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El Niño : Tout savoir sur ses effets et comment s’y préparer

Sommaire

            Le 21 septembre 2026, le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a déclaré l’état d’urgence dans l’État, face à l’arrivée du phénomène El Niño sur la côte ouest américaine. Et ces craintes se sont confirmés le 9 octobre 2026 avec de puissantes vagues inondant plusieurs localités sur la côte californienne. Or Gavin Newsom n’est pas le premier à avoir déclaré l’état d’urgence face à l’arrivée du problème, cet été le Panama, le Salvador et le Pérou l’ont fait aussi à cause des sécheresses récurrentes qui eurent lieu. Mais quel est ce phénomène qui risque d’affecter durablement notre planète ?

 

Qu’est-ce qu’El Niño ?

 

El Niño est un phénomène climatique naturel de 6 à 18 mois avec un apogée en hiver. Il se forme dans le Pacifique équatorial, plus précisément dans la zone surnommée « El Niño 3.4 », lorsque la température de la mer grimpe de plusieurs degrés. Cette année la température a augmenté de plus de 3°C et de plus de 8°C à plus de 100 m de profondeur par rapport à la normale, ce qui annonce un « Super El Niño », surnommé aussi « Godzilla ».

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Un El Niño historique ?

 

Dans l’histoire, El Niño est un phénomène qui a déjà provoqué de grandes tragédies et même influencé l’histoire politique de pays. En 1878, El Niño contribua à une famine au Brésil, en Afrique et en Asie qui aurait fait jusqu’à 50 millions de morts. En 1998, la sécheresse provoquée avait détruit les récoltes, ce qui avait fait tomber le pouvoir de plus de trente ans de Suharto en Indonésie. La secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo, a averti que cet épisode « pourrait être plus puissant que tout ce que nous avons observé depuis le début de nos relevés ». Reste à savoir si nous sommes à l’origine de l’intensification de ce phénomène ?

 

L’activité humaine influence-t-elle El Niño ?

 

Il est difficile de déterminer si El Niño est un indépendant des activités humaines ou aggravé par elles. En effet, les relevés systématiques de température de la surface océanique au niveau des Galápagos, là où les épisodes El Niño prennent naissance, ne remontent qu’aux années 1980. Pourtant, une étude de l’université du Michigan reposant sur l’analyse de la composition de coraux qui poussent depuis des siècles dans les eaux des Galápagos montre une intensification des épisodes d’El Niño depuis que l’humain émet des gaz à effet de serre. Ainsi, plus qu’amplifier les conséquences d’El Niño, le réchauffement climatique, d’origine anthropique, intensifie ses effets et le rend plus récurrent.

 

Quelles sont les effets d’El Niño ?

 

El Niño produit des fluctuations des températures de l’eau dans le Pacifique, ce qui affaiblit les alizés (vents forts du Pacifique) ce qui pousse les eaux chaudes de surface vers l’est. Ces eaux libèrent de la chaleur dans l’atmosphère, favorisant un air chaud et humide contribuant à augmenter les températures mondiales. Ce climat est propice aux sécheresses et aux risques d’incendies en Amérique centrale (notamment dans le couloir sec), en Océanie et en Asie, perturbant la mousson. En Afrique, les conséquences du phénomène sont très disparates. L’Est subit des pluies diluviennes, la FAO met en garde contre de grave risque d’inondations en Somalie, alors qu’à l’ouest et au sud, ce sont plutôt des vents secs renforçant le harmattan, ce qui entraine des sécheresses.

Ce sont des impacts très différents entre les régions, donc difficiles à prévenir par une action globale. C’est pourquoi les réactions se multiplient autour du phénomène.

 

Quelles sont les réactions et quelles ont été les mesures mises en place ?

 

Le vendredi 31 juillet, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a plaidé pour la mise en œuvre d’un programme au niveau mondial avec quatre mesures :

  • Sortir des énergies fossiles ;
  • Protéger la population avant que la chaleur devienne encore plus meurtrière ;
  • Mieux prendre en compte la chaleur extrême sur les lieux de travail ;
  • Adapter les villes, les écoles, les hôpitaux.

 

Cependant, comme dit précédemment, il est dur de mener une coopération face à un problème qui frappe de manière aussi différente les régions du globe. La Chine s’inquiète mais n’agit pas. Elle préconise seulement une planification conjointe des réservoirs dans les principaux bassins fluviaux pour lutter face aux sécheresses sans remettre en question son modèle de ville en hauteur avec une densité très forte, assez peu adaptée face à de telles conditions météorologiques (glissement de terrain, tremblement de terre).

Ce qui a été mis en place.

