Avec la mondialisation, l’économie mondiale est de plus en plus dépendante du transport maritime. Les océans sont aujourd’hui le moyen le plus rentable pour l’échange des biens, avec environ 9 milliards de tonnes de marchandises transportées chaque année, selon l’OCDE. Cependant, cette maritimisation de l’économie a entraîné une augmentation des activités illicites, favorisée par un cadre juridique insuffisant et des difficultés de contrôle des flux maritimes. Parmi ces activités, on retrouve notamment la pêche illicite non déclarée et non réglementée (INN), les trafics illicites (stupéfiants, armes, êtres humains, déchets), ainsi que l’usage abusif des porte-conteneurs et des pavillons de complaisance. La lutte contre ces menaces repose sur des initiatives internationales, mais celles-ci se heurtent à de nombreux obstacles.
La pêche illicite et ses conséquences dans les océans
La pêche illicite non déclarée et non réglementée (INN) constitue un véritable fléau pour les stocks halieutiques et l’économie maritime. Ce phénomène concerne aussi bien les zones de haute mer que celles placées sous juridiction nationale. Ses conséquences sont multiples : environnementales, avec une baisse des populations de poissons, et économiques, car elle crée une concurrence déloyale pour les pêcheurs réguliers et entraîne un déséquilibre des prix de vente. Chaque année, la pêche INN représente environ 23 milliards de dollars, soit environ 15 % de la pêche mondiale.
Les techniques d’évitement des contrôles sont nombreuses. Les bateaux pratiquant la pêche INN mêlent souvent leurs captures à celles des bateaux de pêche légale par le biais des transbordements illégaux en mer. Ce mécanisme leur permet de masquer l’origine des poissons et de les introduire plus facilement sur le marché mondial.
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L’essor des trafics illicites dans les océans
Au-delà de la pêche INN, les océans sont aussi le terrain d’autres activités illicites, souvent interconnectées. Parmi elles : le trafic de stupéfiants, notamment de cocaïne, est en forte augmentation. Par ailleurs, le trafic d’armes, qui repose sur la dissimulation de cargaisons illégales dans des navires transportant des marchandises légales est aussi en plein essor. Le trafic humain, qui a connu un pic en 2015, avec l’afflux de migrants traversant la Méditerranée est toujours d’actualité notamment dans la région de la corne de l’Afrique. Enfin, un tout nouveau type de flux irrégulier fait son entrée au sein de l’espace maritime : c’est le trafic de déchets. Amplifié par la Convention de Bâle de 1992, qui vise à réglementer l’exportation de déchets dangereux, le trafic des déchets est un tout nouveau type de flux auquel les Etats doivent faire face. En effet le récent retrait de la Chine dans l’achat des déchets européens a entraîné une dispersion de ceux-ci dans tout le globe terrestre. La Turquie et le Ghana sont les deux pays qui en tirent néanmoins le plus profit.
Ces activités sont facilitées par la conteneurisation et la croissance exponentielle du transport maritime. Entre 1995 et 2015, la flotte mondiale de porte-conteneurs a été multipliée par huit. Or, seuls 2 % des conteneurs sont véritablement inspectés dans les ports, rendant la détection des trafics extrêmement difficile.
Les stratégies de lutte et leurs limites dans les océans
Face à cette recrudescence des activités criminelles maritimes, des stratégies de contrôle et de surveillance ont été mises en place. Toutefois, elles rencontrent de nombreux obstacles. Parmi les techniques de contournement des contrôles, on trouve : l’usage de pavillons de complaisance, qui permet aux navires de s’enregistrer dans des pays peu regardants sur les inspections. Mais aussi le flag hopping, qui consiste à changer régulièrement de pavillon pour éviter la réglementation, est très présente. Enfin, l’acheminement indirect des cargaisons, via plusieurs ports, pour brouiller la traçabilité des marchandises est aussi un fléau.
Pour tenter d’améliorer la situation, l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC) a mis en place en 2003 le Programme de Contrôle des Conteneurs (PCC). Ce dispositif vise à renforcer les contrôles en mer et a permis une diminution des trafics. Cependant, ces mesures ralentissent aussi le commerce maritime mondial, ce qui peut poser un problème économique et politique.
De plus, certaines forces navales, comme la Marine nationale, utilisent des technologies avancées (drones, systèmes satellites) pour lutter contre la pêche INN. Toutefois, les opérations isolées sont inefficaces : la lutte contre la criminalité maritime repose sur la coopération internationale et l’échange d’informations. Une illustration notable est l’opération “Sophia”, menée en Méditerranée pour lutter contre le trafic humain.
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Conclusion
La criminalité maritime est un enjeu majeur qui impacte à la fois l’environnement, l’économie et la sécurité internationale. La pêche INN, les trafics de drogue, d’armes, d’êtres humains et de déchets profitent des failles du système juridique et des difficultés de surveillance maritime. Les stratégies mises en place, bien que réduisant certains trafics, sont confrontées à des limites, notamment le besoin de coopération internationale et l’équilibre entre contrôle et fluidité du commerce maritime. L’enjeu principal réside donc dans l’application efficace de la réglementation, le renforcement de la surveillance et l’adoption d’une approche multilatérale, seule capable de répondre aux défis contemporains des mers et des océans.


