Retrouvez notre analyse du sujet de géopolitique ESSEC 2026 ci-dessous. Sa lecture vous sera utile, que vous ayez passé l’épreuve ou que vous souhaitiez préparer les concours.
Les candidats doivent rédiger une dissertation en 4 heures. L’objectif est de comprendre précisément le sujet, de le problématiser clairement, puis de construire une réflexion structurée en analysant les stratégies des acteurs et en mobilisant des concepts clés. La rigueur dans la structuration ainsi que la gestion du temps sont des éléments déterminants pour réussir l’épreuve de géopolitique de l’ESSEC.
Il est également important de noter que les coefficients sont compris entre 5 et 8, selon que vous ayez choisi les mathématiques approfondies ou appliquées, ainsi que selon les établissements. Il est donc indispensable de se préparer en amont, par exemple avec notre kit spécial concours.
Bonne chance pour la suite de vos concours, et bon courage aux futurs candidats dans leurs révisions !
L’analyse du sujet de géopolitique ESSEC 2026
Vers une désoccidentalisation du monde ?
C’est un sujet qui se rapproche de ce que l’on a pu avoir au concours ECRICOME cette année avec le sujet : « Du Tiers monde au Sud Global : une unité impossible ? »
On voit que les enjeux autour de la multipolarité mais aussi de la remise en question de la domination des pays occidentaux sont très actuels et semblent être au cœur des réflexions.
Introduction
Accroche :
Le 24 août 2023, à Johannesburg, le bloc des BRICS annonçait son élargissement à six nouveaux membres (dont l’Iran et l’Arabie Saoudite). Ce basculement symbolique marque la volonté du « Sud Global » de s’affranchir d’un ordre mondial jugé trop « centré sur l’Atlantique Nord ».
Définition des termes :
- Occident : Ensemble géopolitique mené par les États-Unis, l’Europe et leurs alliés (Japon, Australie), partageant un modèle de démocratie libérale et d’économie de marché.
- Désoccidentalisation : Processus de contestation de la domination de cet ensemble, tant sur le plan matériel (PIB, armement) que normatif (culture, valeurs, droit international).
- Vers : Indique un mouvement, une tendance qui n’est peut-être pas encore aboutie ou irréversible.
Contexte :
Après le « moment unipolaire » des États-Unis (H. Védrine) dans les années 1990, le monde bascule dans une multipolarité complexe où l’émergence économique (Chine, Inde) se double d’une affirmation politique. Par ailleurs, les acteurs de ce que l’appelait le Tiers-Monde et aujourd’hui ne Sud Global ne semblent pas non plus unifiés et certains souhaitent affirmer leur puissance.
Problématique :
La remise en cause de l’hégémonie occidentale actuelle traduit-elle une simple transition de puissance vers de nouveaux pôles, ou assiste-t-on à une rupture civilisationnelle et institutionnelle remettant en cause l’universalité du modèle libéral ?
Plan de la dissertation
I. Le constat : La fin de l’hégémonie matérielle et le basculement du monde
1. Le rééquilibrage économique et la fin de la rente de développement
- Argument : L’émergence des puissances du Sud (Chine en tête) a mis fin au monopole industriel et technologique de l’Occident. La mondialisation, autrefois vecteur de l’influence occidentale, s’est retournée contre ses initiateurs.
- Exemple : L’essor des Zones Économiques Spéciales (ZES) en Chine qui a permis à Pékin de devenir “l’atelier du monde” puis un leader technologique (5G, batteries électriques).
- Référence : Mahbubani Kishore, The Asian 21st century (2019). Il y explique que le retour de l’Asie à sa part historique dans le PIB mondial est une normalisation, pas une anomalie.
2. L’érosion du Hard Power occidental et la contestation de la « Pax Americana »
- Argument : La capacité de l’Occident à assurer l’ordre mondial (police du monde) est contestée par des puissances révisionnistes qui n’hésitent plus à utiliser la force. Cf carte issu du dossier sur les capacités militaires mondiales
- Exemple : Le programme nucléaire iranien et son enrichissement d’uranium à 60% à Fordo, défiant les pressions américaines, ou les manœuvres militaires communes Chine-Russie-Iran dans l’Océan Indien.
- Référence : Graham Allison, Vers la guerre : L’Amérique et la Chine dans le Piège de Thucydide ? (2017). Les US ont peur de la montée en puissance de la Chine, aujourd’hui guerre commerciale entre les deux pays avec les tarifs douaniers notamment
3. La fragmentation financière et la « désanctuarisation » du dollar
- Argument : L’utilisation de l’arme financière (sanctions) par les États-Unis pousse le reste du monde à chercher des alternatives au système Swift et au dollar.
- Exemple : La volonté des pays des BRICS de créer une monnaie commune ou de commercer en monnaies nationales (yuan, roupie) pour contourner l’hégémonie du dollar.
- Référence : Michel Aglietta, Le futur de la monnaie (2021).
II. La désoccidentalisation comme projet : un défi aux normes et aux valeurs
1. La remise en cause de l’universalisme des droits de l’homme
- Argument : Des puissances comme la Chine ou la Russie promeuvent un modèle de “souveraineté absolue” contre le droit d’ingérence, qualifiant les valeurs occidentales de “provinciales”.
