L’animal en références culturelles #2

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Nb : Sans les abeilles, l’image de présentation de l’article représente le drapeau de l’Animalisme, comme l’a indiqué George Orwell.

Georges ORWELL, La Ferme des animaux, 1945 – et si les animaux renversaient la société humaine et fondait leur propre société…

Sous la forme d’une fable animalière, Orwell nous présente une dystopie (une forme imaginaire qui dénonce une réalité utopique) ayant pour objectif une satire de la Révolution russe. Orwell se présente ainsi comme un antistalinien.

Résumé important :

Le roman commence par un rêve où les animaux prennent en main leur destin (si on peut le dire ainsi). En effet, ce rêve prend place dans une ferme dans laquelle les animaux se révoltent, prennent le pouvoir et chassent les hommes. C’est Sage l’Ancien, un vieux cochon (allégorie de Karl Marx) animé par ses espoirs de vie autonome, égalitaire et paisible, qui décide de mettre en place une révolte contre M. Jones, le patron de la ferme qui représente le capitalisme (il exploite les animaux jusqu’à la mort : il a le droit de vie et de mort sur eux).

Cette révolution est un succès : la ferme passe sous le contrôle des animaux. Dès lors ce sont sept commandements qui gèrent la ferme en définissant les spécificités des animaux (présentés comme richesse). Le premier des commandements suivant désigne clairement l’homme (allégorie des patrons) comme ennemi qui disparaître par le truchement d’une cohésion animalière :

  1. « Tout deux pattes est un ennemi »
  2. « Tout quatre pattes ou volatile est un ami »
  3. « Nul animal ne portera de vêtements »
  4. « Nul animal ne dormira dans un lit »
  5. « Nul animal ne boira d’alcool »
  6. « Nul animal ne tuera un autre animal »
  7. « Tous les animaux sont égaux »

Cela dit, très rapidement, avec Boule de Neige (chef cochon brillant et courageux symbolisant Trotski), les cochons réorganisent la société et forment une élite qui prend le pouvoir. Les autres animaux qui les avaient suivis comme des moutons (l’expression convient bien, car dans l’ouvrage les moutons représentent la masse) sont alors asservis aux cochons qui s’appuient sur les craintes de ces premiers et réinterprètent le passé à leur avantage. Les idéaux originels de la révolution ont donc paradoxalement été dénaturés.

Par la suite, avec l’appui des chiens (symbole de la police soviétique) Napoléon (un grand chef cochon brutal et violent symbolisant Staline) pourchasse Boule de Neige et fini par se comporter comme les humains du système soviétique : un dictateur émerge, chasse son rival, exécute les « traîtres » pour asseoir son hégémonie, instaure un culte de la personnalité, soumet ses congénères et enfin les épuisent par un travail harassant. Cependant, Napoléon continue à leur faire croire en l’espoir originel de Sage l’Ancien d’un futur meilleur. Ce qui a pour conséquence d’enfermer les autres animaux dans une boucle interminable, car peu importe la réalité présente il existerait un futur encore meilleur (une sorte d’utopie inaccessible).

Après l’écoulement de plusieurs années, l’ouvrage se conclue sur un constat amer pour les autres animaux asservis : plus rien ne semble distinguer les cochons de leurs anciens maîtres.

Trois citations importantes :

  1. “L’homme est la seule créature qui consomme sans produire. Il ne donne pas de lait, il ne pond pas d’œufs, il est trop débile pour pousser la charrue, bien trop lent pour attraper un lapin. Pourtant le voici le suzerain de tous les animaux. Il distribue les tâches entre eux, mais ne leur donne en retour que la maigre pitance qui les maintient en vie. Puis il garde pour lui le surplus.”
  2. “Tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d’autres.”
  3. “Dehors, les yeux des animaux allaient du cochon à l’homme et de l’homme au cochon, et de nouveau du cochon à l’homme ; mais déjà il était impossible de distinguer l’un de l’autre.”

Argument : l’utilisation des animaux pour décrire la mécanique d’asservissement de l’homme.

