L’APHEC fête ses 50 ans et propose des solutions pour sauver la prépa !

Un demi-siècle ! C’est l’âge de l’APHEC (Association des Professeurs de Classe Préparatoire HEC), créée le 29 mai 1972, qui rassemble aujourd’hui plus de 1 500 professeurs, dont 200 qui se sont retrouvés au sein de Grenoble Ecole de Management à l’occasion de cet anniversaire si particulier. À ce sujet, Loick Roche, Directeur Général de GEM réaffirme l’importance des étudiants de prépa pour son école : « les prépas sont les molécules qui font et feront l’ADN de nos écoles ». Pourtant, du côté des prépas EC, l’heure n’est pas à la réjouissance : problèmes de sécurisation et de déroulement général des concours BCE depuis plusieurs années, baisse des effectifs des étudiants de prépa EC, nouvelles épreuves de langues qui sont loin de faire l’unanimité… Nous faisons le point ! 

 

Retour sur la réforme des prépas ECG

D’importants changements ont suivi la réforme du bac : au lycée, les filières traditionnelles ES, S et L ont disparu, tout comme le choix des « spécialités ». La prépa s’est donc adaptée à la réforme en proposant un nouveau format, la prépa ECG, qui propose 4 spécialisations :

  • Mathématiques Approfondies & ESHMC
  • Mathématiques Approfondies & HGGMC
  • Mathématiques Appliquées & ESHMC
  • Mathématiques Appliquées & HGGMC

Cependant, la complexité de ce nouveau format, qui s’ajoute aux choix multiples que doivent déjà effectuer très tôt les lycéens, n’arrange pas le manque d’attractivité constaté de la CPGE. Loick Roche juge « catastrophique de devoir faire un choix dès la seconde ».

Du côté des prépas ECT, aucun changement structurel n’est à relever, si ce n’est qu’à partir des concours 2023, une nouvelle épreuve de Culture Générale conçue par Audencia fera son apparition exclusivement pour les étudiants issus de la filière ECT. L’objectif est d’éviter l’interclassement entre les étudiants ECG et ECT.

 

Est-il possible de changer de spécialité durant le cursus ECG ?

À première vue, rien ne l’interdit et certaines prépas l’ont déjà autorisé (passage de l’ESH à l’HGG ou des Maths Approfondies aux Maths Appliquées par exemple), cependant l’APHEC souligne que ce genre de changement ne doit être autorisé qu’à la marge pour éviter de perdre les étudiants car les programmes sont différents (notamment en ESH / HGG).  

En ce qui concerne les inscriptions, les banques d’épreuves BCE et ECRICOME demanderont dès 2023 les attestations des matières étudiées en première année voire au lycée afin de garder une cohérence avec les épreuves présentées pour les concours. L’objectif est d’éviter toute forme de contournement, c’est-à-dire de passer des épreuves différentes des matières étudiées lors des années de prépa.  

 

Comment assurer une sécurisation dans la conception et durant les épreuves ?

À la suite des différentes défaillances relevées ces dernières années dans les concours, l’APHEC a décidé de prendre les choses en main et a sollicité les deux banques : ECRICOME et BCE.

La banque ECRICOME a fait des annonces afin d’aller vers plus de transparence et de déontologie pour les prochains concours, même si nous soulignons que son organisation reste globalement satisfaisante et sérieuse. 

Mais ce fut surtout la thématique inhérente aux concours BCE 2022 qui était attendue des professeurs et journalistes ce jour-là. Christian Chenel, directeur des admissions et concours du concours BCE, commence par affirmer « prendre ce problème très au sérieux » et être « preneur des idées que vous avez pour améliorer les concours ». Il poursuivra sa réponse en avançant que des mesures de précaution ont pourtant été renforcées cette année à travers des consignes claires aux chefs de centres d’examen. Remettant en question le bienfondé des multiples témoignages des candidats, le directeur de la DAC laisse entendre que les candidats ou étudiants ayant fait remonter ces anomalies (non vérification de l’identité, laxisme sur l’utilisation des appareils électroniques, non vigilance des surveillants…) auraient tout simplement joué avec la frontière de l’honnêteté, puisque, les centres d’examen ciblés ont bien affirmé  a posteriori que tout était en ordre et pris très au sérieux chez eux. 

Pourrait-il donc y avoir deux vérités contradictoires pour un seul et même problème ? Celle des candidats, et celle des organisateurs ? Ne souhaitant pas s’étendre davantage sur le sujet ni mettre en péril l’image des concours devant une horde de professeurs et de journalistes de toute la France, le directeur de la DAC (Direction des Admissions et des Concours) a par ailleurs affirmé que les remontées faites cette année par des dizaines de candidats différents à leurs professeurs et autres parties prenantes sont « étonnantes puisque la polémique a eu lieu deux semaines après les concours ». Notre équipe n’a malheureusement pas eu l’occasion de rectifier en direct cette contre-vérité devant tout l’auditoire, ou en tout cas de préciser, que les premières remontées des candidats ont en réalité commencé à s’accumuler dès le 13 Mai 2022, soit le jour-même de la fin des concours, et non 2 semaines plus tard comme il fut avancé pendant la table-ronde.

Dans l’auditoire, les professeurs de classe préparatoire réagissent par des roulements de yeux et s’échangent des regards concernés, regrettant à n’en pas douter cette prise de parole peu convaincante du directeur de la DAC. On ressent alors le temps de quelques secondes un certain malaise qui s’installe, au cours d’une table ronde pourtant agréable à écouter et intéressante dans son ensemble. 

Le directeur de la DAC finit par tenter de rassurer en affirmant que la vigilance sera encore renforcée à l’avenir.