- Exemple : Le concept de « démocratie souveraine » en Russie ou de « valeurs asiatiques » qui privilégient l’ordre et le collectif sur la liberté individuelle. Les pays du Sud global montrent que d’autres modèles que ceux de la démocratie « fonctionnent » et sont adaptés à leur société pour des raisons historiques, culturelles…
- Référence : Samuel Huntington, Le Choc des Civilisations. Bien que critiqué, son idée que la fin de la guerre froide ne signifie pas l’occidentalisation reste centrale ici.
2. La création d’un ordre institutionnel alternatif
- Argument : Face aux institutions héritées de 1945 (FMI, Banque Mondiale), les pays émergents créent leurs propres structures de gouvernance.
- Exemple : L’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) ou la Nouvelle Banque de Développement (NBD) des BRICS, qui proposent une alternative multilatérale sans les conditions de réforme démocratique exigées par l’Occident.
- Référence : Bertrand Badie, L’impuissance de la puissance (2004) : il montre comment les nouveaux acteurs contournent le jeu traditionnel des grandes puissances.
3. La bataille des récits : le “Sud Global” contre le “Double Standard”
- Argument : L’Occident est accusé d’hypocrisie (indignation sélective entre l’Ukraine et Gaza), ce qui ruine son Soft Power auprès des pays en développement.
- Exemple : Le refus de nombreux pays africains et asiatiques de sanctionner la Russie en 2022, perçu comme une “guerre d’Européens”.
Petit point sur le double standard :
Qu’est-ce que le « double standard » en géopolitique ?
Le concept de « double standard » (souvent traduit par « deux poids, deux mesures ») est au cœur de la critique actuelle contre l’Occident. C’est l’accusation selon laquelle les puissances occidentales (États-Unis et Europe) appliquent les principes du droit international, de la démocratie et des droits de l’homme de manière sélective, en fonction de leurs intérêts stratégiques.
Concrètement, le Sud Global reproche à l’Occident :
- L’indignation sélective : Condamner fermement l’invasion de l’Ukraine par la Russie (au nom de la souveraineté des États) mais avoir envahi l’Irak en 2003 sans mandat de l’ONU, ou rester silencieux sur d’autres conflits (Yémen, Gaza).
- La géométrie variable des valeurs : Exiger des réformes démocratiques de la part de certains pays (Venezuela, Iran) tout en maintenant des alliances étroites avec des régimes autoritaires s’ils sont des partenaires énergétiques ou militaires (monarchies du Golfe).
- L’asymétrie économique : Prôner le libre-échange quand cela profite aux entreprises occidentales, mais instaurer des mesures protectionnistes ou des sanctions financières dès que leur domination est menacée.
Le “Sud Global” (Inde, Brésil, pays d’Afrique) utilise l’argument du double standard pour justifier son refus de suivre les consignes de vote occidentales à l’ONU.
III. Une désoccidentalisation en trompe-l’œil ? Les limites et la résilience du modèle occidental
1. L’absence d’unité du « bloc » non-occidental
- Argument : Le “Sud Global” est une construction hétérogène traversée de rivalités profondes qui empêchent l’émergence d’un successeur unique à l’Occident.
- Exemple : La rivalité frontalière et géopolitique entre l’Inde et la Chine qui fragilise la cohésion des BRICS.
- Référence : Christophe Jaffrelot, L’Inde de Modi : national-populisme et démocratie ethnique (2019).
2. La persistance de l’attractivité et de l’innovation occidentale
- Argument : L’Occident conserve une avance majeure dans les secteurs clés de l’avenir (IA, transition énergétique, recherche médicale) et reste le pôle d’attraction migratoire majeur.
- Exemple : La domination des entreprises de la Silicon Valley (Nvidia, Apple, Google) et le fait que les élites du monde entier continuent d’envoyer leurs enfants dans les universités occidentales.
- Référence : Joseph Nye, Soft Power (1990). Il explique que la puissance d’attraction reste le meilleur atout des USA.
3. La « ré-occidentalisation » par la menace (Le réveil de l’OTAN)
- Argument : Loin de s’effacer, l’Occident se resserre face aux menaces extérieures, renforçant ses alliances militaires.
- Exemple : L’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN suite à l’invasion de l’Ukraine, marquant un renforcement inattendu du bloc atlantique.
- Référence : François Heisbourg, Le temps des prédateurs (2020), qui analyse le retour de la force et la nécessité pour l’Occident de se réarmer.
Conclusion
La désoccidentalisation est une réalité matérielle (fin de l’hyperpuissance) et normative (contestation des valeurs). Le monde n’est plus “un” sous l’égide de la Pax Americana. Toutefois, plus qu’une disparition de l’Occident, on assiste à une perte du leadership institutionnel sans qu’un modèle alternatif cohérent et universel ne s’impose encore. Le monde s’oriente vers une “apolarité” ou une “poly-crise” où l’Occident n’est plus qu’un pôle parmi d’autres.
Ouverture : La véritable question n’est plus de savoir si le monde se désoccidentalise, mais si l’Occident saura accepter son nouveau rôle de “partenaire” plutôt que de “leader” dans la gestion des biens publics mondiaux (climat, santé).









