Afin d’être au clair sur le programme de géopolitique concernant le rôle de la première puissance mondiale au Proche et Moyen-Orient, voici une proposition de corrigé à la question : “Que font les Etats-Unis au Moyen-Orient ?” sous la forme d’un plan détaillé commenté.
Introduction
Accroche
L’attaque du 7 octobre par le Hamas en Israël a replacé la région du Levant au cœur des enjeux mondiaux. La riposte de l’Etat hébreu, allié précieux et historique des Etats-Unis dans cette région, est critiquée par le gouvernement étatsunien lui-même et pose ainsi à nouveau la question de la place de la superpuissance étatsunienne dans la région du Proche et du Moyen-Orient alors que le cycle interventionniste ouvert par les deux guerres du Golfe s’était achevé par le retrait des troupes américaines d’Afghanistan en 2021 face à la nouvelle prise de pouvoir des Talibans.
N.B.: Au vu du contexte international, il apparait inévitable d’évoquer Israël, allié numéro 1 des Etats-Unis au Moyen-Orient, dans un sujet sur leur rôle ici. Les tensions entre les deux pays et la difficulté apparente pour Washington de dicter ses conditions à Tel-Aviv est une indication du problème sous-jacent du sujet
Analyse du sujet
Moyen-Orient: Ici, il est recommandé d’utiliser la définition américano-centrée de la région, souvent surnommée “Greater Middle East“, qui s’étend du Maghreb à l’Afghanistan, à la différence d’une vision européenne un peu plus restreinte, et d’une vision française qui y inclut l’existence en son sein du Proche-Orient (une région comprenant les pays bordant la Méditerranée orientale, tels que Chypre, la Turquie, l’Egypte, Israël ou encore le Liban)
Contexte historique: Les Etats-Unis ont réellement commencé à s’ingérer dans les affaires de la région moyen-orientale à partir de 1945 et le Pacte de Quincy, scellé entre Roosevelt et le roi saoudien Ibn Saoud, qui garantissait aux étatsuniens un approvisionnement stable en pétrole en échange de la garantie de sécurité du royaume nouvellement proclamé. Leur présence s’est affirmée ensuite autour de leur défense de la sécurité d’Israël, créé en 1948. A partir de cet objectif, la première puissance mondiale a installé de nombreuses bases militaires dans la région, afin d’y préserver ses intérêts. En réponse à l’avènement de régimes lui étant hostiles (régime communiste afghan, révolution iranienne, mainmise de Saddam Hussein sur l’Irak), les Etats-Unis décident de s’impliquer davantage, notamment à travers la Guerre du Golfe de 1990, en réponse à l’invasion irakienne du Koweït, ou à travers les guerres d’Afghanistan et d’Irak, dans les années 2000, à la suite des attaques du 11 septembre 2001. Aujourd’hui, leur présence est de plus en plus contestée, à la fois par les pays de la région, et par l’opinion publique et la classe politique étatsuniennes elles-mêmes.
N.B. : Même si un rapide rappel historique est nécessaire, le sujet est au présent, donc il faut s’intéresser à l’évolution de la présence américaine jusqu’à maintenant, avec d’éventuelles indications sur les tendances à venir.
Problématique
Dans quelle mesure l’implication historique des Etats-Unis au Moyen-Orient de la fin de la Seconde Guerre mondiale à nos jours est-elle le reflet de la volonté persistante de la première puissance mondiale d’écrire les règles du jeu des puissances à son avantage dans une région en proie à une instabilité chronique, et par conséquent semblant incapable de se défaire de sa dépendance à l’hyperpuissance étatsunienne ? Les Etats-Unis sont-ils amenés à se retirer à terme, au vu du glissement de pivot géopolitique mondial vers l’Asie et de l’affirmation d’autres puissances dans la région ?
N.B. : Il est indispensable ici de mentionner les raisons de la présence étatsunienne, à la fois comme une nécessité pour la stabilité en l’absence d’alternatives régionales comme extérieures, et comme la volonté de préservation des intérêts de Washington, parmi lesquels Israël. La seconde question souligne en revanche le réel problème qui se cache derrière le sujet, à savoir la difficulté de plus en plus grande pour les étatsuniens de maintenir leurs positions dans la région, au vu des dynamiques régionales comme globales.
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Le plan détaillé
I) Si les Etats-Unis semblent encore aujourd’hui rester une puissance particulièrement interventionniste au Moyen-Orient,…
Cette première partie dresse le constat que les Etats-Unis, en dépit de toutes les discussions autour de leur retrait, restent néanmoins, dans l’histoire récente, un acteur, sinon l’acteur majeur de la région
A) En tant que “gendarmes du monde”, les Etats-Unis continuent d’assurer une part essentielle de la sécurité et de la stabilité de la région, via une assistance militaire massive…
On peut évoquer le cas de la Syrie jusqu’à la chute du régime de Bachar el-Assad, et dresser à ce titre un schéma qui représente la zone américaine et la présence de l’armée étatsunienne dans le pays (voir ci-dessous), ou encore parler de l’aide financière et militaire massive de Washington à Israël qui s’est intensifiée depuis le début du conflit ouvert le 7 octobre 2023.
