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Analyse et plan détaillé complet du thème “l’humanité”

Sommaire

Le thème de cette année en CG est très vaste. La première difficulté est d’arriver à bien cerner les différents enjeux possibles qui se cachent derrière la notion.

Aussi, pour t’aider à structurer tes révisions et commencer dès maintenant à te constituer des fiches thématiques, cet article te propose un plan détaillé complet de la notion.

En CG, il est pour rappel grandement conseillé de se faire des exempliers pour réviser le thème, c’est-à-dire des fiches avec systématiquement : un auteur, une œuvre, une ou plusieurs citations / mots clefs, et un paragraphe explicatif du lien entre la référence et la notion.

Les définitions incontournables du thème de CG

L’humanité peut s’entendre de différentes manières. Le premier travail, essentiel, est d’essayer de qualifier les différents sens de ce mot.

Repartons du sens le plus commun : l’humanité, c’est l’ensemble des êtres humains considérés comme une communauté, et indifféremment de leurs distinctions d’origine, de religion, de culture… on considère donc ici plutôt le groupe que l’individu humain.

Mais l’humanité de quelque chose, c’est aussi, ce qui fait qu’elle appartient au genre humain, qu’elle se distingue de l’animal par exemple. Ici, l’humanité c’est une qualité substantielle, comme parler, penser, créer, vouloir, désirer… C’est un prisme d’analyse plutôt ontologique de la notion (qui se rapporte à son essence).

Il arrive aussi que l’on dise de quelqu’un qu’il a beaucoup d’humanité. La notion prend alors une dimension morale. On pense à des qualités comme la bonté, la générosité, la tolérance, l’altruisme… On peut se demander alors dans quelle mesure la notion d’humanité est liée à celle d’éducation, de culture.. Qu’est ce qu’avoir un haut degré d’humanité ? Peut-on être plus humain que quelqu’un d’autre ?

On pourrait aussi comprendre l’humanité comme l’ensemble de l’histoire humaine depuis les commencements. Il faudrait alors aussi penser au devenir historique de l’humanité, en lien notamment avec l’évolution technologique, comment penser la notion d’humanité en lien avec le transhumanisme ?

Enfin, comme toujours en CG, il faut essayer de penser à tous les termes qui s’opposent à la notion, ici, on pourra imaginer des sens contraires, comme la notion d’animalité. Avec un présupposé plus négatif on pense à la barbarie, l’inhumanité. De manière plus abstraite il faut réfléchir à la notion d’altérité. On se pose alors les questions suivantes : notre humanité se construit-elle en opposition à l’une de ces notions ? Devient-on plus humain en combattant la barbarie ? ou à l’inverse, la prise en compte de l’altérité, de l’autre, nous rend–t-il plus humain ?

Je te propose de décliner ces différentes définitions dans un plan, avec à chaque fois des références essentielles, que je te conseille de ficher. 

 

Lire plus : Culture générale 2027 : le kit de survie pour le thème de l’humanité par Romain Treffel.

 

Plan détaillé du thème : 

I/ L’humanité… comme communauté humaine unifiée à travers des critères communs

A/ Une définition biologique et technique

André Leroi-Gourhan avec Le Geste et la Parole (1964 et 1965) est une référence incontournable. Ethnologue français, également préhistorien Leroi-Gourhan cherche à établir les différents critères biologiques et techniques qui définissent l’hominisation (le fait de devenir humain). Pour ses travaux, il s’appuie beaucoup sur la préhistoire. 

Parmi ces critères, on retrouve notamment : la bipédie (fait de se déplacer sur deux jambes, ce qui libère la main pour l’activité manuelle), l’usage de la main (qui permet la fabrication d’outils), ou encore le langage articulé. Ces aspects permettent à l’homme d’agir sur son environnement et de le transformer.

On peut ainsi définir, avec Leroi-Gourhan, le fait d’être homme comme remplissant différents critères biologiques et technologiques, en dehors donc de toutes différences culturelles.

 

B/ Une définition anthropologique

L’anthropologie (littéralement, en grec, le discours logos sur l’homme anthropos) est un aspect essentiel du sujet. Cette discipline vise précisément à penser ce qui fait les caractères fondamentaux des hommes en étudiant la diversité des cultures, et des pratiques religieuses, alimentaires, festives, sportives… des différentes populations du monde. Mais peut-on définir l’humanité comme un seul ensemble alors que chaque culture apparaît comme singulière, unique ? 

Claude Lévi-Strauss, anthropologue français, tente justement dans son ouvrage intitulé Les structures élémentaires de la parenté (1949) de définir un critère véritablement universel à toutes les sociétés humaines. Il parvient ainsi à identifier l’interdit de l’inceste comme le critère clef, commun à toutes les cultures et à toutes les civilisations, et qui constitue pour lui un passage de la nature à la culture

Il y a donc deux choses à retenir, à la fois l’universalité de l’interdit de l’inceste et la manière dont cet interdit marque un passage de l’animalité à l’humanité.

Une formule est restée célèbre : la prohibition de l’inceste est « le mouvement fondamental grâce auquel, par lequel, mais surtout en lequel, s’accomplit le passage de la nature à la culture ». On peut-voir dans cette notion de culture un trait fondamental de notre humanité collective.

 

Lire plus : Juger l’humain, juger comme un humain, l’anthropologie au crible du jugement.

 

II/ L’humanité… comme ce qui fait le propre de l’homme : une définition ontologique

A/ La raison

Ici, on cherche à déterminer, sur le plan ontologique, quels pourraient être les caractéristiques fondamentales qui permettent de définir l’être humain (à la différence de l’animal, ou du végétal…). Blaise Pascal, dans ses célèbres Pensées (1670) pose souvent cette interrogation.

