Misterprepa

La géostratégie de Djibouti

Sommaire
geostrategie djibouti

Fin décembre 2023, des attaques contre des navires commerciaux traversant la Mer Rouge ont fait la une des journaux. Ces attaques ont été lancées par les rebelles houthis du Yémen, qui contrôlent déjà une grande partie du territoire yéménite. Le Yémen est situé aux portes de la Mer Rouge, qui est l’une des voies commerciales maritimes les plus empruntées au monde. Ces événements ont donc eu un impact majeur sur le commerce international, tel était l’objectif des rebelles houthis.

De l’autre côté de la Mer, face au Yémen, se trouve le tout petit pays qu’est Djibouti. Contrairement à son voisin yéménite, ce pays connaît une relative stabilité. Mais, par sa position géographique, il est également au cœur de ces événements. Dans cet article, nous essayerons de comprendre quelle place prend la république de Djibouti dans cette région du monde, aussi cruciale qu’instable. Aux portes de la Mer Rouge, ce petit pays est un acteur majeur de la sécurité régionale et du commerce international.

 

Une position stratégique

D’abord, il est impossible d’étudier la république de Djibouti sans prendre en compte sa géographie exceptionnelle. Le pays possède de larges côtes, la mer étant la source de son importance géostratégique.

Cette ancienne colonie française a depuis toujours subi les convoitises étrangères et notamment occidentales. Les intérêts étrangers dans la région ont augmenté avec le creusement du canal de Suez. Situé au Nord de la Mer Rouge, il permet de relier l’Océan Indien à la Mer Méditerranée. Dès lors, passer par la Mer Rouge permet de réduire le temps de trajet pour relier l’Europe à l’Asie. Les navires n’ont plus à contourner l’Afrique par le Cap de Bonne-Espérance au Sud. La Mer Rouge gagne alors en importance tout comme ses deux portes d’entrée et de sortie : le canal de Suez égyptien et le détroit de Bab-el-Mandeb, entre l’Érythrée et Djibouti au Sud et le Yémen au Nord.

 

Lire plus : L’histoire du canal de Suez

 

Au cœur d’une zone de conflits

Djibouti est un État relativement stable dans cette région du monde, ce qui fait de lui un territoire crucial dans la résolution des conflits régionaux. Djibouti est proche géographiquement de nombreux différents conflits.

D’abord, le pays se situe au cœur du “Triangle de la terreur des crises (Shaul Shay), composé de la Somalie voisine, du Soudan et du Yémen, de l’autre côté de la Mer Rouge. D’après Shaul Shay, ce sont les trois guerres civiles les plus violentes de la région. Ces conflits sont internes à ces pays, qui sont tous les trois considérés comme des États en faillite (le Soudan depuis le retour de la guerre civile en 2023). Mais de nombreuses puissances régionales et internationales jouent un rôle majeur dans la résolution des conflits.

Djibouti se trouve également proches de grandes puissances régionales antinomistes telles que l’Éthiopie et l’Égypte, l’Arabie saoudite et l’Iran – ces pays connaissant des rivalités très fortes, risquant de mener à des conflits. Autour de la Mer Rouge, il est aussi possible de parler de la guerre entre l’État israélien et la Palestine. De nombreux conflits sont reliés les uns avec les autres, avec des soutiens tels que l’Iran pour les Houthis du Yémen, qui eux-mêmes soutiennent le Hamas en Palestine. Nous observons donc que de nombreux conflits se sont embrasés à nouveau ces dernières années.

La militarisation de la région profite en quelque sorte à l’État djiboutien. Un autre facteur commun est l’omniprésence étrangère dans chacun de ces conflits, à la fois historiquement et actuellement. L’Occident (États-Unis, France et Royaume-Uni essentiellement) mais aussi la Chine et la Russie ont leur carte à jouer dans cette région tendue.

 

Lire plus : Égypte/Éthiopie : une guerre de l’eau ?

 

Djibouti, “la sentinelle de la Mer Rouge”

La sécurité de la Mer Rouge est un enjeu tant régional qu’international, notamment pour le transport d’hydrocarbures venant des pays du Golfe persique. Sécuriser la Mer Rouge commence avant tout par ses portes d’entrées et de sorties. Le canal de Bab-el-Mandeb, entre Djibouti et le Yémen, est donc crucial. Le Yémen ne pouvant assurer la sécurité de ses eaux territoriales, la coopération militaire entre Djibouti et d’autres pays est une solution efficace.

Djibouti s’est spécialisé dans la militarisation de son territoire par des puissances militaires étrangères. La présence française est la plus ancienne, du fait de la colonisation. Mais le nombre de militaires français déployés a été réduit (1450). Les États-Unis, quant à eux, déploient deux fois plus de soldats (3200).  Il existe également des bases militaires italienne et japonaise. Enfin, la Chine investit de plus en plus dans le développement de Djibouti et de la base militaire chinoise. Elle ne possède pour le moment que 400 hommes mais souhaite en déployer 10 000 d’ici 2026.

Djibouti symbolise l’internationalisation de la sécurité régionale. Elle prend la forme d’une militarisation de masse au sein d’un petit territoire clef dans la résolution et la prévention des conflits. Djibouti participe pleinement à la sécurisation de la région et surtout de la Mer Rouge. Il joue les cartes de la coopération internationale et de l’installation de bases militaires étrangères. Pourtant, de nouveaux combats d’influences sont importés dans la région, notamment entre la Chine et les Occidentaux. Les tentatives de résolution de l’insécurité régionale se transformeraient en une forme d’insécurité géopolitique.

Finalement, la richesse apportée à Djibouti grâce à sa position géostratégique n’est pas que bénéfique. Le revers de la médaille est une perte de souveraineté du pays sur son propre territoire. Le pays est le premier à subir les combats d’influence entre ces différentes puissances qui veulent s’implanter dans la région. Et il est aujourd’hui complètement dépendant de la Chine, qui possède 77% de sa dette externe.

 

Lire plus : L’influence croissante des pays émergents en Afrique

Newsletter
Picture of Alban Dantin
Alban Dantin
Actuellement en master à Sciences Po Bordeaux, j'ai d'abord fait deux ans de classe prépa littéraire A/L à Saint-Sernin (Toulouse).