B)…ainsi que par un grand nombre d’initiatives diplomatiques
Il existe d’innombrables illustrations des interventions étatsuniennes en matière diplomatique dans la région. Qu’il s’agisse des accords d’Oslo en 1993 ou de ceux d’Abraham à partir de 2020, il faut insister sur le fait que les Etats-Unis ont intérêt à maintenir une certaine stabilité pour conserver des alliances fragiles dans le Proche-Orient et dans le Golfe arabo-persique. Il pourrait être pertinent de relever une possible contradiction avec leurs actions militaires, ou du moins une volonté de moins s’engager militairement en misant sur la diplomatie.
C)…et ce, dans l’optique du maintien de leurs intérêts économiques globaux
Evidemment, le cœur de la stratégie américaine au Moyen-Orient demeure avant tout la préservation de leurs intérêts économiques dans la région, et ce depuis le Pacte de Quincy conclu avec l’Arabie Saoudite en 1945. Il faut alors lire les initiatives étatsuniennes dans cette optique, celle de préserver l’approvisionnement en pétrole, de sécuriser les routes commerciales, notamment celle passant par la mer rouge et, point souvent négligé, de faire fonctionner leur complexe militaro-industriel à travers de gros clients, parmi lesquels l’Arabie Saoudite et Israël, leurs deux principaux alliés traditionnels.
II)…, l’importance ainsi que la persistance de ce rôle de garant dans la région est le reflet de l’absence d’une alternative au “tutorat” américain, devant l’instabilité chronique de cette dernière depuis la fin des mandats dans l’immédiate après-Seconde Guerre mondiale
Ici, le choix est fait d’une deuxième partie historique qui analyse l’évolution de l’implication étatsunienne au Moyen-Orient, de l’après-guerre à la période post-11 septembre
A) Une région premièrement modelée par les tensions israélo-arabes et la rivalité soviético-américaine (1946-1991)
Comme l’Europe, le Moyen-Orient est, pendant la guerre froide, fracturé par les ambitions rivales des deux superpuissances du moment, avec des alliés de chaque côté, et des conflits marqués de cet affrontement, tels que l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979, durant laquelle les étatsuniens apporteront un soutien indirect aux Moudjahidines. Or, particularité régionale, la création de l’Etat juif en 1948 crée en parallèle un autre antagonisme qui bouleverse les équilibres de cette aire géographique. A l’instar de la guerre des Six Jours en 1967, ou de celle du Kippour en 1973 (qui sera à l’origine du premier krach pétrolier), l’éclatement de guerres à intervalles réguliers au sujet de la question israélo-arabe eut des conséquences bien au-delà du monde oriental. Dans les deux cas, les Etats-Unis jouent un rôle prépondérant en y appliquant leur stratégie de containment du communisme et en soutenant sans relâche Tel-Aviv, permettant au pays de résister aux pays arabes coalisés contre lui à de multiples reprises.
B) Un hyper-interventionnisme étatsunien, symbole de leur toute puissance dans le monde comme au Moyen-Orient (1991-2001)
La suprématie américaine héritée de la chute du bloc de l’Est en Europe permet aux Etats-Unis de se concentrer sur d’autres fronts et d’imposer avec plus d’assurance encore leur vision de l’ordre mondial. En effet, dès 1990, George Bush Sr. lance la Guerre du Golfe en réponse à l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein, par la voie d’une très large coalition de 35 pays à travers les opérations “Bouclier” et “Tempête du désert“ et qui conduit au retrait irakien du petit Etat pétrolier, avec l’appui d’une résolution onusienne. Cela renforce le sentiment de supériorité morale de Washington et le qualificatif de gendarme du monde, alors que le président américain évoque dans son discours sur l’état de l’union de la même année l’avènement d’un “Nouvel Ordre Mondial, […] moins menacée par la terreur, plus forte dans la recherche de la justice et plus sûre dans la quête de la paix. Une ère où tous les pays du monde, qu’ils soient à l’Est ou à l’Ouest, au Nord ou au Sud, peuvent prospérer et vivre en harmonie”. Cette vision quasi messianique perdure tout au long de la décennie, avec les accords d’Oslo conclus entre l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) de Yasser Arafat et Israël, menée par Yitzhak Rabin, parrainés par Bill Clinton, et d’autres sanctions contre la république islamique d’Iran, dans la continuité de la politique étatsunienne vis-à-vis de Téhéran depuis la révolution de 1979.