En dehors de quelques exceptions, à l’émergence d’une dictature, les hommes n’opposent pas de résistance et finissent par se laisser asservir. Orwell, qui utilise des animaux pour représenter les hommes, pose également une autre question : qu’est-ce qui différencie les hommes des animaux, si ceux-ci ne parviennent pas à trouver un système qui ne soit pas basé sur la force et la violence ?

Dans sa « Lettre à Dwight Macdonald. 5 décembre 1946 », Orwell assura même que « La morale, selon moi, est que les révolutions n’engendrent une amélioration radicale que si les masses sont vigilantes et savent comment virer leurs chefs dès que ceux-ci ont fait leur boulot. Le tournant du récit, c’est le moment où les cochons gardent pour eux le lait et les pommes (Kronstadt). Si les autres animaux avaient eu alors la bonne idée d’y mettre le holà, tout se serait bien passé. »

De quoi faire une double référence :

        Au cinéma

La Ferme des animaux, 1954, dessin animé de John Halas et son épouse Joy Batchelor, qui a bénéficié de financements de la CIA à des fins de propagande dans le cadre de l’opération Mockingbird.

La planète des singes, 1968, film réalisé par Franklin Schaffner dans lequel Taylor (interprété par Charlton Herston), lors de son jugement, prononce « Il me semble que certains simiens sont plus égaux que d’autres », ce qui renvoie à la célèbre citation du roman.

        En musique

Animals, album du groupe Pink Floyd, 1977. Cet album puise son inspiration dans le roman d’Orwell pour ses titres mais aussi pour sa couverture de 33-tours : un dirigeable en forme de cochon symbolise que du haut du ciel, le cochon observe les « errances et la décadence de la société ».

Bernard MANDEVILLE, La Fable des abeilles, 1258 – la loi de la jungle : faut-il la domination d’un animal sur les autres ? 

La Fable des abeilles, décrit une ruche où les bourdons vivent dans le luxe et l’oisiveté grâce au labeur des abeilles. La situation est jugée moralement inacceptable par les moralistes chrétiens. Pourtant, Mandeville montre comment le souci du luxe des « bourdons-aristocrates » est facteur de prospérité pour les « abeilles-routurières » qui produisent, contre rémunération, les objets consommés par les bourdons. Par conséquent, la domination des bourdons est un facteur de développement matériel collectif.

On constate ainsi que si certaines abeilles sont vertueuses alors elles arrêtent de butiner et meurent d’une famine. Dans le cas inverse, si les abeilles sont cupides, elles attrapent la prospérité en plein vol. De fait, pour Mandeville la cupidité de quelques-uns finit, par ruissellement, par être bénéfique à tous, mais si toutes les abeilles se mettent à être cupide alors une telle société serait condamnée à péricliter – d’où la persuasion par un « rigide sermonneur » (le bourdon) que la sobriété est une chose souhaitable. En d’autres termes, pour Mandeville, ce sont les « vices privés » qui font « la vertu publique ». Sans « la tromperie, le luxe, et l’orgueil » qui accompagnent certains acteurs d’une société, cette dernière perd sa dynamique et sombre dans l’inactivité, la pauvreté et l’ennui.

Autrement dit, la nature ne peut s’affranchir de la domination de certains. Si l’homme n’étais pas l’animal dominant, un autre prendrait sa place : c’est ce qu’on appelle dans le langage courant la loi de la jungle, ou la loi du plus fort. Certes Mandeville concède qu’il faut « la manipulation adroite d’un politicien habile » pour que ces idées profitent à la nation mais, provocateur, il n’hésite pas à écrire que « le Mal dans ce monde est le grand principe qui fait de nous des créatures sociables ».

Antoine Dalenconte

Étudiant à l'ESSEC en provenance du parcours ECS à la suite de deux années au Lycée Kléber à Strasbourg et d'un khûbe à Saint Jean de Douai. L'égalité des chances commence par avoir toutes les clés en sa disposition. Voici mon expérience : une méthode rigoureuse en mathématiques, une progression fulgurante en géopolitique et un raisonnement abouti en dissertation de culture générale.

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