Les concours approchent bientôt. C’est pourquoi nous t’enjoignons à profiter de cette période pour débuter ton travail sur les oeuvres qui pourraient t’aider pour l’épreuve de culture générale. Pour rappel, le thème de l’année 2024-2025 est « l’image ».
S’interroger sur la notion d’image, c’est aussi se demander le rapport que l’on peut avoir elle et ce qu’elle peut susciter en nous d’imaginaire, quand bien même elle serait une photographie.
Le film Ulysse (1982) d’Agnès Varda est ainsi une œuvre cinématographique qui interroge et déconstruit la notion même de l’image et de la mémoire. À travers un montage de fragments visuels et narratifs, le film explore la manière dont nous nous souvenons, la manière dont les images du passé prennent sens et la manière dont elles nous façonnent. L’image, bien que fixe, est ici le moteur de la narration, l’objet qui fait surgir des souvenirs, des émotions et des réflexions.
À travers une photographie prise en 1954, Varda convoque des personnages du passé et les met en scène dans le présent pour interroger l’art, la subjectivité et la frontière entre le réel et l’imaginaire à travers l’image. Nous te proposons d’étudier cela dans cet article.
Tu peux visionner ce film en suivant ce lien YouTube : Ulysse, Agnès Varda
La photographie sujette du film Ulysse d’Agnès Varda :
La photographie originelle : un point de départ pour la réflexion
Tout commence avec une photographie prise par Agnès Varda en 1954. Sur cette image, une chèvre morte, un enfant nommé Ulysse et un homme nu, figurent sur une plage. Cette image, qui pourrait paraître banale ou anecdotique au premier abord, mais Agnès Varda va progressivement en extraire tout le sens et toutes les implications possibles.
La photographie a une dimension particulière pour Varda, car elle est à la fois une trace d’un instant passé et un point de départ pour une réflexion sur le temps, la mémoire et l’identité. Cette image fixe, prise à un moment précis de son passé, est l’occasion pour Varda d’explorer les liens entre le passé et le présent, de montrer comment une simple photographie peut être un lieu d’évocation et de questionnement. C’est un instant figé dans le temps, mais un instant qui, dans le film, se remet en mouvement, se déploie à travers les regards des différents témoins, les récits personnels, et surtout, à travers l’imaginaire de la réalisatrice.
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La mémoire et le jeu entre réel et imaginaire
L’un des thèmes majeurs d’Ulysse est celui de la mémoire et de la manière dont elle fonctionne. Le film pose la question de savoir comment nous nous souvenons et comment ces souvenirs, souvent fragmentés, subjectifs et incertains, façonnent notre compréhension du passé. À travers la photographie de 1954, Varda part à la recherche des traces de son propre passé, mais elle n’hésite pas à introduire des éléments d’imaginaire, qui floutent encore davantage les frontières entre le réel et l’imaginaire. L’image, dès lors, devient une construction, un espace où le réel et le fantasme se rencontrent.
Varda interroge non seulement sa propre mémoire, mais aussi celle des autres personnages qui apparaissent dans le film : l’homme nu de la photographie, Fouli Elia, et Ulysse Llorca, l’enfant de la photo devenu adulte. Tous deux, confrontés à la photo, ne se souviennent pas du moment exact de sa prise, mais chacun d’eux a une vision personnelle et parfois déformée de cet instant. Fouli Elia se souvient des « fantaisies » de Varda, des photos d’objets morts sur la plage, tandis qu’Ulysse Llorca évoque la maladie qui le paralysait lorsqu’il était enfant. Ces souvenirs, qui ne correspondent pas à la photographie elle-même, montrent combien la mémoire est subjective et élastique, capable de recréer des réalités alternatives en fonction des vécus et des émotions de chacun.
