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Irak : le retrait américain, une victoire pour l’Iran ?

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Usa Irak

Le retrait des forces américaines d’Irak, en septembre 2026, marque une nouvelle étape dans l’histoire mouvementée du pays. Plus de vingt ans après l’invasion américaine de 2003 et la chute de Saddam Hussein, Washington met fin à une son opération militaire qui aura profondément bouleversé l’ensemble des équilibres du Moyen-Orient.

Pourtant, ce départ ne signifie pas nécessairement la fin des ingérences étrangères en Irak. Entre les conséquences de l’intervention américaine, la fragmentation du pouvoir irakien et l’influence grandissante des milices proches de Téhéran, le pays demeure au cœur des rivalités régionales. Alors que Bagdad cherche à affirmer sa souveraineté, le retrait américain pourrait paradoxalement offrir à l’Iran une nouvelle opportunité de renforcer son influence sur son voisin irakien, tout en fragilisant sa souveraineté, déjà contesté.

 

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I — La guerre en Irak, un échec pour les États-Unis…

Le 20 mars 2003, les États-Unis, sous la présidence de George W. Bush, lancent une intervention militaire en Irak. Justifiée par la présence supposée d’armes de destruction massive et par la volonté de renverser le régime de Saddam Hussein, cette invasion aboutit rapidement à la chute du régime de Saddam Hussein, le 9 avril 2003, puis à sa capture en décembre. Pourtant, cette impressionnante victoire militaire se transforme progressivement en échec politique. Les armes de destruction massive invoquées par Washington ne sont jamais retrouvées, tandis que la dissolution de l’armée irakienne et la politique de débaassification (parti Baath de Saddam Hussein ) contribuent à fragiliser les institutions du pays. L’occupation américaine favorise particulièrement l’émergence de mouvements insurgés et l’aggravation des tensions confessionnelles entre sunnites et chiites. Loin de construire un Irak stable et démocratique, l’intervention américaine plonge ainsi le pays dans une longue période d’instabilité, marquée par des violences communautaires et un affaiblissement durable de l’État irakien.

Après le retrait des troupes américaines en 2011, l’Irak demeure profondément fragilisé par les divisions politiques et confessionnelles. Cette instabilité favorise l’expansion de Daesh, organisation djihadiste issue notamment d’Al-Qaïda en Irak, qui profite également de la guerre civile syrienne pour étendre son influence. En juin 2014, l’organisation s’empare de Mossoul, deuxième ville du pays, avant de proclamer un qalifat à cheval sur l’Irak et la Syrie. Face à cette menace, les États-Unis reviennent militairement en Irak à la tête d’une coalition internationale destinée à soutenir les forces irakiennes et kurdes dans leur lutte contre Daesh. Après plusieurs années de combats, aidé notamment par les forces kurdes, Mossoul est libérée en 2017, tandis que l’organisation perd ses derniers territoires en Irak puis en Syrie en 2019. Malgré cette victoire militaire, la présence américaine demeure contestée, notamment par une partie de la population, certaines formations politiques et milices chiites. Le retrait progressif des forces de la coalition, achevé en 2026, illustre ainsi les limites de plus de deux décennies d’intervention américaine : si Washington a contribué à vaincre Daech territorialement, il n’est jamais parvenu à garantir durablement la stabilité de l’Irak.

 

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II — … sans être une victoire complète pour la souveraineté irakienne…

Malgré le départ des forces américaines, l’Irak demeure un État profondément fragmenté, dont le gouvernement central peine à exercer pleinement son autorité. Cette fragilité s’illustre notamment à travers les Hachd al-Chaabi, Forces de mobilisation populaire, une coalition de milices majoritairement chiites constituée en 2014 pour combattre Daech. Officiellement intégrées aux forces de sécurité irakiennes depuis 2016, ces milices disposent néanmoins d’une grande autonomie politique et militaire. Certaines d’entre elles, proches de Téhéran, constituent ainsi un véritable proxy de l’influence iranienne dans le pays. Cette fragmentation territoriale se manifeste également au Kurdistan irakien, région autonome du nord du pays disposant de ses propres institutions et forces armées, les peshmergas, également soutien des anciens FDS en Syrie. Malgré son appartenance officielle à l’État irakien, le Kurdistan entretient des relations parfois conflictuelles avec Bagdad, notamment sur le partage des revenus pétroliers issu du territoire kurde et le contrôle des territoires disputés, comme Kirkouk. Ainsi, le retrait américain ne suffit pas à garantir une souveraineté pleinement exercée par le gouvernement central sur l’ensemble du territoire irakien.

