Qu’est-ce que le chômage et son halo ?

Qu’est-ce que le chômage et son halo ?

Cet article qui présente les concepts de chômage et de halo du chômage reprend « Le chômage et son halo » (1986), un article de Michel Cézard qui arrive à définir de manière assez claire ces deux concepts et qui, de plus, donne des informations sur la situation française durant les années 80 concernant le chômage qui est un des passages phares du programme d’ESH.

Pour le BIT, (bureau international du travail) les chômeurs doivent satisfaire des conditions strictes: 

Rechercher effectivement un emploi

Être disponible pour l’occuper 

N’exercer aucune activité professionnelle.

Il y avait ainsi 2 448 000 chômeurs au sens du BIT en mars 1986. Autour de ce noyau, gravitent d’autres personnes qui forment, en quelque sorte, le halo du chômage. Ainsi, sur les  2 518 000 personnes affirmant être au chômage quand on leur pose la question, 15% d’entre-elles ne sont finalement pas retenues dans le chômage BIT. A l’inverse, plus de 200 000 personnes qui ne se déclarent pas chômeurs d’emblée, recherchent en fait du travail, et feront partie des chômeurs. 

Conformément à la définition internationale du chômage de 1982, les chômeurs sont répartis en 2 catégories:

1: Les personnes étant simultanément en recherche d’emploi, faisant des démarches actives, faisant preuve de disponibilité, ayant une absence d’occupation professionnelle au cours de la semaine de référence. Elles constituent la population sans emploi à la recherche d’un emploi (PSERE): cela représente 2 242 000 en mars 1986.

2: Les personnes disponibles qui sont sans emploi actuellement mais qui en ont trouvé un qui commence ultérieurement. 

Pour obtenir l’ensemble des chômeurs BIT, on ajoute ces personnes aux chômeurs PSERE. Il y avait ainsi en mars 1986, 2 448 000 chômeurs selon la définition internationale.

Ainsi, la mesure du chômage est donc le résultat d’une construction, à partir des réponses au questionnaire de l’enquête EMPLOI. La définition s’appuyant sur des critères factuels pour compter les chômeurs, son application aboutit à préciser la catégorie. Au total elle est plus restrictive que la méthode qui consisterait simplement à dénombrer toutes les personnes se déclarant au chômage.

Il est intéressant de voir que la méthodologie dans le recensement des chômeurs influence le chiffre. Par exemple, une première façon de décrire les chômeurs est de compter le nombre de ceux qui se déclarent comme tels d’emblée: les chômeurs déclarés étaient ainsi 2 518 000 en mars 1986 (problème, ce chômage ne correspond pas aux critères du BIT). Une deuxième méthodologie pour mesurer le chômage serait de retenir toutes les personnes qui n’ont pas d’emploi, et qui au cours de l’interview, déclarent en rechercher un. On les appelle les postulants à un emploi. Il y a donc une différence du nombre de chômeurs selon la méthodologie choisie:

Méthodologiechômeurs déclaréspostulants à un travail
nombre de chômeurs en mars 19862 518 0002 691 000

Il ne faut pas se tromper quant à l’interprétation des taux de chômage. Il est faux de dire, par exemple, qu’un jeune sur quatre est au chômage si celui-ci est de 25%. Le taux de chômage ne reflète pas la situation d’une classe d’âge mais rapporte les chômeurs aux actifs. Parmi l’ensemble des 17-24ans, la part des chômeurs n’est en fait que d’environ 12% en mars 1986 (source: INSEE). En raison de l’extension de la scolarisation, la proportion d’actifs occupés se réduit parmi les jeunes surtout avant 20ans.

Revenons maintenant sur quelques définitions :

Le halo du chômage: Autour du noyau central des chômeurs BIT gravitent donc des personnes qui ne répondent pas à toutes les conditions pour être classées « chômeur ». Elles forment le halo du chômage, avec toute une gradation de situations. 

Franges du chômage: elles se distinguent par rapport aux trois critères suivants: recherche effective d’emploi, disponibilité, absence d’activité au cours de la semaine précédant l’enquête. 

D’après la définition internationale, les personnes ayant travaillé la semaine précédant l’enquête, même occasionnellement, même pour un temps très court (ne fût-ce qu’une heure, est-il précisé), sont considérées comme pourvues d’un emploi. Ainsi, ces personnes ne sont pas comptées dans le chômage BIT alors même qu’elles cherchent possiblement un véritable emploi. Les personnes dites « TUC », c’est à dire les personnes exerçant des « petits boulots » sont absentes du chômage. Alors que la plupart de ces personnes cherchent un autre emploi selon Heller et Thélot dans « Économie et statistique ».

Entre chômage et emploi, le halo s’épaissit: En France, on remarque une augmentation des catégories frontières proches de l’emploi depuis mars 1984 (Exemple: le nombre des stagiaires en formation retenus dans le chômage PSERE double entre mars 1984 et mars 1986). De plus, le nombre de chômeurs déclarés ayant un emploi au sens du BIT augmente de 60% entre 1984 et 1986.

Si vous voulez, une vision plus contemporaine du chômage, je vous invite à aller voir l’article l’actualité en Bref spécial mois d’avril (en cliquant sur le lien en bas de l’article) qui expose les derniers chiffres du chômage américain et qui nous montre que le coronavirus en plus de créer un chômage conjoncturel est en train de créer un chômage dit structurel, c’est à dire un chômage qui devrait persister sur le long terme aux États-Unis.

Lien actualité en Bref spécial mois d’avril:

Léo Bedenc

J’ai intégré emlyon business school après avoir effectué une prépa ECE à Bordeaux, étant passionné d’économie, j’interviens principalement dans cette matière.

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