Cependant, comme le rappelle l’APHEC, il y a bien une « méconnaissance et une opacité des protocoles au sein des centres d’examen qui engendrent des dysfonctionnements réels aux concours ». C’est pourquoi, suite aux récents évènements, l’APHEC va réclamer à la DAC une enquête indépendante et demande une remise à plat des processus du concours pour assurer l’équité de la CPGE.

Congrès des 50 ans de l'APHEC à Grenoble Ecole de Management

 

La prépa a moins la cote alors que l’intégration est plus simple et les opportunités multiples !

Les effectifs en classe prépa ont diminué de 9,6% lors de la rentrée 2021, ce qui représente une perte d’environ 1 000 lycéens. Cette diminution perdure pour Parcoursup 2022 pour l’ensemble des filières CPGE (EC, Ingénieurs, ENS…), exception faite de la prépa A/L. Paradoxalement au même moment le nombre de places ouvertes aux candidats CPGE augmente ce qui permet donc d’intégrer plus facilement une Grande Ecole, suite à une classe prépa.  Autrement dit, il n’a jamais été aussi facile d’intégrer une Grande Ecole par la voie de la classe préparatoire, les chiffres  (taux de sélectivité en baisse) le montrent !

La CPGE ne doit pas être perçue comme une filière élitiste, destinée uniquement à une poignée d’étudiants excellents. Bien au contraire ! Comme l’explique Véronique Bonnet, vice-présidente de l’APHEC, il ne faut pas voir « la prépa comme un goulot d’étranglement mais plus comme un sas qui ouvre le champ des possibles », rempli d’opportunités et offrant aux étudiants des compétences singulières qui leur seront utiles tout au long de leurs vies.

En prépa « c’est l’exception qui est la règle », en effet, après une filière comme la prépa nous pouvons « tout faire en Grande Ecole » souligne Jean-François Fiorina, Directeur Général Adjoint de GEM. C’est effectivement une filière qui permet de se spécialiser plus tard, en outre « c’est l’assurance sans risque » pour les étudiants mais aussi pour les parents.

81 % des élèves de prépa indiquent qu’ils referaient le même choix (ENQUETE NewGen Talent centre de l’EDHEC)

 

Enfin, Alain Joyeux, président de l’APHEC rappelle que « 95% des étudiants qui entrent en CPGE obtiennent un master 2 au bout de 5 ans une fois en Grande École de Management, donc la réussite est assurée pour tous. »

 

Lire plus : (Dé)construisons les préjugés de la prépa ECG !


Prépa ECG : les 4 souhaits de l’APHEC pour pérenniser la filière  

  • Les écoles vantent beaucoup leurs programmes Post-Bac dans les salons des écoles. Il n’y a plus de communication cohérente à l’échelle de la communauté des Grandes Ecoles. Ainsi, il doit y avoir une communication organisée à l’échelle de la CDEFM (Conférence des Directeurs des Ecoles Françaises de Management) afin de représenter l’ensemble de la filière, et cela doit passer par l’engagement global des écoles. Par ailleurs, le sigle « PGE » n’est pas compréhensible pour tous les étudiants, puisque les Grandes Écoles elles-mêmes proposent des Programmes Grande École mais aussi des Bachelor,  qui ont le vent en poupe.
  • La prépa doit délivrer le grade de Licence grâce à l’année de Pré-Master des Grandes Ecoles. La prépa n’est plus un choix évident : la dimension académique, la pluridisciplinarité, l’exigence n’importent plus autant pour les jeunes. Il est inconcevable que les programmes Post-Bac des écoles délivrent le grade de licence et non la formation en prépa ! D’autant que dans un cadre international, le fait que les étudiants Post-CPGE n’obtiennent pas de licence peut être problématique. L’APHEC rappelle par ailleurs que de nouvelles formations concurrentes, les CPES, fleurissent année après année et sont, elles, sanctionnées d’une reconnaissance d’une Licence en fin de parcours. Alors, pourquoi pas les prépas ?
  • Il faut arriver à proposer des programmes singuliers et différenciants pour les étudiants de classe prépa afin d’inciter les lycéens à s’orienter vers cette filière.
  • Enfin, la prépa est la filière de l’excellence accessible à tous, elle offre des opportunités uniques qu’il est important de mettre en avant. Il faut donc oeuvrer davantage pour rendre la prépa « sexy » !

 

Ainsi, l’enjeu principal pour les acteurs de l’écosystème Prépas – Grandes Ecoles est de communiquer et de promouvoir davantage cette filière. Cependant, il est essentiel que les instances étatiques agissent et interviennent pour contribuer à pérenniser la CPGE, plutôt que les « menacer » de fermeture comme ce fut le cas cette année pour 4 prépas dites « de proximité ». 


Lire plus : Des classes prépas commencent à fermer en France !


Par ailleurs, plusieurs suggestions ont été émises, sans pour autant être toutes faisables bien évidemment :

  • Intégrer les CPGE directement dans les universités comme c’est le cas de la prépa ENS actuellement
  • Effectuer une prépa sur 3 ans pour assurer le Grade de licence de la filière
  • Permettre aux étudiants Post-CPGE d’avoir le Grade de licence dès l’année de Pré-Master en Grande École

Pas de doute, il est essentiel dans les mois et années à venir d’arriver à crédibiliser cette filière trop décriée en retrouvant des concours dignes de ce nom, tout en accentuant sa promotion, car la prépa demeure objectivement la filière de l’excellence et des opportunités plurielles ! 

Benjamin Hautin

Etudiant en Finance, Stratégie et Médias, je gère principalement des relations avec les Grandes Ecoles et du contenu en culture générale. En parallèle étudiant à Sciences Po Paris et à emlyon business school.

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