L’humain est un être fragile, précaire, sans cesse soumis à la menace de la mort, pourtant, ce qui fait son exceptionnalité, son humanité c’est qu’il est pensant, c’est à dire qu’il est capable de raisonner, d’abstraire, et de penser le monde dans son ensemble : c’est ce qui fait son caractère unique et fascinant. La métaphore du “roseau pensant” est parfaite pour illustrer cette ambivalence entre fragilité et puissance de la raison.

“L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant.”

 

2/ La liberté

Sartre, dans L’existentialisme est un humanisme (1946), écrit : “l’existence précède l’essence”, pour signifier que l’homme est un être qui se singularise par sa capacité à faire sans cesse des choix. On peut assimiler ici la liberté humaine à sa capacité à progresser à travers des choix, à délibérer rationnellement à partir de possibilités multiples. Exister c’est sortir de (ex-sistere en latin), c’est s’arracher à une condition initiale pour devenir autre chose. L’essence, c’est ce qui est fixe. Exister, c’est ce qui est dynamique, en devenir : c’est cela qui définit le plus l’homme pour Sartre.

 

Lire plus : Blaise Pascal, l’angoisse du vide.


III/ L’humanité… comme un processus historique et culturel 

A/ La politique 

C’est le versant plus “historique” du sujet. Il faut essayer de montrer la diversité historique et culturelle des sociétés humaines, en mettant en évidence ses réalisations, et son caractère toujours en devenir, en construction. L’humanité n’est pas qu’un donné abstrait, conceptuel (comme dans le II/) c’est aussi, très concrètement, des structures élaborées par l’homme, des oeuvres qui traduisent cette humanité.

Aristote, dans la Politique, au livre I, définit l’homme comme zoon politikon, un animal politique dans sa célèbre phrase : “L’homme est par nature un animal politique”. Cette association entre la nature de l’homme et son existence au sein de sociétés organisées est essentielle. Elle montre que l’humanité n’est pas quelque chose de “donné” mais s’acquiert par le biais de sociétés organisées : c’est précisément ce que la politique cherche à faire, créer un espace de vie en commun qui permette à l’humanité de s’accomplir.

 

B/L’esthétique

On dit souvent des musées qu’ils conservent les chefs d’œuvres de l’humanité, qu’ils traduisent son exceptionnalité, sa beauté : traverser un grand musée c’est voir défiler l’histoire de l’humanité à travers ses prouesses matérielles et esthétiques. Convoquer l’art, c’est montrer concrètement comme se traduit le génie humain.

Le philosophe français Georges Bataille, dans un texte resté célèbre, Lascaux ou la naissance de l’art (1955), étudie précisément la manière dont les fresques préhistoriques de la grotte de Lascaux constituent le chef d’œuvre d’une humanité qui montre son génie à travers l’art. Ces fresques montrent la manière dont l’art peut-être vue comme une manière de fixer le monde (les hommes préhistoriques y représentaient des animaux), d’en garder une trace, de donner corps à une fascination qui fait le propre de l’homme.

“C’est en ce sens surtout que nous parlons du miracle de Lascaux, car à Lascaux, l’humanité juvénile, la premiére fois, mesura l’étendue de sa richesse. De sa richesse, c’est-a-dire du pouvoir qu’elle avait d’atteindre l’inespéré, le merveilleux.”

 

Voir plus : Aristote : l’homme en avance sur son temps.

 

IV/ L’humanité… comme valeur morale 

Il est possible d’envisager l’humanité comme un critère moral, qui se manifeste par des actions concrètes.

C’est tout le sens de l’impératif catégorique kantien : il faut traiter l’humanité, en soi comme en autrui, toujours comme un fin et non simplement comme un moyen (par exemple : l’esclave est un moyen, un outil). C’est pour Kant, dans les Fondements de la métaphysique des mœurs (1785) le fondement de la dignité humaine comme valeur inconditionnelle.

“Agis de telle sorte que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin jamais simplement comme un moyen.”

 

Voir plus : Kant : morales utilitaristes et morale kantienne.

 

V/ L’humanité… et l’altérité

A/ La barbarie

La meilleure manière de saisir ce que représente l’humanité et peut-être de lui opposer son antithèse : la barbarie.

Montaigne, dans ses Essais, au chapitre sur “Des cannibales” met en évidence la complexité de cette notion. Est barbare, pour Montaigne, ce qui diffère de soi, de ses habitudes, de ses usages. Montaigne s’appuie dans ce chapitre sur la manière dont il est possible de qualifier de barbare, aussi bien les pratiques cannibales de populations étrangères, que les propres atrocités commises par les européens au cours de leurs guerres, ou des persécutions religieuses.

 

B/ L’inhumain

L’homme peut-il perdre son humanité ? Certains textes, écrits sous des régimes dictatoriaux, mettent en évidence la manière dont l’homme peut, pour des causes idéologiques, dégrader l’humanité de son semblable jusqu’à lui faire perdre toute dignité. Le texte de Primo Levi, Si c’est un homme (1947), témoigne de la déshumanisation systématique des déportés dans les camps de concentration de l’Allemagne nazie. C’est une référence incontournable pour penser l’inhumain comme processus historique et non seulement comme catégorie abstraite.

 

C/ L’animal

Peut-on définir l’homme à partir de sa différence avec l’animal ? La thèse classique de Descartes des animaux-machines, dans le Discours de la méthode, fait de l’animal un être dépourvu de raison et de langage véritable, qui serait comme constitué de rouages et de ressorts, marquant ainsi sa différence radicale avec l’homme.

 

Voir plus : Le Loup, sujet CSG 2024.

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Sébastien Costa