Alors que le Royaume-Uni traverse une nouvelle crise politique à la suite de l’annonce de la démission du Premier ministre Keir Starmer, cet événement intervient presque jour pour jour dix ans après le référendum du Brexit, qui avait conduit à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Dix ans plus tard, le pays apparaît profondément transformé, aussi bien sur le plan politique qu’économique et social.
Peu après l’annonce du résultat du référendum en 2016, le Premier ministre de l’époque, David Cameron, avait lui-même annoncé sa démission. Il s’agissait de la première d’une longue série : au cours de cette décennie, six Premiers ministres ont quitté leurs fonctions. Cette instabilité politique constitue l’un des marqueurs les plus visibles de l’ère post-Brexit et témoigne des difficultés rencontrées par les gouvernements successifs pour gérer les conséquences de cette rupture historique avec l’Union européenne.
L’abandon du plus grand marché commun du monde a également eu d’importantes répercussions sur l’économie et le commerce britanniques. Contrairement aux promesses faites pendant la campagne du Brexit, la sortie de l’Union européenne n’a pas permis de réduire les flux migratoires ; elle les a même augmentés, tout en modifiant profondément leur composition. Selon les derniers sondages, de nombreux électeurs qui avaient voté en faveur du Brexit regrettent aujourd’hui leur choix.
Dans cet article de Mister Prépa, on t’explique quelles sont les conséquences du Brexit sur le Royaume-Uni dix ans après.
Une crise politique durable
En comptant Keir Starmer, six Premiers ministres ont donc annoncé leur démission depuis 2016. Mais la crise politique que traverse le Royaume-Uni ne se limite pas à l’instabilité gouvernementale. Elle touche également les deux grands partis traditionnels : les conservateurs et le Parti travailliste.
Avant le Brexit, la vie politique britannique reposait largement sur une opposition classique entre ces deux formations. Dix ans plus tard, cette dichotomie paraît de moins en moins pertinente face à la montée en puissance de nouveaux partis, notamment Reform UK dirigé par Nigel Farage. Keir Starmer avait promis de mettre fin au « chaos » de la politique britannique, mais la hausse du coût de la vie, plusieurs scandales et la débâcle électorale des dernières élections locales, où Reform UK a réalisé une percée spectaculaire, ont alimenté une contestation au sein même du Parti travailliste.
Si cette crise des partis politiques n’est pas uniquement due au Brexit, il est difficile de nier que celui-ci a favorisé l’essor des forces populistes. Le parti de Nigel Farage trouve ses origines dans l’UK Independence Party, créé après la crise financière de 2008 avec pour objectif principal de faire sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne. La progression de ce mouvement dans les sondages avait d’ailleurs poussé David Cameron à organiser le référendum, espérant le neutraliser par une victoire du maintien dans l’UE.
Le Brexit a ainsi profondément modifié les lignes de fracture de la politique britannique. Le débat ne se structure plus seulement autour des questions économiques ou sociales, mais aussi autour de l’identité nationale et de l’immigration.
L’immigration : un paradoxe du Brexit
Le contrôle de l’immigration constituait l’un des principaux arguments des partisans du Brexit. En quittant l’Union européenne, le gouvernement britannique a retrouvé la liberté de définir sa propre politique migratoire. Un système à points a été mis en place et les conditions d’entrée ont été harmonisées entre les citoyens européens et les ressortissants des pays tiers.
Pourtant, les résultats sont loin des promesses initiales. Depuis le référendum de 2016 et la victoire des conservateurs en 2019, le Royaume-Uni a connu la plus forte hausse de population depuis les années 1960. En 2022, la migration nette a atteint un niveau record de 764 000 personnes, selon l’Office national des statistiques britannique.
Les arrivées en provenance de l’Union européenne ont certes diminué, mais celles des pays hors UE ont fortement augmenté. Le Brexit n’a donc pas réduit l’immigration ; il en a simplement changé l’origine. Cette évolution a rendu la question migratoire encore plus sensible dans le débat public britannique et a contribué à la progression des partis qui réclament un durcissement supplémentaire des contrôles aux frontières.
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Un coût économique important
Le Brexit est devenu pleinement effectif le 1er janvier 2021, après une année de transition. Son entrée en vigueur a coïncidé avec la pandémie de Covid-19 puis, quelques mois plus tard, avec la guerre en Ukraine et la crise énergétique mondiale. Ces chocs ont longtemps rendu difficile l’évaluation précise de l’impact économique du Brexit.
Avec le recul, la comparaison avec les autres grandes économies européennes permet toutefois de dégager une tendance claire : le Royaume-Uni a connu une reprise plus faible que plusieurs pays comparables.
Les estimations les plus courantes évaluent le coût du Brexit entre 4 et 5 % du PIB britannique. L’investissement des entreprises a ralenti et les exportations vers l’Union européenne sont devenues plus complexes, en particulier pour les petites et moyennes entreprises. Les formalités administratives se sont multipliées : déclarations douanières, contrôles sanitaires et nouvelles procédures réglementaires.
Le Brexit a également contribué à des pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs comme l’agriculture, la restauration, le transport ou la santé. La fin de la libre circulation a réduit l’arrivée de travailleurs européens qui occupaient auparavant une part importante de ces emplois.
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Vers un rapprochement avec l’Europe ?
Malgré ces difficultés, le débat sur l’avenir des relations entre Londres et Bruxelles reste ouvert. Selon une enquête récente de l’European Council on Foreign Relations, une majorité de Britanniques considère aujourd’hui que le Brexit a été une erreur et se montre favorable à une relation plus étroite avec l’Union européenne.
Depuis plusieurs mois, les discussions entre le Royaume-Uni et l’UE vont dans le sens d’un rapprochement pragmatique, notamment sur les questions commerciales et de sécurité. Cette dynamique pourrait s’accélérer avec l’émergence de personnalités travaillistes plus europhiles, comme Andy Burnham, souvent présenté comme un successeur potentiel de Keir Starmer.
Le paradoxe britannique est donc frappant : Reform UK domine aujourd’hui plusieurs sondages grâce à un discours très critique envers l’immigration et l’Union européenne, tandis qu’une majorité de citoyens souhaiterait, à terme, renouer des liens beaucoup plus étroits avec l’Europe, voire réintégrer l’Union européenne.





