Jeudi 3 juillet 2025, le Congrès américain a adopté une loi majeure sur les dépenses fiscales, marquant une étape importante dans la mise en œuvre de l’agenda politique du président Donald Trump. Après une session houleuse sur Capitol Hill, la Chambre des représentants a voté de justesse en faveur du texte, avec 218 voix contre 214. Ce vote serré a été suivi d’une adoption également étroite au Sénat, confirmant la polarisation politique autour de cette législation controversée.
Ce succès législatif n’est pas survenu sans obstacle. Le vote final a été retardé par une prise de parole historique du chef de la minorité démocrate à la Chambre, Hakeem Jeffries. Celui-ci a utilisé un droit parlementaire lui permettant de parler aussi longtemps qu’il le souhaite. Son discours, d’une durée de huit heures et quarante-cinq minutes, est devenu le plus long de l’histoire de la chambre, soulignant la détermination de l’opposition à entraver le projet.
Retour des baisses d’impôts et extension de la loi de 2017
Ce texte, surnommé par Donald Trump lui-même le “Big Beautiful Bill”, prolonge et amplifie les baisses d’impôts votées lors de son premier mandat à travers la “Tax Cuts and Jobs Act” de 2017. À l’époque, cette réforme avait diminué la fiscalité pesant sur les entreprises et les particuliers. Donald Trump la défendait comme un levier de croissance économique. Néanmoins, de nombreux experts soulignaient que cette réforme profitait essentiellement aux ménages les plus aisés.
Prévue initialement pour expirer en décembre prochain, cette législation fiscale est désormais rendue permanente par la nouvelle loi. Cette extension constitue une pierre angulaire du projet républicain, visant à renforcer la compétitivité économique américaine selon ses partisans.
Des coupes drastiques dans les programmes sociaux
Pour financer ces baisses d’impôts, les républicains ont prévu d’importantes coupes dans les dépenses sociales, en particulier dans le programme Medicaid. Ce système d’assurance santé, sur lequel reposent des millions d’Américains modestes, est profondément affecté. Les nouvelles restrictions ciblent les adultes sans enfants ou sans handicap, leur imposant davantage de formalités administratives pour conserver leur couverture.
La mesure la plus stricte concerne l’obligation de travailler ou de faire du bénévolat au moins 80 heures par mois pour les adultes valides et les parents d’enfants âgés de plus de 14 ans. Cette exigence représente 317 milliards de dollars d’économies, mais elle inquiète les experts qui redoutent que des millions d’Américains perdent leur couverture santé, faute de pouvoir répondre aux critères ou de naviguer dans la complexité des démarches.
En parallèle, les taxes sur les fournisseurs de soins médicaux, que les États utilisent pour financer leur part du Medicaid, seront réduites de 6 % à 3,5 % d’ici 2032, ce qui pourrait aggraver les inégalités d’accès aux soins.
Sécurité sociale et aide alimentaire dans le viseur
Autre pilier controversé du texte : la suppression des impôts sur les revenus de la sécurité sociale. Ces paiements mensuels, versés aux retraités et aux personnes handicapées, représentent une source de revenu essentielle pour de nombreux foyers. Cette suppression fiscale a été l’un des engagements phares de Trump pendant sa campagne.
La loi prévoit également une réduction du programme fédéral d’aide alimentaire, ce qui affectera directement les plus vulnérables, dans un contexte d’inflation persistante et de précarité croissante.
Explosion des dépenses militaires et migratoires
En contraste avec les coupes sociales, les budgets alloués à la défense et à la sécurité des frontières explosent. Plus de 150 milliards de dollars seront investis dans l’armée, notamment pour la construction de nouvelles armes et du projet de “Dôme doré”, un système de protection contre les missiles.
Par ailleurs, plus de 100 milliards de dollars seront alloués à l’agence ICE, chargée du contrôle de l’immigration. Forte de ces ressources, l’agence a désormais la capacité de reproduire à grande échelle les opérations de type “raids”, comme ceux récemment menés à Los Angeles. L’objectif affiché est d’atteindre un rythme d’un million d’expulsions par an, une ambition inédite dans l’histoire migratoire des États-Unis.
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Coup d’arrêt partiel à la transition écologique
Sur le plan environnemental, le texte remet en cause une grande partie des mesures instaurées sous l’administration Biden. Les crédits d’impôt fédéraux en faveur des énergies propres seront progressivement supprimés. Toutefois, la version sénatoriale du texte prévoit une suppression plus lente, permettant aux entreprises de l’éolien et du solaire de continuer à en bénéficier temporairement.
Néanmoins, les deux chambres s’accordent pour exclure de ces crédits les entreprises dont les chaînes d’approvisionnement seraient liées à des “entités étrangères préoccupantes”, comme la Chine. Cette disposition témoigne de la volonté de limiter l’influence économique étrangère, mais risque de freiner la transition énergétique.
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Une opposition farouche et des critiques multiples
La loi a suscité de vives réactions, y compris parmi les grandes figures économiques. Elon Musk, milliardaire influent et ancien conseiller au département de l’énergie (DOGE), a qualifié le texte d’“abomination dégoûtante”. Il a condamné publiquement, sans les nommer, les élus républicains ayant soutenu la mesure : « Honte à ceux qui ont voté pour : vous savez que vous avez mal agi. »
Le Parti démocrate, quant à lui, dénonce une loi qui favorise outrageusement les plus riches, tout en pesant lourdement sur les classes moyennes et populaires. Selon le Bureau du budget du Congrès, cette réforme pourrait entraîner un transfert massif de richesse des 10 % les plus pauvres vers les 10 % les plus riches du pays.
En perspective des élections de mi-mandat de 2026, les démocrates espèrent capitaliser sur le mécontentement suscité par cette réforme pour reconquérir la majorité à la Chambre des représentants.



