L’aide internationale au Maroc après le séisme

La nuit du vendredi 8 au samedi 9 septembre a laissé le Haut Atlas marocain secoué par un séisme dévastateur. Cependant, l’onde de choc s’est étendue au-delà de la région de Marrakech, atteignant les sphères diplomatiques, avec le refus catégorique du Maroc d’accepter l’aide de la France. Une décision qui, liée à la catastrophe naturelle, révèle les complexités de la géopolitique régionale et même mondiale.

 

L’aide humanitaire comme instrument géopolitique ?

Sylvie Brunel, géographe, souligne que derrière toute opération humanitaire se cache une dimension géopolitique. Le Maroc, en refusant l’aide française, envoie un message fort : il ne sera pas un terrain où des opérations humanitaires échappent à son contrôle. Dans une ère où la souveraineté nationale est cruciale, Rabat souhaite affirmer sa capacité à gérer ses secours sans l’intervention paternaliste de partenaires puissants.

Le rejet de l’aide française s’inscrit également dans un contexte de résistance mondiale à une aide inconditionnelle. François Audet, directeur de l’Observatoire canadien sur les crises et l’action humanitaires, souligne que la tendance actuelle est de refuser une aide sans conditions, marquant ainsi une volonté de préserver la souveraineté et la maîtrise des opérations.

Le Maroc ne serait-il pas en train de redéfinir ses alliances ? En effet, les différentes révolutions arabes ont conduit le Maroc à réévaluer ses alliances. Le pays fait le choix de privilégier les États du Golfe et a aussi rejoint l’Union africaine en 2017. La question du Sahara occidental, pivot de la politique étrangère marocaine, a accentué les tensions avec la France. Le rejet de l’aide française peut être interprété comme une réponse aux attentes marocaines d’une position plus audacieuse de ses partenaires sur l’intégrité territoriale.

La France maintient une position « constante » sur le Sahara occidental, ce qui contraste avec l’évolution de la position espagnole en faveur du plan d’autonomie marocain. Le Maroc, dans sa sélection d’alliés post-séisme, cherche à ménager ceux qui soutiennent activement sa cause.

 

Sélection pragmatique des aides humanitaires

Le Maroc a scrupuleusement choisi parmi les offres d’aide, privilégiant ses alliances stratégiques et ses intérêts économiques. Les choix du Royaume-Uni, des Émirats arabes unis, du Qatar, et récemment de l’Arabie saoudite, reflètent une approche pragmatique visant à ménager les alliés régionaux. Cependant, le refus de l’aide algérienne souligne les tensions persistantes entre le Maroc et l’Algérie, malgré un moment d’ouverture.

La dimension pragmatique s’étend au choix de partenaires médiatiques. Le Qatar, doté d’Al Jazeera, offre au Maroc une couverture médiatique favorable et la possibilité de contrôler le récit entourant les opérations post-séisme.

La dimension politique de la sélection des aides par le Maroc soulève des questions sur le pragmatisme de ses choix. Alors que la coopération internationale s’intensifie pour répondre aux besoins des rescapés, la politique de Rabat a-t-elle répondu aux besoins réels de la population touchée ?

Nous pouvons également noter que le choix de ne pas accepter l’aide israélienne, malgré la normalisation des relations, révèle une sensibilité aux enjeux régionaux et aux sentiments de la population marocaine envers la cause palestinienne.

 

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La solidarité marocaine face à la crise

Malgré les ramifications géopolitiques, il est impératif de souligner la solidarité et le dévouement du personnel soignant marocain et des secouristes. Les Forces armées royales ont été en première ligne pour dégager les décombres.

La réponse du peuple marocain a été toute aussi importante. Les Marocains n’ont pas hésité à se mobiliser pour donner leur sang et apporter une aide directe. L’esprit de solidarité du peuple marocain a été exceptionnel au sein du pays mais également en dehors des frontières.

Le Maroc, en privilégiant ses propres forces et en comptant sur la solidarité de son peuple, cherche à démontrer sa grandeur, son attachement à la souveraineté nationale et sa capacité à répondre aux crises sans dépendre excessivement de l’aide internationale.

Le refus marocain de l’aide française après le séisme du Haut Atlas est bien plus qu’une réponse à une catastrophe naturelle. Il dévoile une stratégie géopolitique complexe, où la souveraineté nationale, les alliances régionales et les intérêts économiques se mêlent. Alors que le Maroc prend des décisions cruciales dans la gestion de cette crise, le monde observe attentivement les implications de ces choix sur la scène internationale et sur la vie quotidienne des citoyens marocains. L’équilibre délicat entre la politique, le pragmatisme et la solidarité nationale est au cœur de cet épisode complexe.

 

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Nadia Saidi

Etudiante à Rennes School of Business après 2 années en ECS, j'ai pour objectif de partager ma passion pour la géopolitique et l'espagnol aux étudiants de classe prépa

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