Tout savoir sur le thème de CG 2022 (1) : l’amour amoureux en trois oeuvres

Dans cet article, nous te présentons trois oeuvres littéraires qui peuvent être exploitées pour fournir des pistes de réflexion sur le thème “Aimer”, mis à l’honneur dans le cadre du sujet de Culture Générale 2022. 

 

RACINE, Phèdre (1677) : aimer, libre arbitre ou fatalité ?

Cette référence est mobilisable sur la question amour – liberté

 Après l’annonce de la mort de son mari Thésée, Phèdre révèle à sa nourrice Oenone qu’elle nourrit un amour incestueux pour son beau-fils Hippolyte.

Phèdre est le jouet des dieux : cette passion s’abat sur elle de même que sa lignée entière a de tous temps été poursuivie par Vénus. Phèdre n’a donc pas, à priori, décidé de sombrer dans cette passion dévastatrice, contre laquelle ni la raison ni la volonté ne peuvent lutter ; elle en est la victime. D’autant plus que Phèdre a témoigné un héroïsme sans bornes en s’efforçant de prendre le dessus sur cette passion qui la déchirait. Elle apparaît alors comme véritable esclave d’une passion qui la dépasse, symbole d’un destin sur lequel elle n’a aucune prise.

Néanmoins, ainsi que l’écrit Racine dans sa préface, « Phèdre n’est ni tout à fait coupable ni tout à fait innocente ». Phèdre est, malgré ses efforts antérieurs, coupable d’avoir donné libre cours à sa passion à l’annonce de la mort de Thésée en confiant celle-ci à Hippolyte. Rappelons la vertu cathartique de la pièce : la maîtrise des passions est incontournable dans l’idéal classique du XVIIème siècle. Racine écrit en effet cette tragédie dans une visée morale afin de dissuader le spectateur/lecteur de s’égarer dans le péché, ce qu’il devrait pouvoir contrôler. Or, Phèdre a sombré dans la folie de son amour, amour qui l’a conduite à des extrémités condamnables : son aveu qui précipite la mort d’Hippolyte, le recours au mensonge, son suicide par le poison..

 

BEROUL, Tristan et Iseult (XIIème siècle) : amour pour toujours, envers et contre tout ?

Cette référence est mobilisable sur la question amour – société

Tristan et Iseult tombent éperdument amoureux en buvant par erreur un philtre d’amour destiné à assurer la viabilité de l’union d’Iseult au roi Marc.

Fous amoureux, Tristan et Iseult ne cessent de braver le danger en poursuivant une relation adultère au détriment du roi Marc. Les deux amants vont jusqu’à mépriser les lois et se jouer de la société, alors même que la fatalité amoureuse qu’ils subissent ne peut leur offrir un avenir réjouissant : elle est une marche à la mort. Les multiples ruses des barons, du nain Frocin ainsi que de Marc pour les faire tomber sont autant d’épreuves qui nourrissent continuellement leur amour. En effet, tous deux condamnés au bûcher, Tristan puise dans l’amour la folie d’ignorer tout danger et celui-ci survit miraculeusement à un saut prodigieux depuis une falaise.

Cependant, Tristan et Iseult demeurent des êtres humains faillibles. L’existence pénible qu’ils mènent dans les bois après leur fuite n’est pas envisageable sur le long-terme et Tristan accepte de renoncer à vivre sa passion avec Iseult pour que celle-ci puisse reprendre une vie décente auprès de Marc. 

En dépit des innombrables péripéties qu’ont traversé Tristan et Iseult, le symbole de leur amour semble toutefois avoir triomphé du reste. Ni l’exil de Tristan par-delà les mers, suivi de son mariage avec une autre, ni le temps ne faiblissent son amour pour Iseult, qui le suivra partout, même jusque dans la mort. Leurs tombes, desquelles poussent une vigne et un rosier enlacés, sont l’illustration d’un amour éternel plus fort que tout, y compris la mort. 

 

BALZAC, Béatrix (1839) : l’amour, comme construction de la pensée/raison ou pulsion du cœur ? 

Cette référence est mobilisable sur la question amour – raison

Dans Béatrix, Balzac met en scène un trio amoureux complexe dans lequel chacun a sa propre vision de l’amour. Félicité, auteure célibataire, aime et est aimée de Calyste. Bien plus âgée que lui, elle sait que leur relation n’est pas envisageable et oriente les sentiments de Calyste vers Béatrix, l’une de ses amies, néanmoins loin d’être facile à conquérir.

 Calyste, âgé d’à peine vingt ans, illustre les naïvetés et illusions que peut avoir un jeune homme de son âge : il voue au début du roman une admiration illimitée à Félicité, avec toute la pureté de sentiments que lui dicte cœur. Il se laisse ensuite porter par sa passion pour Béatrix, en parfait amoureux de l’amour, quitte à en devenir inconscient, ce que révèle la scène où Béatrix se refuse à lui et qu’il la pousse du haut d’une falaise car il ne peut tolérer qu’elle soit à un autre homme.

Félicité, du haut de son expérience, ne se laisse plus bercer d’illusions comme Calyste et sait pertinemment que pour le rendre heureux, celui-ci doit obtenir l’amour de Béatrix, amour que Félicité va lui servir sur un plateau d’argent. Elle élabore un véritable stratagème pour abattre les résistances de Béatrix qui méprise Calyste au premier abord. C’est de croire que le jeune homme est toujours fou de Félicité qui la fait le convoiter à son tour, ce qui réalise à la perfection le plan de Félicité. Félicité considère effectivement que l’amour naissant est un amour consenti et cherché qui n’a rien de hasardeux.

Béatrix, figure amorale de l’intrigue, est connue pour enchaîner les relations extra-conjugales depuis qu’elle a quitté son époux, le Marquis de Rochefide. Femme frivole et peu fidèle, elle ne cherche dans l’amour que l’occasion de sentir sa propre valeur : elle aime pour elle-même avant tout. En témoignent les efforts colossaux qu’elle met en œuvre pour séduire quiconque lorsqu’elle se montre en public, allant jusqu’à tromper ceux qui la regardent à coups d’artifices divers. (cf. la scène où Calyste recroise Béatrix à l’opéra à Paris, où elle apparaît plus belle que jamais malgré les effets du temps sur son physique.) Béatrix est une femme seule, qui ne s’autorise à aimer que pour se divertir et masquer sa solitude, à la face du monde et à ses propres yeux.

 

 

Camille Bros-Lacan

Etudiante à l'EDHEC après deux années de classe préparatoire ECS au Lycée Hoche (Versailles), je suis ravie de partager mon expérience, et suis motivée à faire tout mon possible pour vous venir en aide durant votre parcours de préparationnaire.

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