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Sherrie Levine : l’image à l’ère de la postmodernité

Sommaire

Les concours approchent bientôt. C’est pourquoi nous t’enjoignons à profiter de cette période pour débuter ton travail sur les oeuvres qui pourraient t’aider pour l’épreuve de culture générale. Pour rappel, le thème de l’année 2024-2025 est « l’image ». 

Une des questions à se poser quand on s’interroge sur les images est notamment celle de son auteur, de son originalité. Sherrie Levine est une artiste incontournable du mouvement postmoderne qui interroge justement la notion d’originalité et d’appropriation en art. À travers ses reprises d’œuvres iconiques, elle déconstruit l’idée même de l’auteur et de la singularité artistique. Son travail s’inscrit ainsi dans une réflexion critique sur la reproduction et la circulation des images à l’ère de la postmodernité que l’on te propose d’étudier dans cet article.

Le postmodernisme : une remise en question du modernisme

Tout d’abord, il s’agit pour nous de défier le postmodernisme. Ce courant de pensée apparu dans les années 1970 Le postmodernisme marque une rupture avec certaines idées fondamentales du modernisme, notamment l’autonomie du champ artistique et la progression linéaire de l’histoire de l’art. Selon Rosalind Krauss, la photographie a joué un rôle essentiel dans cette transition, en brouillant les frontières entre les médiums et en mettant en évidence la difficulté de distinguer l’original de la copie.

Pour t’aider à mieux comprendre : alors que le modernisme, sous l’influence de Clement Greenberg, valorisait l’exploration empirique de chaque médium vers une autonomie toujours plus grande (par exemple, la peinture devenant de plus en plus plane, nous sommes à l’époque de l’abstraction quand ces théories sont formulées, qui ne visent plus à reproduire l’espace comme avec la perspective), le postmodernisme, lui, rejette cette progression linéaire. Il propose une vision plus globale et conceptuelle de l’art, où les œuvres ne sont plus considérées comme des avancées successives, mais comme des propositions interconnectées qui peuvent puiser les unes dans les autres : on réemploie des formes, des oeuvres passées dans des oeuvres nouvelles.

Le postmodernisme interroge dès lors l’image, qui n’est dès lors plus originale mais peut être réemployée. Ainsi, Douglas Crimp et Rosalind Krauss ont été parmi les premiers à montrer comment la photographie, notamment en tant que médium, remettait en question l’authenticité de l’œuvre d’art, en mettant à mal l’idée d’un original unique. La photographie, en absorbant les autres médias et en favorisant leur reproduction, a mis en évidence l’artificialité de la distinction entre original et copie.

 

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Sherrie Levine : l’appropriation comme stratégie artistique

En particulier, Sherrie Levine s’est fait connaître dans les années 1980 en reproduisant des photographies célèbres, notamment celles de Walker Evans. Son œuvre “After Walker Evans” (1981) qui illustre cet article, consiste en une série de clichés directement copiés sur les originaux, sans modification apparente. Ce geste, qui pourrait être perçu comme un simple plagiat, est en réalité une remise en question du statut de l’image dans un monde saturé de reproductions.

Dans cette logique, l’artiste reprend également des peintures modernistes de figures telles que Kasimir Malevitch ou Marcel Duchamp, en les transposant avec de nouveaux médiums et supports. Ainsi, elle met en évidence la perte de l’aura de l’œuvre d’art dans une société où l’image est constamment dupliquée et recontextualisée.

Image, originalité et reproductibilité

L’œuvre de Levine est profondément influencée par les théories de Walter Benjamin, qui, dans son essai “L’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique” (1935), analyse comment la reproduction transforme la perception des œuvres d’art. En répliquant des images existantes, Levine questionne leur authenticité et leur valeur dans une économie de la copie généralisée.

Son travail s’inscrit également dans un dialogue avec les théories poststructuralistes de Roland Barthes et Michel Foucault, notamment à travers l’idée de la “mort de l’auteur”. En supprimant toute notion d’originalité, elle efface la distinction entre créateur et spectateur, ouvrant l’image à une multiplicité d’interprétations.

 

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L’image comme construction culturelle

Au-delà de la simple reproduction, Levine joue avec les codes visuels et les conventions culturelles qui entourent les images. Elle interroge la manière dont celles-ci sont perçues et interprétées en fonction de leur contexte d’exposition. En dupliquant des œuvres reconnues, elle oblige le spectateur à s’interroger sur ce qui fait la valeur d’une image : est-ce son contenu, son histoire, son auteur, ou encore le cadre institutionnel qui la légitime ?

Dans ses séries, elle applique un processus mécanique qui évoque la standardisation des images dans la culture visuelle contemporaine. La récurrence et la répétition dans ses œuvres rappellent les flux d’images auxquels nous sommes quotidiennement exposés, notamment à travers les médias et le numérique. En ce sens, Levine anticipe la problématique actuelle de l’infobésité et de la surconsommation des images.

Un autre exemple de son travail où elle se réapproprie les vues de la cathédrale de Rouen de Claude Monet : 

Sherrie Levine, Cathedral: 1-9, after Monet, 1995

Un regard critique sur l’histoire de l’art

En reprenant des œuvres majeures de l’histoire de l’art, Levine met en évidence les structures de pouvoir qui régissent la production et la diffusion des images. Son travail révèle comment certaines figures (souvent masculines et occidentales) dominent les récits artistiques, tandis que d’autres restent marginalisées.

Elle s’attaque ainsi à l’autorité de l’artiste et à l’institutionnalisation de l’histoire de l’art en recyclant des œuvres emblématiques. Cette démarche critique engage une réflexion sur la manière dont les images acquièrent leur signification et leur légitimité dans un contexte culturel et historique donné.

Le choix des œuvres appropriées par Levine n’est pas anodin. Elle sélectionne des images qui ont marqué l’histoire de l’art occidental et les reproduit dans un contexte contemporain, forçant ainsi une relecture critique. Par exemple, sa série “After Monet” ne se contente pas de reproduire les paysages impressionnistes ; elle les dépouille de leur originalité en les transformant en objets de consommation culturelle.

Conclusion

En conclusion, à travers son approche de l’appropriation, Sherrie Levine redéfinit les frontières entre original et copie, créateur et spectateur. Son travail incite à reconsidérer le statut des images dans une époque où celles-ci circulent librement et sont perpétuellement recontextualisées.

En remettant en question l’autorité de l’artiste, en explorant la reproductibilité des œuvres et en engageant une critique des structures de pouvoir qui encadrent la production des images, Levine nous invite à une réflexion plus large sur notre rapport à la culture visuelle. Son travail demeure particulièrement pertinent à l’ère du numérique, où les images sont omniprésentes et constamment reconfigurées dans de nouveaux contextes.

Ainsi, Sherrie Levine ne se contente pas de copier : elle révèle, interroge et transforme notre manière de voir et de penser les images, son travail pouvant rentrer en écho avec de nombreuses réflexions que tu as pu faire en cours de culture générale sur le thème de l’image.

En couverture de l’article : Sherrie Levine, After Walker Evans: #4, (1981).

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Corentin Viault