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La dette publique : investissement pour la société ou menace pour sa cohésion ?

Sommaire
DETTE INVESTISSEMENT SOCIETE MENACE COHESION

Introduction

Dans l’actualité économique, la dette publique est un sujet central souvent envisagé sous un angle économique avec la question de soutenabilité budgétaire. Pourtant elle est en lien avec la cohésion sociale. En tant qu’outil de financement à impact intergénérationnel, elle peut aussi bien être facteur de stabilité sociale que de tensions si elle alimente les inégalités ou la défiance du peuple.

 

De quoi parle-t-on ?

La dette publique désigne l’ensemble des engagements financiers contractés par les administrations publiques. Elle est une accumulation de déficits passés qui ont un impact sur le futur.

En France, la dette publique s’est envolée récemment, 114% du PIB au premier trimestre de 2025 (INSEE) alors même que le traité de Maastricht (1992) impose 60% de dette pour les pays membres de l’Union Européenne.

D’après l’historienne Laure Quennouëlle-Corre (Déni de la dette, une histoire française), en France il y a un total désintérêt des finances publiques et une forte attache à l’intervention étatique qui explique cette évolution. Mais les crises qui peuvent en résulter et l’insoutenabilité croissante des remboursements de cette dette française interpellent.

La cohésion sociale renvoie à la capacité d’une société à maintenir un lien de solidarité et de confiance entre ses membres. Une cohésion forte suppose de limiter les fractures économiques et sociales qui alimentent justement des tensions.

Toute la question est donc de savoir si l’endettement public contribue au renforcement ou à l’affaiblissement de la cohésion sociale.

 

Lire plus : Dette et déficit public en France : une économie sous pression

 

La dette comme facteur de cohésion sociale 

Historiquement, la dette a souvent été mobilisée pour éviter l’explosion sociale en période de crise. À l’après-guerre, la France mais aussi d’autres pays tel que le Royaume-Uni ont mis en place de vastes systèmes sociaux (Sécurité Sociale 1945) et la dette a justement servi de tremplin à la construction d’un modèle social durable qui a réduit les inégalités. De même plus récemment face à la crise du Covid-19, où les Etats se sont endettés massivement afin de soutenir les entreprises permettant de limiter l’explosion du chômage et l’émergence de mouvements sociaux.

Dans sa Théorie Générale (1936), John Maynard Keynes plaide pour un rôle actif de l’État dans la régulation économique et, par conséquent, sociale. Selon lui, en période de récession, l’État doit accepter de s’endetter afin de relancer une bonne dynamique économique globale à travers la demande. La dette publique permet donc d’être un stabilisateur de la société.

NB : Keynes considère qu’un bon niveau d’endettement est inférieur à 30% sinon quoi, ce dernier devient insoutenable.

D’ailleurs, De Gaulle considérait à juste titre que « Nous ne pouvons avoir une politique indépendante, si nous n’avons pas une économie indépendante et des finances saines. C’est la condition sine qua non de l’indépendance nationale ». Le cumul de déficits publics peut donc être une source de division et un frein politique qui débouche sur des désordres sociaux.

 

La dette comme menace pour cette cohésion

D’abord, si elle devient un fardeau financier. En effet, plus la dette augmente, plus le service de la dette (paiement des intérêts) pèse sur le budget de l’état. Cela réduit considérablement sa capacité à financer des politiques sociales. Par exemple, le financement de mesures pour l’hôpital public ou pour la transition écologique a été retardé ou réduit. Un autre exemple pourrait être la Grèce qui a imposé une coupe drastique dans les salaires publics, les retraites et les services de santé pour réduire ses déficits insoutenables.

Aussi James Buchanan souligne que la dette est un transfert injuste vers les générations futures, qui devront payer sans avoir bénéficié des dépenses. Cela menace la solidarité entre générations.

Aujourd’hui le service de la dette est aussi élevé que le budget accordé par l’état au ministère de l’éducation nationale (60 milliards), ce qui en fait la première dépense publique. En d’autres termes, chaque euro ainsi dépensé pour hier est un euro en moins pour préparer demain.

 

Un projet de réforme fiscale comme solution ?

Une solution fiscale pourrait être au cœur du renouveau et entre dette publique et cohésion sociale d’après Thomas Piketty (Le Capital au XXIe siècle). Il insiste sur l’idée que l’endettement croissant provient de la structure de financement. Les systèmes fiscaux occidentaux se sont affaiblis depuis les années 80 avec notamment la baisse des impôts sur les hauts revenus et la multiplication de paradis fiscaux. Piketty souhaite une fiscalité progressive (taxer le patrimoine par exemple). Cette redistribution permettrait non seulement de réduire l’endettement mais aussi de renforcer la cohésion sociale. C’est un moyen d’investir pour la société sans reporter le coût aux générations futures.

 

Lire plus : La vision économique de Piketty 

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