C) Malgré la guerre contre le terrorisme et “l’axe du mal”, un recul sensible de la présence directe de la puissance étatsunienne sur le long terme et une certaine résignation à gérer les affaires du monde arabe (2001-…)
Les attaques d’Al-Qaïda sur le sol américain le 11 septembre 2001 marquent un tournant dans la politique étatsunienne. En effet, Bush Jr. lance, en réponse à agression, une guerre d’ampleur contre le terrorisme (“war on terror“), procédant à l’invasion de l’Afghanistan des Talibans en novembre de la même année puis, de manière bien plus controversée, à l’invasion de l’Irak de Saddam Hussein, sans l’aval du conseil de sécurité de l’ONU et sur des prétextes aujourd’hui largement remis en cause, notamment la présence supposée d’armes de destruction massive stockées et dissimulées par Bagdad sur son territoire et le lien hypothétique entre le régime et les organisations terroristes islamistes à l’origine du 11 septembre.
Cependant, malgré cette implication étatsunienne au PMO dans les années 2000, les Etats-Unis ont depuis plutôt tendance à s’effacer, se retirant effectivement d’Irak et d’Afghanistan au courant des années 2010 et 2020, de manière plus ou moins ordonnée (on peut mentionner le départ chaotique de l’US Army après le retour au pouvoir des Talibans à Kaboul en août-septembre 2021), préférant opérer un tournant stratégique vers le Pacifique, et signant d’ailleurs des accords avec leurs ennemis dans la région, à l’image de l‘accord de Vienne sur le nucléaire iranien en 2015, qui permit à l’époque de lever les sanctions contre Téhéran.
III) Toutefois, la multiplication des acteurs dans la région proche et moyen-orientale et le repositionnement stratégique étatsunien indiquent que les Etats-Unis ont de moins en moins de prise sur les équilibres régionaux
Pour la troisième partie, il est ici proposé de parler de l’ensemble des raisons qui aboutissent aujourd’hui à un recul de la mainmise américaine sur le Moyen-Orient
A) La période post-11 septembre a ouvert la voie à une multiplication d’acteurs et à l’affirmation de leaders régionaux contestant la présence américaine
On constate depuis quelques décennies une certaine émancipation de certaines puissances régionales vis-à-vis du gendarme américain. Citons deux exemples de cette émancipation du jeu des puissances moyen-oriental.
La Turquie d’Erdogan, bien qu’étant dans l’OTAN, affirme son indépendance stratégique et sa volonté de maintenir des liens économiques comme diplomatiques avec des rivaux stratégiques des Etats-Unis comme la Russie ou la Chine. Son positionnement, au croisement de l’Europe et de l’Asie, entre la Méditerranée et la Mer Noire, en fait un potentiel pivot géopolitique régional, voire mondial.
L’Iran s’affirme également comme un acteur offensif dans la région, à travers le développement de son programme nucléaire en dépit des sanctions occidentales, et par son soutien à des organisations islamistes et à des régimes dans des pays à majorité ou à forte minorité chiite, réunies sous le nom de “croissant chiite”, parmi lesquels on retrouve le Liban, le Yémen, l’Azerbaïdjan, ou encore jusqu’à récemment la Syrie.
B) Cette présence est en parallèle en net recul depuis la présidence Obama (war fatigue) face au repositionnement stratégique en Asie orientale…
En parallèle de cette affirmation de leaders régionaux, les Etats-Unis ont désormais de nouvelles priorités. Lassés des guerres après l’hyper-interventionnisme de Bush, et moins dépendants du pétrole de la région après la diversification de leurs approvisionnements en hydrocarbures et l’approfondissement de la production domestique, Washington, sous l’administration Obama, décide d’opérer un tournant stratégique vers le Pacifique, alors que la Chine, devenue deuxième puissance économique mondiale, étend sa sphère d’influence et sa domination militaire de la mer de Chine méridionale, et plus globalement des mers en Asie (Océan Indien et Pacifique).
C)…ainsi que par la fragilisation des alliances historiques nouées entre les Etats-Unis et certains Etats de la région (gouvernement Netanyahou, assassinats par le régime saoudien)
Enfin, les Etats-Unis voient leur présence fragilisée par la fragilisation de leurs relations avec leurs partenaires privilégiés dans la région. En effet, le régime saoudien fait l’objet de nombreuses critiques pour sa gestion des droits humains tandis que Washington ne semble pas savoir quelle attitude adopter face à la stratégique militaire de l’état hébreu face au Hamas depuis 18 mois, entre soutien militaire indéfectible et volonté de contenir les vues impérialistes d’un “Grand Israël” imaginé par l’extrême droite israélienne.
En somme, les Etats-Unis ne semblent aujourd’hui plus en position de force pour imposer leurs conditions dans le jeu des puissances au Moyen-Orient, du fait sans doute de leur perte de légitimité après un interventionnisme vécu douloureusement sous la présidence Bush.
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Conclusion
Dans le contexte de retour au pouvoir de Donald Trump et de ce que cela implique en termes de tournants substantiels dans la politique étrangère des Etats-Unis, il parait judicieux de faire une ouverture sur un nouveau type d’engagement américain dans la région moyen-orientale, entre un soutien toujours affirmé à Israël, une possible occupation de Gaza (cf. les commentaires du président étatsunien), ou encore sur une politique plus agressive vis-à-vis de l’Iran.









