette. Il ne s’agit en aucun cas de désendetter le pays à long terme mais de lui permettre de faire face à ses obligations à court terme. Cette « solution » est mise en œuvre par le club de Paris qui regroupe les créanciers publics et le club de Londres qui est son équivalent pour les créanciers privés.

La seconde stratégie est une celle du refinancement, il s’agit d’accorder de nouveaux prêts aux pays les plus endettés. Compte tenu du désengagement des créanciers privés, ces prêts sont sans aucun doute d’origine publique (FMI, BRI). La conséquence, c’est alors l’augmentation de la dette.

La troisième possibilité́, c’est de convertir la dette. Très vite, dès 1983, apparaît un « marché gris » des titres de dettes dont la valeur n’est plus assurée. Il s’agit ici de les revendre en acceptant une décote par rapport à leur valeur initiale, le but pour le créancier étant de s’assurer une partie du remboursement.

Enfin, la dernière stratégie consiste à annuler une partie de la dette, ce qui revient à considérer que le niveau d’endettement interdit alors toute reprise de croissance.

 

 

II/ Bilan de la gestion de la dette des PED

 

A/ L’évolution de la gestion de la dette des PED depuis 1982

Avant 1985, il n’est pas encore possible de parler de gestion de la dette. Les années qui précèdent sont en effet des années de crises pendant lesquelles le seul objectif est d’éviter la propagation de la crise, en particulier aux pays développés par l’intermédiaire de leur système bancaire. Ainsi, le Mexique obtient en août 1982, un prêt à court terme de la Banque des Règlements Internationaux ( BRI) d’un montant d’un milliard de dollars.

En 1985, c’est donc une première rupture : en mars, le Mexique qui bénéficie du premier véritable plan de rééchelonnement ; en octobre, la plan proposé par James Baker est un plan de refinancement de 30 milliards de dollars associé à un programme de politiques d’ajustement structurel conduit par le FMI.

Une seconde rupture intervient en mars 1989 avec le plan Brady. Il met en place une stratégie officielle de reconversion de la dette publique en obligations (les Brady bonds) garanties par le FMI. L’un des effets notables de ce plan sera d’ouvrir de nouveau aux PED les vannes du financement privé.

Enfin, depuis 1996, des programmes d’annulation des dettes sont mis en place par le FMI vis à vis des Pays Pauvres Très Endettés ( PPTE), éligibles selon certaines conditions ( dette supérieure à 150% des exportations ou 250% des recettes fiscales). Par exemple en 1999, plusieurs programmes d’annulation de la moitié de la dette ont été mise en place pour quarante pays dont le ratio dette / PIB était au moins de 80%.L’annulation a représenté́ alors 150 milliards de dollars, soit 3 années d’exportations.

 

B/ L‘intégration des PED à la mondialisation

La crise de la dette a progressivement imposé des solutions « libérales ». John Williamson utilisa le premier (en 1990) l’expression « consensus de Washington » pour désigner la pression du FMI et de la Banque mondiale en faveur de la libéralisation des marchés et du retrait de l’Etat.

Cette pression s’exerçait d’autant plus qu’elle déterminait l’obtention de nouveaux financements et fut incarnée par les Politiques d’Ajustements Structurels (PAS). Ces politiques sont des programmes à double objectifs : rétablir l’équilibre macro économique à court terme ; établir les conditions d’une croissance longue.

Les mesures à court terme sont des mesures de stabilisation monétaire et financière : maîtrise des dépenses publiques, taux d’intérêt élevés, éventuellement dévaluation.

A long terme, il s’agit pour ces pays de participer à la mondialisation par la baisse des droits de douane (Entre 1990 et 1997, les droits de douane ont baissé́ en Inde de 82% à 30%, de 25% à 12 % au Brésil, de 43 à 12% en Chine), par des privatisations pour faciliter les entrées d’IDE qui apparaissent alors comme le moyen de financer l‘investissement sans épargne préalable et sans endettement supplémentaire.

Incontestablement cette stratégie a permis une croissance forte dans certains PED ou pays émergents, ils accueillent désormais un tiers environ des IDE et représentent une part croissante du commerce mondial.

 

C/ La participation à la mondialisation peut-elle être l’unique solution ?

L‘intégration des PED dans la globalisation financière a transformé́ la nature des crises qu’ils sont amenés à subir. Depuis la crise mexicaine de 1994, l’instabilité est récurrente sur les places financières émergentes, alimentée par des flux de capitaux finalement très déstabilisateurs.

Par exemple, si les flux annuels d’IDE entrants au Mexique augmentent de 84 % entre 1980 et 1994, les investissements de portefeuilles sont quant à eux multipliés par 25 et représentent alors 60 % des entrées de capitaux.

Entre 1995 et 2000, le FMI ( le pompier – pyromane ? ) a du mobiliser 300 milliards de dollars pour limiter les effets de ces crises. La seconde interrogation porte sur les PPTE où malgré́ les programmes d‘allégement de la dette, celle-ci continue d‘empêcher tout développement. Dans les pays d’Afrique sub-saharienne, le service de la dette représente une part qui les oblige à réduire les dépenses d’éducation et les dépenses de santé, alors qu’ y vivent 40 millions de personnes infectées par le Sida et 113 millions d’enfants non scolarisés.

On peut enfin s’inquiéter des changements de la dette elle-même.

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