Les cryptomonnaies : armes de guerre dans le conflit ukrainien ?

Imaginez un ministre affichant le RIB du gouvernement sur son compte Twitter. C’est peu ou prou ce qu’a fait le sous-ministre de la transformation numérique ukrainien. En effet, peu après le début de l’invasion russe, Alex Bornyakov a publié un tweet répertoriant les wallet ids, c’est à dire la clé publique des portefeuilles de crypto monnaie du gouvernement ukrainien.

Grâce à cette suite de chiffres et de lettres, des entreprises et des particuliers ont pu transférer leurs avoirs en crypto monnaie à l’armée et au gouvernement ukrainien en moins de dix minutes. Et c’est ainsi que depuis le 24 février, le gouvernement ukrainien a reçu plus de 100 millions d’euros de dons en crypto monnaie pour financer la guerre.


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Cryptomonnaies et effort de guerre

Avec 15 millions dollars de dons en cryptomonnaie, le gouvernement a pu fournir à l’armée ukrainienne du matériel de guerre et notamment 5 500 gilets pare-balles, 60 talkie-walkie, 500 casques, 3 125 caméras thermiques, 410 000 repas. Pour payer ces achats, le gouvernement a pu compter sur 40 % de fournisseurs européens et américains acceptant la cryptomonnaie. Le gouvernement se montre assez flexible en acceptant de nombreuses cryptomonnaies : bitcoin, ethereum, tether, solana…

Les spécificités législatives et techniques des crypto monnaies en font une alternative idéale pour envoyer des dons rapidement. L’autre partie des dons en cryptomonnaie est aussi convertie en monnaie fiduciaire (en euros) pour venir en aide à la population.

 

L’Ukraine accepte aussi des dons moins classiques, sous forme de NFT. Le ministre de la transformation numérique ukrainien affirme d’ailleurs avoir engagé deux entreprises pour créer une collection de NFT vendue au profit de l’Ukraine. Le 2 mars, la vente d’un drapeau de l’Ukraine en NFT a permis de rapporter la somme de 6,7 millions de dollars.

 

L’Ukraine à la pointe de la cryptomonnaie 

Depuis l’élection du président Zelensky en 2019, l’Ukraine cherche activement à développer la cryptomonnaie et particulièrement le minage. D’anciennes usines ont été reconverties en fermes de minage, l’Ukraine a tenté d’attirer des ingénieurs, des codeurs et des programmeurs.

Une semaine avant l’invasion russe, le parlement ukrainien légalisait les cryptomonnaies, sans pour autant en faire des monnaies reconnues officiellement. Le jeune ministre Mykahilo Fedorov y voyait un moyen de protéger les biens de la population ukrainienne de possibles fraudes. Il faut d’ailleurs rappeler que l’Ukraine est l’un des 5 pays au monde utilisant le plus les cryptomonnaies.

Avant l’invasion russe, les recherches sur la cryptomonnaie avaient aussi pour but de se protéger de la corruption. En effet, le système bancaire ukrainien est fragile et entre 2014 et 2018, des centaines de banques ont fermé, les Ukrainiens ont perdu toute confiance dans le système bancaire et le pays a largement subi l’austérité imposée par le Fonds Monétaire International (FMI).

 

Dès lors, la cryptomonnaie pourrait permettre de s’éloigner des institutions financières et pourrait être une valeur refuge. Près de 5,5 millions d’Ukrainiens détiendraient de la cryptomonnaie, soit un habitant sur huit. Le 16 mars, un projet de loi a été adopté et déclare que les devises numériques ukrainiennes et étrangères seront reconnues sur le territoire, signifiant concrètement que les sociétés de cryptomonnaies pourront bientôt ouvrir des comptes dans les banques ukrainiennes.

 

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Une monnaie à double tranchant

Face aux sanctions économiques annoncées par de nombreux pays, la Russie semble tentée de tirer profit de la cryptomonnaie, particulièrement dans la mesure où sa population en détient plus de 200 milliards de dollars. Avec l’exclusion de sept établissements bancaires russes du système bancaire international Swift, le recours aux crypto monnaies pourrait être une façon de contourner cette destitution. Et le pic d’achats de bitcoins en roubles, la monnaie russe, au premier jour du conflit va dans ce sens.

 

D’autre part, certains pays utilisent déjà la cryptomonnaie pour esquiver les sanctions économiques. D’après l’entreprise spécialiste de la crypto Elliptic, l’Iran minerait 4,5 % des bitcoins à l’échelle mondiale, ce qui lui rapporterait près d’un milliard de dollars par an en bitcoin. L’Iran monétise ainsi ses réserves de pétrole, source d’énergie pour le minage, sans avoir à l’exporter. Les mineurs sont rémunérés en bitcoins utilisés pour importer des produits.

 

Depuis le début de l’invasion russe, le gouvernement ukrainien a multiplié les appels à bloquer les transactions russes sur les plateformes d’échange de cryptomonnaie. Mais celles-ci ont refusé. Les dirigeants des plateformes Binance et Kraken s’y sont notamment opposés, rappelant leur caractère apolitique. Seuls les comptes affiliés à des personnes sanctionnées individuellement ont été gelés.

L’utilisation massive des crypto monnaies par la Russie a poussé le ministre français de l’économie Bruno Le Maire à proposer de prendre également des sanctions concernant les cryptomonnaie. L’UE et l’OTAN pourraient par exemple demander aux plateformes d’échange d’interdire les virements vers des adresses russes. Mais se poserait alors la question de la neutralité de la crypto monnaie, qui se veut initialement neutre, décentralisée et hors des institutions…

 

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