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L’ONU a-t-elle déjà arrêté des guerres ? 

Sommaire

Attaques russes d’une violence inédite en Ukraine, blocage du détroit d’Ormuz faisant flamber les prix du pétrole, tensions persistantes en Mer Rouge avec les Houthis, ou encore enlisement du conflit israélo-palestinien et expansion de la colonisation en Cisjordanie… Le bilan dressé à l’approche de la fin de mandat du Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a de quoi interroger. À l’heure où les grandes puissances semblent s’affranchir des règles multilatérales, la question se pose : l’Organisation des Nations unies (ONU) a-t-elle seulement le pouvoir d’arrêter les guerres ?

 

Les victoires historiques de l’ONU : quand la diplomatie multilatérale parvient à imposer la paix  

Contrairement à l’idée reçue d’une impuissance totale, l’histoire de l’ONU montre de réels succès diplomatiques et militaires lorsque le Conseil de sécurité parvient à surmonter ses divisions. Entre 1945 et aujourd’hui, l’organisation a su prouver sa capacité à faire taire les armes dans des moments clés.

La résolution 598, adoptée en juillet 1987 par le Conseil de sécurité, illustre parfaitement cette efficacité en exigeant un cessez-le-feu immédiat pour mettre un terme à la guerre Iran-Irak après sept ans de conflit meurtrier. Menées activement par le Secrétaire général Javier Pérez de Cuéllar, les négociations finissent par plier l’Iran de Khomeiny en août 1988, après l’acceptation de l’Irak de Saddam Hussein. De la même manière, l’ONU a joué un rôle d’intermédiaire crucial pour acter la fin de neuf années d’occupation militaire soviétique en Afghanistan entre 1988 et 1989.

Le paroxysme de cette union internationale se manifeste lors de la première guerre du Golfe en 1990-1991. Suite à l’invasion du Koweït par l’Irak, le Conseil de sécurité s’accorde à l’unanimité – fait rarissime, permis par l’absence de blocage de l’URSS de Gorbatchev – pour mandater une coalition internationale inédite de 35 pays sous commandement américain, menant à la libération du Koweït en février 1991.

Si les échecs somaliens ou rwandais restent ancrés dans les mémoires, il ne faut pas oublier les opérations de maintien de la paix méconnues mais efficaces. Des missions ont stabilisé durablement des États comme la Namibie, le Cambodge, le Salvador ou encore le Timor oriental, où 8 000 Casques bleus ont pacifié le territoire après 24 ans d’occupation indonésienne. Globalement, avec un mandat clair et des moyens suffisants, près de deux missions de paix sur trois ont rempli leurs objectifs.

 

Lire plus : La Guerre du Golfe, le conflit en détail (2/3)

 

Les failles structurelles de l’ONU : entre impuissance, veto et tragédies historiques

Cependant, le système onusien dessiné en juin 1945 à San Francisco par les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale montre de profondes limites, miné par la géopolitique des blocs et la course aux intérêts nationaux. Le droit de veto reste l’arme fatale de ces divisions au sein du Conseil de sécurité, qui réunit 15 États dont 5 permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni).

Depuis 1946, la Russie et l’URSS détiennent le record absolu avec 148 vetos, talonnées par les États-Unis avec 86 vetos. Depuis 2011, la Russie de Vladimir Poutine a systématiquement paralysé l’ONU en Syrie pour protéger Bachar el-Assad, tout en conservant son opposition en Ukraine, violant frontalement la Charte des Nations unies.

Cette incapacité structurelle à agir face à la violence des armes s’est tragiquement illustrée lors du syndrome de Srebrenica en juillet 1995. Alors même que des Casques bleus étaient déployés sur place, l’armée des Serbes de Bosnie commandée par Ratko Mladić a exécuté de manière systématique plus de 8 000 hommes musulmans bosniaques, rappelant de manière brutale que l’organisation ne pèse rien sans la volonté politique de ses États membres.

Face à ces blocages, les grandes puissances n’hésitent plus à court-circuiter l’institution. Que ce soit l’administration Bush qui s’affranchit du Conseil de sécurité en 2003 pour intervenir en Irak, ou la montée en puissance de structures régionales alternatives comme l’OTAN, l’OCS ou l’Union africaine, l’ONU est bien souvent reléguée au second plan.

 

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Quel avenir pour l’ONU face aux défis de la multipolarité du XXIe siècle ?

Aujourd’hui, l’ONU souffre d’un anachronisme géopolitique flagrant. Sa gouvernance ne reflète plus la réalité du monde : l’Afrique et l’Amérique latine ne disposent d’aucun siège permanent au Conseil de sécurité, tandis que des puissances majeures comme l’Inde, le Brésil, le Japon ou l’Allemagne réclament une place légitime. Malheureusement, les rivalités régionales, comme le veto implicite de la Chine contre les ambitions indiennes et japonaises, bloquent toute réforme depuis trente ans.

Pourtant, malgré ses faiblesses, ses 50 milliards de dollars de budget global et les crises de cynisme de certains dirigeants comme Donald Trump, l’ONU reste irremplaçable. Elle demeure le seul forum universel capable de coordonner l’action internationale face aux défis globaux du XXIe siècle, qu’il s’agisse de l’urgence climatique, de la régulation de l’intelligence artificielle, de la gestion des flux de réfugiés ou des pandémies.

Des lueurs d’espoir institutionnelles émergent timidement, comme la résolution portée par le Liechtenstein qui oblige désormais les membres permanents à justifier l’usage de leur veto devant l’Assemblée générale. L’ONU n’est donc pas qu’une simple coquille vide : elle reste le rappel permanent que le droit international doit, en théorie, s’imposer à la loi du plus fort.

 

Lire plus : (Dés)occidentalisation : révolution géopolitique ou simple illusion ?


Pour aller plus loin  

Le chiffre : Plus de 50 milliards de dollars de budget global pour l’ONU, dont 6,5 milliards consacrés aux opérations de maintien de la paix (l’équivalent du budget de la ville de Paris).

Les forces sur le terrain : Près de 38 000 employés au secrétariat général et 112 000 collaborateurs déployés sur le terrain, les pays du Sud (Bangladesh, Népal, Inde, Rwanda) fournissant la majorité des Casques bleus.

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Alicia Casamayou