Depuis le lancement du projet européen dans les années 1950, jusqu’aux années 1990-2000 avec le lancement de la monnaie unique, l’aventure européenne porte un projet d’intégration économique et financière. L’Union des marchés de capitaux (UMC), projet lancé fin 2014 dans le but de créer un marché unique des capitaux dans l’Union européenne, poursuit dans cette logique mais semble rencontrer des difficultés.
Dans une copie d’ESH ou à l’oral, l’exemple de l’UMC peut servir à illustrer les bénéfices attendus de la globalisation financière, mais également de discuter du projet européen, de ses objectifs et de ses difficultés. Il peut aussi être utile pour analyser le « décrochage » européen, voire le déclin de sa souveraineté (thème à la limite du programme mais très présent dans l’actualité économique).
Alors, l’UMC incarne-t-elle une avancée majeure vers l’intégration européenne, ou révèle-t-elle au contraire les difficultés persistantes de l’UE à surmonter ses divisions ?
L'UMC : le projet initial
L’UMC est un projet lancé fin 2014 dans le but de créer un marché unique des capitaux dans l’Union européenne d’ici 2019 avec un triple objectif : améliorer le financement des agents dans l’UE, lutter contre les éventuelles crises et augmenter son attractivité, le tout en renforçant l’intégration et la solidarité entre les Vingt-Sept. Dans le détail :
Faciliter le financement dans la zone euro
L’UMC devait d’abord permettre aux entreprises (en particulier les PME et les start-ups) et aux États qui rencontraient encore des difficultés de financement de se financer plus facilement. Ces derniers avaient encore principalement recours au crédit bancaire. En réduisant les coûts liés à l’harmonisation bancaire et réglementaire, elle devait permettre de mobiliser l’épargne vers l’investissement productif et d’améliorer l’innovation, notamment à long terme.
Prévenir les crises et renforcer la résilience du système financier européen
Face à une éventuelle crise qui surviendrait et toucherait particulièrement une source de financement (comme en 2008 avec le financement bancaire), avoir un marché des capitaux unique permettrait de garantir la pérennité du financement pour les agents. Par ailleurs, elle doit limiter l’instabilité financière en harmonisant les règles prudentielles, en tant que complément de l’Union Bancaire.
Lire plus : L’intégration économique en Europe
Renforcer l'attractivité et la compétitivité de l'Europe
L’UMC harmonise les règles et réduit les obstacles transfrontaliers, créant un marché unifié, transparent et liquide. Cela attire les investisseurs institutionnels et internationaux en leur offrant plus de sécurité juridique, d’efficacité et d’opportunités d’investissement à grande échelle, renforçant ainsi la compétitivité financière européenne.
Un processus lent, révélateur des tensions au sein de l'UE
Les réticences de certains États membres à l’harmonisation juridique et fiscale (comme la France et l’Allemagne qui ont opposé leurs vétos à certaines propositions de directives), ajoutées au retrait du Royaume-Uni de l’UE après le Brexit en 2020 ont freiné le projet. Entre autres, la peur de la perte de souveraineté des États-membres a été un frein à ces avancées.
Plusieurs années après le lancement du projet, force est de constater une fragmentation persistante des marchés de capitaux. L’UE accuse un retard face aux États-Unis ou à la Chine en matière de financement innovant et peine à bâtir une véritable autonomie stratégique (par exemple dans la finance verte et le financement du numérique, ou aujourd’hui de l’IA).
Lire plus : Union Européenne : entre union et désunion (plan détaillé)
Une relance indispensable mais inachevée : état des lieux et perspectives de l'UMC
En 2019, la Nouvelle Commission von der Leyen relance le projet à travers un plan d’action actualisé (15 priorités), en lien avec les priorités européennes : financement de la transition verte et numérique, mise en œuvre du Green Deal. Néanmoins, le projet semble à nouveau piétiner, freiné par les mêmes obstacles que par le passé.
Mario Draghi, dans son rapport de septembre 2024 (référence incontournable pour les concours !), estime que relancer l’UMC est indispensable pour lutter contre le décrochage de l’UE.
Dans un rapport de juillet 2024 (« Renforcer les marchés de capitaux de l’UE »), le Conseil d’Analyse Économique envisage trois pistes pour relancer l’UMC : développer l’accès aux informations financières (notamment pour les ménages et les PME), harmoniser les règles de placement entre les pays et augmenter la participation des ménages.
Bilan
En résumé, l’UMC reflète à la fois l’ambition européenne d’une intégration économique renforcée et les obstacles structurels à sa réalisation.
Un échec du projet pourrait être le signe d’un affaiblissement du projet européen voire un symbole de son décrochage. À l’inverse, renforcer les marchés de capitaux dans l’UE pourrait renforcer son efficacité, son attractivité et montrer que le projet européen est toujours d’actualité.
C’est en tout cas l’avis de Michel Aglietta (auteur très apprécié aux concours), qui estime dans Zone euro, éclatement ou fédération (2012) qu’il faudrait davantage de fédéralisme, auquel l’UMC pourrait contribuer, pour garantir la pérennité de la zone euro.


