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Le pouvoir des images

Sommaire

L’heure des concours approche. C’est pourquoi nous t’enjoignons à profiter de cette période pour débuter ton travail sur les oeuvres qui pourraient t’aider pour l’épreuve de culture générale. Pour rappel, le thème de l’année 2024-2025 est « l’image ». 

S’interroger sur les images, c’est s’interroger sur leur pouvoir, le rapport que nous avons à elles. En effet, depuis toujours, les images exercent une influence considérable sur les sociétés humaines. L’historien de l’art David Freedberg, dans son ouvrage Le Pouvoir des images (1991), soutient que les réactions devant les images sont une constante anthropologique. Selon lui, face aux œuvres d’art, nous avons appris à discipliner nos réactions primitives à travers les musées et les galeries, renversant ainsi le rapport plus direct et archaïque du Moyen Âge aux images. Ce refoulement moderne n’est donc qu’une exception historique, et non la norme.

Ainsi, nous te proposons dans cet article de s’interroger sur le pouvoir que les images ont exercé sur l’Homme.

 

L’image et ses réactions : entre vénération et destruction

Tout d’abord, l’un des exemples les plus frappants de cette interaction entre image et spectateur est l’attaque menée en 1914 par Mary Richardson, une suffragette britannique, contre Vénus au miroir de Vélasquez. En tailladant cette œuvre, elle cherchait à dénoncer les violences faites aux femmes. Sa réaction montre comment l’image peut être perçue comme une entité réelle, suscitant des émotions suffisamment puissantes pour motiver des actes iconoclastes.

Paradoxalement, les iconoclastes (celui qui interdit ou détruit les images saintes, et par extension les œuvres d’art) eux-mêmes reconnaissent ainsi le pouvoir des images, en leur conférant une efficacité sociale et politique qui dépasse la simple figuration.

Thomas Golsenne, maître de conférences en histoire de l’art moderne et études visuelles à l’Université de Lille,  illustre également cette puissance en évoquant les réactions provoquées par la publication des caricatures du prophète Mahomet dans un journal danois en 2005. Les violentes protestations qui ont suivi démontrent que les images ne sont jamais neutres : elles ont un impact émotionnel et symbolique qui varie selon les contextes culturels et religieux. Cette prise de conscience est essentielle pour comprendre notre monde contemporain, où les images sont omniprésentes et constamment mises en débat.

 

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Agentivité des images et anthropologie de la figuration

L’anthropologue Alfred Gell pousse cette réflexion plus loin en estimant que nous ne devrions pas différencier l’émotion religieuse de l’émotion esthétique. Selon lui, les amateurs d’art vouent un véritable culte aux images, qu’ils rationalisent en l’appelant admiration esthétique. Nous attribuons aux œuvres un pouvoir qui dépasse leur matérialité, les transformant en agents capables d’agir sur nous. Cet effet s’explique par un mécanisme d’agentivité : nous ne percevons pas les images comme de simples objets passifs, mais comme des entités agissantes qui influencent nos pensées et nos émotions.

Philippe Descola, dans La Fabrique des images, propose une typologie des régimes de figuration qui structurent les sociétés. Il distingue notamment l’animisme (où objets et humains partagent une intériorité commune) et le naturalisme (où seuls les humains sont dotés d’une intériorité). Cette classification permet d’analyser comment les sociétés organisent leurs relations aux images et aux représentations, selon les méthodologies de l’anthropologie.

 

L’image comme mémoire et témoignage de l’Humanité

Au-delà de leur pouvoir d’agir sur nos émotions, les images jouent aussi un rôle fondamental dans la mémoire collective.

Hans Belting et Freedberg s’accordent pour dire que l’image est toujours liée à l’absence et à la mort. Depuis la tradition grecque, elle est perçue comme une “écriture de l’ombre”, un moyen de pallier la disparition des êtres chers tout en soulignant la finitude humaine. Cette idée se retrouve notamment dans la photographie, qui fige un instant du passé et nous confronte à la fuite du temps.

Aby Warburg va encore plus loin en affirmant que l’image “tient lieu de réalité”. Elle reflète une conception du monde profondément ancrée dans les sociétés, car elle est bien plus qu’une simple reproduction : elle est un geste, un acte de communication et d’interaction. Dans cette perspective, fabriquer des images devient une caractéristique proprement humaine. C’est le concept de Homo Pictor : l’homme conçu comme créateur d’images, ce qui définit son rapport au monde et aux autres.

 

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Conclusion

En conclusion, l’étude du pouvoir des images nous invite à reconsidérer notre rapport à la visualité.

Loin d’être de simples objets passifs, elles influencent nos émotions, nos croyances et nos comportements. L’anthropologie visuelle et l’histoire de l’art, en dialogue constant, nous permettent d’appréhender cette complexité en mettant en lumière les multiples manières dont les images façonnent notre perception du monde.

Ainsi, qu’il s’agisse d’une œuvre d’art admirée dans un musée, d’une photographie de famille ou d’une image polémique diffusée sur les réseaux sociaux, nous devons toujours nous interroger sur la manière dont l’image agit sur nous. Car, comme l’affirmait Freedberg, “les images ont un pouvoir que nous ne pouvons ignorer”. A ne pas non plus ignorer dans sa copie de concours.

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Corentin Viault