Angela Merkel, quatre mandats, des réussites, mais aussi des casseroles

Seize ans ! Une éternité en politique (en France pendant ce temps nous avons eu le temps de connaître quatre présidents de la république : Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron). Pourtant c’est bien ce temps qu’Angela Merkel a passé au pouvoir en Allemagne en tant que chancelière fédérale. Trois fois réélue (en 2009, 2013 et 2018), la femme a eu une longévité jamais vue en politique et est aujourd’hui unanimement reconnue comme une des plus grandes dirigeantes de l’ère moderne. Aujourd’hui, le but n’est pas de faire un énième article sur les grandes réussites de ces quatre mandats, mais d’insister au contraire sur les trois grands points noirs de son mandat : la gestion de la crise grecque, l’énergie nucléaire et l’immigration.

2011 : L’annonce de la sortie de l’Allemagne du nucléaire, et l’environnement alors ?

C’est triste quand on voit le bilan économique au presque parfait de la chancelière allemande, mais on ne peut pas à l’heure d’aujourd’hui juger les résultats d’un chef d’état sans parler de son apport en termes d’écologie. Et sur ce point, le moins que l’on puisse dire c’est qu’Angela Merkel traîne à son pied un boulet de taille.

En 2011, après la catastrophe nucléaire de Fukushima qui choque le monde entier, elle décide d’annoncer la sortie de celui-ci de l’énergie nucléaire. Pourquoi pas me direz-vous, même les plus fervents défenseurs de l’environnement dénoncent aujourd’hui les limites de ce type de ressources énergétique qui posent des problèmes. Néanmoins, cette annonce a entrainé une relance de l’industrie du charbon en Allemagne… bien plus polluante que le nucléaire. Bref, sur le plan de l’écologie, Merkel a manquer un tournant majeur

2015 : La gestion de la crise grecque : de « mère de l’Allemagne » à mère fouettarde il n’y a qu’un pas

Quand Angela Merkel se rend compte que la Grèce qui a été atteinte de plein fouet par la crise de la dette tente d’encore demander une rallonge à l’Union européenne, Merkel choisit de tenir une position très dure vis-à-vis du gouvernement grec. En effet, elle insiste pour que l’aide sans conditions fermes offerte au gouvernement grec cesse. Elle insiste pour qu’une politique d’austérité très dure connue sous le nom de Perestroïka soit acceptée par la Grèce, menaçant celle-ci d’une sortie de la zone euro si elle n’accepte pas cette politique. Cette prise de position très ferme lui vaut de nombreuses critiques partout en Europe où son image est sévèrement écornée depuis. Néanmoins, il convient de rappeler qu’il s’agit ici d’une « casserole » majoritairement à l’échelle européenne vu que le peuple allemand est majoritairement reconnaissant à Angela Merkel pour cette fermeté.

2015-2016 : Une gestion de la crise migratoire volontaire mais un sévère retour de bâton ensuite

Bon sur ce coup aussi, offrons à la désormais ex-chancelière allemande a une circonstance atténuante avouons-le : peu de dirigeants avant elle, surtout en Europe se sont retrouvés face à une crise migratoire de l’ampleur de celle qu’a rencontrée en 2015 Angela Merkel. Fuyant la guerre en Syrie, ce sont des centaines de milliers de migrants qui affluent vers l’Union Européenne, avides de sécurité et d’une vie meilleure.

Face à cela, la chancelière va prendre une décision tout simplement historique, décidant d’ouvrir les frontières allemandes (donc finalement par transfert les frontières européennes) aux flux migratoires. L’Union Européenne suit bon gré mal gré le mouvement. Merkel est en tout cas unanimement reconnue, que sa décision soit discutée ou pas dans les différents états membres ; comme profondément humaine, ce qui redort un peu son blason après l’épisode de la crise grecque.

Oui mais le problème, c’est que le bas va rapidement blesser. En effet, l’Europe subit rapidement le contrecoup de la décision de la chancelière allemande. De graves attentats la secoue comme à paris en Novembre 2015. Derrière la question de l’arrivée des migrants, se cache celle de leur intégration dans les pays d’accueils et la grogne populaire se fait sentir. L’Europe sort à peine d’une lourde crise qui a sévèrement touchée la majorité de ses habitants et ceux-ci sont réticents à se montrer solidaires avec les nouveaux arrivants. Partout en Europe, notamment avec l’AfD en Allemagne, l’extrême droite gronde. PEGIDA, un mouvement allemand d’extrême droite également multiplie les manifestations dont certaines donnent lieu à des débordements violents. Pire encore ! Des migrants agressent des femmes allemandes à Cologne pour le réveillon de la Saint Sylvestre, faisant encore grossir la polémique.

La pression devient trop forte et Merkel décide (avec l’UE cette fois) en 2016 de signer un accord avec le président turc Erdogan. En échange de quelques milliards (12 plus précisément), Erdogan se charge de maintenir les migrants aux portes de l’UE (la plupart des « hotspots », les points de passage privilégiés des migrants, se trouvent en Turquie). Cela peut être analyser comme le plus lourd revers des quatre mandats Merkel qui perd avec cet épisode réellement la face.

 

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Julien Vacherot

Étudiant en seconde année à HEC Paris et rédacteur géopolitique, j'ai pour but de vous faire partager ma passion et de vous aider dans cette matière et partout où c'est possible

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