Son voisin indien, où la mousson apporte 70 % des pluies annuelles du pays, le gouvernement a mis en place un plan d’action contre la chaleur en ville, pour reconstituer les réserves de stocks de blé, une interdiction d’exportation de riz et d’oignons et une gestion des réservoirs d’eau.

Au Kenya, une affiche gouvernementale, inhabituelle, inquiète les experts. Elle demande de réviser son générateur en prévision des coupures d’électricité ; mais aussi de stocker un mois de médicaments, d’établir un plan d’évacuation du foyer et de trouver un point en hauteur pour sécuriser le bétail. Or ces mesures relève davantage de consignes que de véritables solutions face à l’ampleur du problème.

En Indonésie, après que près de 200 000 hectares de forêt sont partis en fumée cet été, Jakarta a lancé les Operasi Modifikasi Cuaca (OMC), des opérations de modification de la météo qui consistent à ensemencer des nuages avec principalement de l’iodure d’argent pour déclencher la pluie. Cependant, ce projet, même s’il n’est pas un échec, il reste un simple pansement.

 

Une importante crise humanitaire se profile.

 

L’armée américaine a programmé, pour février 2027, le déploiement d’un navire-hôpital au large du Pérou, prêt à venir en aide aux victimes des crues annoncées. En 2016, c’était plus de 60 millions de personnes en Afrique australe et orientale dans une situation de détresse humanitaire à cause de l’El Niño ravageur dans la région. Les migrants climatiques sont déjà à plus de 3 millions dans l’Afrique de l’Est et australe selon l’ONG Danish Refugee Council. Dans cette même région, plus de 18 millions de personnes pourraient être confrontées à l’insécurité alimentaire, d’après des prévisions de l’ONU. Les récoltes agricoles fortement touchées par le phénomène deviennent irrégulières ou totalement perdues. Dans le sud et l’ouest du Honduras, c’est plus de 80 % de pertes des récoltes de maïs et de haricots.

 

Quelles sont les conséquences sur le monde d’El Niño ?

 

Le monde étant dans une santé économique et géopolitique plus fragile que lors du dernier épisode intense, en 2015-2016, les retombées seront d’autant plus violentes. Au-delà des pertes agricoles dans le delta du Mékong, au Brésil ou en Afrique du Sud, El Niño pourrait impacter la circulation de l’économie mondiale. En effet, en Asie en 2026, 28 typhons ont été recensés. Ces phénomènes paralysent les ports et retardent le commerce mondial. Au port de Shanghaï, seulement 21 % des porte-conteneurs sont arrivés à l’heure en juillet et les risques de destruction des infrastructures portuaires sont portés à 7,15 milliards de dollars.

Dans le canal du Panama, le niveau d’eau du lac d’Alajuela a considérablement baissé en raison de la baisse des précipitations, ce qui réduit le nombre de cargos quotidien, ramené de 36 à 30. Or le canal est devenu primordial depuis le blocage du canal de Suez dû à la guerre au Moyen-Orient. Des alternatives existent : contourner l’Amérique par la pointe sud ou charger les conteneurs sur des trains.

 

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En Afrique, les coopérations intra-africaines et l’autonomie du continent pourraient être gravement entravées par El Niño. Le « corridor Nord », qui relie le Kenya à la République démocratique du Congo, représentait environ 61 milliards de dollars d’échanges en 2021, or le Kenya y prévoit déjà entre 10 et 20 milliards de dollars de pertes. Mais les pertes ne sont pas seulement économiques et humaines.

 

Quels sont les dangers du phénomène sur la biodiversité ?

 

En juin, Carlos Zavalaga, directeur du laboratoire d’étude des oiseaux marins à Lima, évoque des centaines de cadavres d’oiseaux s’échouant sur les côtes péruvienne et équatorienne, par manque de poisson dû à la chaleur de l’eau. Un autre signe dévastateur de ce phénomène est le blanchiment des coraux, synonyme de leur mort, lorsque les océans se réchauffent. Et avec ce réchauffement, certains glaciers comme le Puncak Jaya en Papouasie, un site historique qui abrite les vestiges de la glace tropicale en Océanie, ont prévu de réduire de cinq mètres leur sommet.

 

Pourquoi cet El Niño, aussi alarmant, n’est-il pas évoqué par les grands décideurs européens ?

 

Même si El Niño ne touche pas directement l’Europe, le phénomène risque d’aggraver les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, ce qui affectera l’inflation. Une « climateflation » de la finance, selon l’expression du Guardian, digne de la crise alimentaire de 2008 : les prix du riz, de l’huile de palme, du sucre et du café pourraient augmenter de 50 % à 100 % à l’échelle mondiale. Pourtant, cette fois l’Europe pourrait être durablement touchée et cela révélerait alors aussi la dépendance du continent dans de nombreux secteurs sur la scène internationale.

 

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Nolan Tison