À travers cette mise en scène de la mémoire, Varda démontre que les images ne sont pas de simples représentations du réel, mais qu’elles sont chargées de significations multiples et souvent contradictoires. Ce qui est montré dans la photographie n’est pas une vérité absolue, mais une version parmi d’autres. Chaque souvenir est un filtrage de la réalité, une reconstruction du passé qui se transforme au fur et à mesure du temps.
Une mise en scène de l’image et du souvenir
Ulysse ne se contente pas d’une simple analyse de la mémoire, il explore également la manière dont l’image peut être mise en scène et manipulée. Dans le film, la photographie devient un objet de manipulation artistique, une matière brute que Varda réorganise pour en explorer les différentes facettes. À plusieurs reprises, elle intervient directement sur l’image : un enfant regarde la photo et l’examine, une chèvre la dévore, des enfants jugent la crédibilité de l’image, comme si elle était un objet vivant. À chaque fois, Varda nous montre que l’image n’est jamais un objet fixe, une vérité figée, mais un espace dynamique, ouvert à l’interprétation et à la réinterprétation.
Le film devient ainsi un espace où l’image photographique se déploie dans toute sa richesse et sa complexité. Les souvenirs sont pris, scrutés, recomposés. L’image de la chèvre morte, de l’enfant et de l’homme nu, qui était au départ un simple instant photographié, devient progressivement un moyen pour Varda de questionner non seulement le passé, mais aussi l’acte même de filmer et de photographier. La photo n’est plus seulement un témoignage du passé, elle devient un outil, un point de départ pour une réflexion sur le rôle de l’image dans notre construction du monde et de notre propre histoire.
L’influence de l’art et de l’Histoire
En plus de son exploration de la mémoire, Ulysse intègre des références culturelles et historiques, ce qui donne au film une dimension plus large. Agnès Varda convoque dans son film les influences artistiques et politiques du moment, qu’il s’agisse de l’histoire de l’Espagne républicaine, de la guerre civile ou des enjeux artistiques de l’époque. Ces références sont en grande partie invisibles à l’œil nu, mais elles nourrissent le film et en éclairent le sens. La mémoire de l’exil, l’histoire des réfugiés, les échos de la guerre civile espagnole résonnent dans les récits des personnages, en particulier dans celui d’Ulysse Llorca, dont la mère, Bienvenida, est une réfugiée espagnole.
Varda semble ici vouloir ancrer ses souvenirs personnels dans une histoire collective. Elle tisse ainsi des liens entre les individus, leur passé et le contexte historique dans lequel ils évoluent. L’image photographique ne se contente pas de raconter un moment personnel, elle devient un témoin d’une époque, un reflet de la société et des événements qui ont marqué cette époque. L’image devient ainsi un espace où l’Histoire et la mémoire individuelle se rencontrent et se mélangent, donnant au film une profondeur nouvelle, qui va bien au-delà du simple souvenir intime.
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Conclusion
En conclusion, à travers Ulysse, Agnès Varda ne cherche pas à livrer une vérité définitive, mais à explorer la manière dont l’image et la mémoire fonctionnent. Elle nous montre que les souvenirs ne sont jamais réels ou fixes, mais toujours en mouvement, toujours en construction. Le film interroge ainsi la place de l’image dans notre relation au temps, à l’histoire, à nous-mêmes. En déconstruisant l’image photographique, en jouant avec le montage et le récit, Varda nous invite à regarder de manière critique l’acte de filmer et de se souvenir, et à comprendre que l’image, qu’elle soit photographique ou cinématographique, est avant tout un espace de questionnement.
Dans ce voyage à travers la mémoire, l’Histoire et l’imaginaire, Ulysse apparaît comme un film qui met en lumière les complexités et les contradictions de notre rapport aux images et à la mémoire. En nous montrant que l’image est avant tout ce que nous en faisons, Varda nous rappelle que chaque souvenir, chaque image, est avant tout une construction, une interprétation. Et que, finalement, « une image, on y voit ce qu’on veut ». Une phrase dont il faudra se souvenir le jour du concours.