À l’inverse, le départ des dernières forces américaines, le 30 septembre 2026, constitue un succès politique majeur pour le gouvernement irakien. Lors d’une cérémonie officielle organisée à Bagdad pour célébrer la « Journée de la souveraineté », le Premier ministre Ali al-Zaidi salue l’ouverture d’une nouvelle ère dans laquelle l’Irak reprend totalement la responsabilité de sa sécurité et de sa stabilité. Le gouvernement présente ainsi ce retrait comme l’aboutissement de plusieurs années de négociations avec Washington et comme une étape extrêmement importante vers la restauration de la souveraineté nationale. Pour autant, Bagdad ne souhaite pas rompre ses relations avec les États-Unis : les autorités irakiennes entendent transformer leur coopération militaire en un partenariat bilatéral, notamment dans les domaines du renseignement, de la formation et de l’économie. Le gouvernement affirme également vouloir placer l’ensemble des armes sous l’autorité de l’État, une ambition qui se heurte encore à la puissance de certaines milices. Ainsi, si le retrait américain représente une victoire diplomatique et symbolique pour l’Irak, la reconquête effective de sa souveraineté demeure un défi majeur.

III — … pour finalement profiter à l’Iran ?

Le départ des forces américaines pourrait constituer une opportunité stratégique majeure pour l’Iran, qui dispose déjà d’une influence considérable sur son voisin irakien. Depuis la chute de Saddam Hussein en 2003, Téhéran a petit à petit renforcé sa présence dans le pays, notamment à travers ses relations avec les partis politiques chiites, les échanges économiques et les milices des Hachd al-Chaabi. Certaines formations, comme les Kataeb Hezbollah ou Asaïb Ahl al-Haq, entretiennent des liens étroits avec les Gardiens de la révolution iraniens et disposent d’un poids politique et militaire important. Cette influence s’illustre particulièrement le 15 octobre 2026, lorsque le Parlement irakien nomme Laith al-Khazali, frère du dirigeant d’Asaïb Ahl al-Haq et lui-même sanctionné par Washington, au poste de vice-Premier ministre. Le retrait américain pourrait ainsi permettre à Téhéran de consolider son réseaux d’influence irakien, même si le gouvernement irakien cherche parallèlement à reprendre le contrôle des groupes armés présents sur son territoire.

Au-delà de l’Irak, cette évolution pourrait également modifier les équilibres du Moyen-Orient. Situé entre l’Iran, la Syrie, la Turquie et les monarchies du Golfe, l’Irak constitue un territoire stratégique pour les rivalités régionales. Pour Téhéran, préserver son influence à Bagdad représente un enjeu d’autant plus important depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, qui a considérablement affaibli sa présence en Syrie. Plusieurs combattants de milices pro-iraniennes présents en Syrie auraient alors trouvé refuge en Irak, tandis que des militaires de l’ancien régime syrien ont également franchi la frontière, sans pour autant constituer un ensemble homogène au service de Téhéran. Toutefois, l’Iran doit composer avec les ambitions de la Turquie, les intérêts des monarchies du Golfe et la volonté irakienne de préserver son indépendance. Ainsi, le retrait américain pourrait renforcer l’influence iranienne sans nécessairement transformer l’Irak en État satellite de Téhéran, faisant du pays l’un des principaux enjeux des recompositions régionales.

 

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Ainsi, le retrait des forces américaines d’Irak marque la fin d’un chapitre majeur de l’histoire du pays, plus de vingt ans après l’invasion de 2003. Si ce départ constitue une victoire symbolique pour la souveraineté irakienne, il ne garantit pas pour autant la stabilité et l’indépendance du pays. Entre la puissance des milices, les divisions internes et l’influence grandissante de Téhéran, l’Irak demeure au cœur des rivalités géopolitiques du Moyen-Orient. Le départ de Washington pourrait ainsi profiter à l’Iran, sans nécessairement lui assurer une domination totale sur son voisin. L’enjeu pour Bagdad sera désormais de transformer cette souveraineté retrouvée en une véritable indépendance politique et stratégique.

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Fouad Rebache