Qu’est-ce que la « France périphérique » ?

Christophe Guilluy est un auteur souvent méconnu (et c’est bien à tort) par les élèves de classe préparatoire ECS (ou les petits nouveaux en première année de prépa ECG) qui veulent cartonner en géopolitique. En effet, lorsqu’il s’agit de parler de la situation actuelle de la France (et dieu sait qu’il s’agit d’une partie du programme de géopolitique bien trop souvent à tort négligée par les préparationnaires du fait qu’elle tombe bien souvent que d’autres aux concours), peu d’auteurs peuvent être utilisés en tant que référence dans une copie aussi bien que Guilluy. Lisez donc avec attention cet article qui va vous montrer que le périph’ en France c’est bien plus qu’une voie rapide perpétuellement embouteillée autour de Paris.

 

Mettre fin aux conceptions « classiques » et trop basiques

On a souvent proposé deux grands modèles pour décrire la France :

  • Un modèle opposant Paris à sa province. On aurait d’un côté Paris, la ville monde qui concentrerait les richesses, les activités économiques, les lieux de pouvoir et les éléments de puissance et de l’autre côté la province, plus délaissée et qui serait de manière assez totale sous « domination » parisienne. Ce modèle a pendant longtemps été le plus répandu dans l’opinion publique dans laquelle il a d’ailleurs suscité de nombreux fantasmes. Pour autant, il est de moins en moins vrai de nos jours. Certes Paris reste incontestablement le principal pôle économique français, cela ne fait aucun doute. Pour autant, il convient surtout de remarquer qu’un large phénomène de déconcentration, amplifié depuis les années 1980 par la décentralisation s’opère et que de très beaux pôles économiques (Lyon, Toulouse, Marseille…) existent de nos jours.
  • Un modèle opposant les villes aux campagnes. Ici on est également dans une opposition aujourd’hui dépassée. En effet, il est clair que les villes ne peuvent pas s’en sortir sans les campagnes qui leur fournissent un certain nombre d’éléments indispensables (produits agricoles…). De plus comme le signale d’ailleurs Guilluy, il est à noter aujourd’hui que si le phénomène d’exode rural déploré depuis des décennies continue de sévir, le même phénomène est de plus en plus visible en sens inverse avec des citadins partant habiter en campagne.

 

Une nouvelle conception novatrice d’une France coupée en deux

Alors si ce n’est en opposant Paris et à sa province ou les villes et la campagne, par le biais de quelle dualité Christophe Guilluy étudie-t-il la France ? Tout simplement il oppose la France métropolitaine, fortement intégrée au processus de mondialisation donc amenée à concentrer les richesses et de l’autre la France périphérique qui reste donc en marge voir même subit le processus de la mondialisation. On peut trouver dans cette étude de fortes similitudes avec les modèles précédemment cités.

Pourtant il est radicalement différent puisque toujours selon Guilluy dans son ouvrage éponyme sorti en 2012, la France périphérique peut s’établir à plusieurs échelles. Les banlieues d’une ville telles que paris qui appartient à la France métropolitaine peuvent dans le cas de certains quartiers défavorisés appartenir à la France périphérique. De même alors que les campagnes étaient systématiquement dans les catégories les plus basses ou « défavorisées » dans les deux premières classifications, elles peuvent selon Guilluy être dans certain cas de vrais lieux de croissance totalement intégrés dans le processus de mondialisation et donc ne pas faire partie de la France Périphérique. Bref, Guilluy fait le choix pour son modèle de prendre en compte le puissant mouvement de mondialisation qui s’est emparé du monde depuis le début des années 1980 et d’analyser en quoi chaque territoire y est plus ou moins intégré.

 

Une explication qui relie la thèse de Guilluy aux mutations du paysage politique français actuellement

Guilluy va plus loin dans son analyse en mettant une partie de sociologie dans son étude. Il y analyse en effet les différentes populations formant d’un côté la France périphérique et de l’autre la France métropolitaine. Il dresse notamment un parallèle entre la différence entre ces deux régions et l’immigration aujourd’hui. En effet, il différencie une population installée en France de longue date formant la France métropolitaine et une autre composée à la fois de ce type de français mais aussi des populations immigrées. Si Guilluy dans son analyse est loin d’être raciste, ses thèses peuvent être détournées par les parties d’extrême droite pour présenter l’immigration comme un problème alors que l’auteur lui cherche plus à montrer un manque d’intégration.

Enfin, Guilluy explique dans son ouvrage la montée du Front National (à présent devenu le Rassemblement National) par la profonde fracture entre la France métropolitaine et la France périphérique qui attise la violence dans la seconde qui se sent abandonnée et non représentée par les partis politiques traditionnels. Dès lors, cela favorise la montée (annoncée par Guilluy et largement confirmée depuis) du Rassemblement national qui récupère ces déçus en son sein.

 

Lire plus: Les références incontournables sur la France

Julien Vacherot

Étudiant à HEC Paris en année de césure et rédacteur géopolitique, j'ai pour but de vous faire partager ma passion et de vous aider dans cette matière et partout où c'est possible

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