Géopolitique des tournois du Grand Chelem

Ça y’est ! La saison de tennis sur terre battue bat son plein, d’ici quelques semaines, ça sera Roland Garros. Tous les ans, les français, fans de tennis de la première heure comme simple amateurs de longue après-midi devant leur télé en train de vibrer devant les (contre)-performances de sportifs français dont ils ne connaissaient pas le nom deux heures plus tôt. Le tournoi de Roland Garros appartient avec Wimbledon (Angleterre), l’US Open (États-Unis) et l’Open d’Australie à la catégorie des trois tournois du Grand Chelem, la plus prestigieuse existant en tennis. Il s’agit donc d’un des quatre temps forts de l’année de tennis. Et on peut clairement voir s’installer une véritable géopolitique autour de ces tournois.

Le grand chelem, un formidable moyen de soft power sur lequel de plus en plus de pays veulent compter pour arriver sur le devant de la scène internationale

Alors oui, il ne faut pas le nier, accueillir un tournoi du Grand Chelem, c’est comme accueillir une finale de Ligue des Champions en Foot, une coupe du monde de rugby ou les Jeux Olympiques : on en tire un soft power, que Joseph Nye décrivait comme un pouvoir d’influence, certain. En effet, pendant quinze jours (voire même en fait trois semaines pour les plus ardents supporters), les yeux d’une bonne partie du monde seront portés vers votre pays. L’immense majorité des plus grands joueurs (nul ne rate un grand chelem sauf méforme ou circonstances exceptionnelles) sera là, plus motivés que jamais. Bref, c’est un rendez-vous important et dont l’organisateur peut espérer tirer des bénéfices multiples.

Jusque-là, quatre pays se partageaient le lucratif label de « grand chelem » : la France, l’Australie, L’Angleterre et les États-Unis, puissances historiques du tennis mondial. Mais aujourd’hui, d’autres pays avides de l’exposition donnée par un tournoi du Grand Chelem frappent de plus en plus fort à la porte. La Chine, nouvelle hyperpuissance économique mondial compte bien augmenter son soft power en accueillant un de ces prestigieux tournois et semble aujourd’hui le candidat le plus sérieux. Les pays du golfe arabique, notamment les Émirats Arabes Unis et Dubaï mais également le Qatar avec Doha lorgnent également sur le précieux Label. N’oublions pas non plus les vélléités espagnoles (qui ont moins de chance d’aboutir car même si Madrid dispose d’infrastructures exceptionnelles, le fait que déjà la moitié des grands chelems aient lieu sur le continent européen nuit clairement à la candidature de la capitale. Enfin, même si ces candidatures ont aujourd’hui encore des chances d’aboutir moins élevées, l’Afrique et l’Amérique du Sud militent pour un tournoi du Grand Chelem organisé sur leur continent. Bref, les candidats ne manquent pas et si depuis la création de ce label la liste des quatre tournois du Grand Chelem n’a jamais été modifiée, un tel évènement n’a jamais été aussi proche.

Pendant que certains cherchent à obtenir un tournoi du Grand Chelem, d’autres cherchent à le garder

Seulement voilà le nombre de Grand Chelems semble devoir rester aux environs de quatre, sous peine de considérablement dénaturer cet évènement et de perdre ce qui le rendait exceptionnel (on pourrait imaginer que certains joueurs parmi les meilleurs mondiaux se permettraient de rater un tournoi du Grand Chelem sur une surface leur étant moins favorable, ce qui ferait perdre de son standing à cette catégorie de tournois). Bref, la liste des tournois du Grand Chelem semble ne pas pouvoir être extensible et donc l’entrée de nouveaux tournois dans cette classe impliquera forcément la disparition ou la rétrogradation d’autres. Aujourd’hui, les États-Unis et l’US Open semblent bel et bien intouchables (qui pourraient imaginer que l’on retire à la première puissance économique mondiale et à une ville-monde comme New-York son tournoi du Grand Chelem ?) Même si Londres et Wimbledon sont souvent critiqués du fait de la spécificité de la surface, le gazon, sur laquelle très peu de tournois sont joués dans l’année, l’aspect historique de ce tournoi le rend difficilement déboulonnable.

Il reste donc deux candidats à la rétrogradation devant batailler à tout prix pour conserver le tant convoité statuts : Roland Garos à Paris et l’Open d’Australie à Melbourne. Dès lors, une autre lutte s’installe entre les tournois pour conserver un standing et donc un soft power certain. Ils se battent pour proposer les meilleures conditions de jeu possible, notamment en installant un toit rétractable permettant de jouer en cas de conclusion pluvieuses. Désormais, au-delà des matchs officiels, un tournoi du Grand Chelem propose aussi un « tournoi des légendes » où s’opposent d’anciennes gloires du jeu. Mais il n’est plus nécessaire d’être un joueur ou une joueuse professionnelle de tennis pour fouler ces cours mythiques : des journées spéciales pour les fans sont ouvertes où s’affrontent des stars du showbizz comme David Guetta et Martin Solveig il y a quelques années à Roland Garros. La bataille se joue aussi au niveau des sponsors. Bref, la lutte pour le soft power fait rage et risque fort de redessiner la carte du tennis mondial au cours de la prochaine décennie.

 

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Julien Vacherot

Étudiant à HEC Paris en année de césure et rédacteur géopolitique, j'ai pour but de vous faire partager ma passion et de vous aider dans cette matière et partout où c'est possible

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