La crise des sous-marins et la puissance française

Le 15 Septembre 2021, l’État australien annonce rompre le contrat signé avec Naval Group, groupe Français spécialisé dans le domaine aéronaval, qui était censé livrer au pays douze sous-marins Barracuda. Le contrat avait une valeur de près de 34 milliards d’euros. En cause, une nouvelle alliance militaire appelée AUKUS qu’intègre l’Australie au côté du Royaume-Uni et des États-Unis qui fourniront donc à l’Australie en lieu et place de la France. C’est un véritable camouflet pour l’État français qui en plus de perdre un contrat des plus juteux, subit un véritable rabaissement géopolitique. Plus encore que cela, il s’agit d’une preuve irréfutable du déclin de la France sur la scène internationale contemporaine.

Une réaction faible et très largement insuffisante, mais l’État français pouvait-il réellement faire mieux ?

Alors oui, la France a tenté d’agir de manière diplomatique pour protester contre la rupture de ce traité. Ainsi, l’ambassadeur de France aux États-Unis a été rappelé par Emmanuel Macron en France le 17 Septembre 2021, ce qui constituait une première historique, tout comme l’ambassadeur de France en Australie.  Malgré un entretien téléphonique avec le premier ministre australien Scott Morrison le 28 Octobre 2021, Emmanuel Macron choisit de conserver une posture de fermeté à l’égard de l’Australie qu’il réaffirme dans son interview de fin de mandat le 15 Décembre dernier où il affirme « Le gouvernement australien et son Premier ministre se sont mal comportés » et voulant inscrire la réaction française dans la durée ».
Néanmoins, l’Australie, bien que commanditaire à l’origine des sous-marins n’est pas la seule fautive dans cette affaire ! Il ne faut pas oublier que le contrat a aussi et avant tout était rompu par le biais des États-Unis, principaux instigateurs de l’AUKUS et nouveaux fournisseurs de huit sous-marins à l’État australien. Et sur ce plan, de fermeté il n’y a que très peu eu. En effet, si un premier geste fort avait été fait avec le départ de l’ambassadeur français de Washington, on ne peut pas dire que ces réactions se soit installées dans la durée. Cinq jours seulement après le départ de l’ambassadeur, à l’issu d’un appel d’une demi-heure entre le président français et son homologue américain Joe Biden, celui-ci est renvoyé à la capitale américaine.  Un peu plus d’un mois plus tard le 29 Octobre à Rome lors du G20 précédent la COP 26 de Glasgow, les deux chefs d’état s’entretiennent de nouveau, échange se concluant par l’aveu du président américain d’une « maladresse » commise à l’égard de la France. Toutefois, pas de réparation annoncée ! Comme quoi face à l’hyperpuissance américaine, la France fait peu le poids.

La France et les États-Unis, une alliance de plus en plus ténue

Si l’on poursuit, dans un climat de défiance de plus en plus affirmé de l’Union Européenne à l’égard de l’OTAN (l’alliance transatlantique avec les États-Unis), il était normal que le sujet de l’amitié franco-américaine revienne à grand pas. Si celle-ci avait toujours été contrarié et faite de hauts et de bas (rappelons tout de même qu’en 1966 le général de Gaulle annonçait le départ de la France du commandement intégré de l’OTAN et que c’est seulement Nicolas Sarkozy plus de quatre décennies plus tard qui revint au sein de cette organisme, ou encore qu’en 2003 Dominique de Villepin dans un vibrant discours à l’ONU se prononçait contre l’intervention en Irak voulue par les États-Unis), il n’en demeurait pas moins que les Français et les Américains ont souvent su travailler main dans la main depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Néanmoins, il y a dans cette situation un vrai signal fort envoyé par Washington au gouvernement français. Le message est finalement très simple à comprendre : entre une bonne alliance avec l’Australie et la Grande-Bretagne et ne pas froisser l’ego de la France, mieux vaut (et plutôt largement) choisir la première option. Ainsi, l’amitié franco-américaine n’arrive que très loin dans les préoccupations de l’administration Biden (et ce ne sont pas les excuses sans aucun retour en arrière qui laisseraient à penser le contraire).

Que cette crise nous dit-elle sur l’Union Européenne ?

Là encore, la pilule va être dur à avaler pour l’UE : que les États-Unis, première puissance mondiale sur le plan diplomatique encore aujourd’hui malgré l’émergence de la Chine, veuille développer un peu plus leur réseau d’alliance, cela ne choquera personne. En revanche qu’il le fasse plutôt que dans le cadre de l’OTAN, avec le Royaume-Uni qui vient tout juste de sortir officiellement de l’UE (rappelons que le Brexit ne s’est déroulé officiellement que le 31 Janvier dernier), c’est tout de suite plus dérangeant… Ainsi, on peut aussi voir à travers la création de l’AUKUS que l’Europe reste encore et toujours ce que beaucoup appellent encore aujourd’hui un « nain diplomatique » qui peine à peser sur la scène internationale.

 

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Julien Vacherot

Étudiant en seconde année à HEC Paris et rédacteur géopolitique, j'ai pour but de vous faire partager ma passion et de vous aider dans cette matière et partout où c'est possible

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