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Royaume uni : manifestations anti-migrations, un tournant décisif ?

Sommaire

Dans cet article de Mister Prépa, on analyse la manifestation “Unite The Kingdom” qui s’est tenue au Royaume-Uni le 13 septembre 2025. 

 

Introduction :  

Le Royaume-Uni se revendique depuis près d’un siècle comme une société multiculturelle, attachée à la diversité et la tolérance, comme le résumait la reine Elizabeth en 1947 : « Everyone is our neighbor, no matter what race, creed or colour ». L’année suivante, en 1948, l’adoption du British Nationality Act ouvre la citoyenneté aux ressortissants du Commonwealth (Pakistanais, Bangladais, Indiens) sans visa préalable. 

Pourtant, depuis juillet 2025, le Royaume-Uni est le théâtre d’un mouvement inédit anti-migrants qui semble marquer le début d’une nouvelle ère, celle d’un revirement anti-immigration, cette dernière étant désignée par les partis nationalistes comme bouc-émissaire. Comment faut-il alors analyser cette flambée réactionnaire, et que révèle-t-elle de la polarisation politique et sociale britannique ? 

Royaume-Uni : des violences anti-migrants annonciatrices du mouvement “Unite the Kingdom”  

Été 2024 : Une attaque au couteau à Southport prend la vie de 3 jeunes filles. L’agresseur, un jeune homme britannique d’origine rwandaise, fut immédiatement la cible des influenceurs d’extrême droite sur les réseaux sociaux. Tommy Robinson, fondateur de l’English Defence League, diffuse une fausse information sur sa prétendue entrée illégale au Royaume-Uni par bateau. Largement relayée, elle provoque l’embrasement de plusieurs villes (Southport, Liverpool, Manchester entre autres) . 

Août 2025 : La mise en examen d’un demandeur d’asile éthiopien accusé d’agression sexuelle sur une adolescente, provoque un mouvement de protestations contre une trentaine d’hôtels accueillant des demandeurs d’asile à travers le Royaume-Uni . La ville d’Epping, à l’est de l’Angleterre, voit des milliers de manifestants entourer The Bell Hotel où séjournait l’agresseur.  

Manifestation du 13 septembre 2025 à Londres : “Unite the Kingdom”, un tournant politique et identitaire

Le mouvement « Unite the Kingdom », lancé par Tommy Robinson, l’ancien fondateur du groupuscule d’extrême droite The English Defence League, réunit entre 110 000 et 150 000 manifestants dans les rues de Londres selon Downing Street. D’une ampleur jamais vue auparavant, elle révèle la montée des revendications identitaires au Royaume-Uni et surtout la force politique de ses leaders : Nigel Farage, le leader eurosceptique du Reform Uk Party et le parti nationaliste blanc Homeland Party, avec la participation d’Elon Musk par visio-conférence. Des slogans jugés racistes « send them home » et des heurts avec la police sont observés en nombre. 

Parallèlement, l’opération Raise The Colors relayée sur les réseaux sociaux et encourageant l’installation sauvage de drapeaux anglais dans l’espace public est massivement suivie.  

Une polarisation politique et sociale inédite au Royaume-Uni : la montée du Reform UK et du populisme

Les mobilisations du 13 septembre doivent être analysées dans un cadre qui dépasse celui de  l’immigration : celui d’une montée de la défiance à l’égard des institutions. La scène politique britannique,  autrefois marquée par l’alternance travaillistes-conservateurs, est désormais sujette à la montée en force du  parti populiste Reform Uk qui capitalise sur la fracture sociale alimentée par l’effet combiné du Brexit, de la crise économique, et des débats identitaires. Ce mouvement témoigne d’un désaveu profond du gouvernement travailliste de Keir Starmer qui bénéficie de 22 % des intentions de votes dans les sondages, mais aussi de l’opposition conservatrice qui stagne en dessous des 20 %. 

Nigel Farage et son parti Reform Uk, avec 30 % des voix, pourrait potentiellement sortir vainqueur des prochaines élections générales de 2029

De fait, ce dernier a déjà remporté une victoire historique : il remporte 30 % des voix aux élections locales de mai 2025

 

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Le Royaume-Uni se dirige-t-il alors vers un trumpisme à la britannique? 

Dès 2022, le journaliste américain Jon Allsop alertait sur les risques de contagion du trumpisme au Royaume-Uni. Il pointait l’apparition dans la rhétorique des conservateurs d’attaques contre la « cancel  culture », d’un usage plus autoritaire de l’État contre l’immigration, la critique de la presse.

En 2025, cette tendance se précise à la lumière de deux faits :  

 

1) L’émergence d’une ère de « post-vérité » , où l’appel aux émotions écrase les faits.  

Dernier exemple en date : « Ils mangent nos cygnes », a déclaré Nigel Farage le 24 septembre , pointant du doigt les migrants d’Europe de l’Est. Une parole qui fait écho aux propos chocs de Donald Trump sur les migrants Hawaïens mangeurs de chats. Des déclarations immédiatement contredites par l’association des Parcs royaux britanniques, mais qui contribuent à brouiller la frontière entre les faits et les fausses informations, alors qu’une enquête de l’Edelman Trust Barometer 2024 révèle que seulement 31 % des sondés au Royaume-Uni déclarent faire confiance aux médias, en chute de 6 points par rapport à 2023. 

 

2) Le durcissement de la politique migratoire de Keir Starmer 

Le locataire de Downing Street a instauré le Border Security Command, une agence qui coordonne les efforts de l’Immigration Enforcement, le MI5, ou encore la National Crime Agency dans la lutte contre les réseaux de passeurs illégaux opérant autour de la Manche. 

Aussi a-t-il allongé la période requise pour obtenir le statut de résident permanent de cinq à dix ans, la mise en place de cartes d’identité numériques pour les étrangers, ou encore priorité d’accès à la résidence pour les migrants qui contribuent par le paiement d’impôts, l’engagement dans le service public ou l’occupation d’emplois hautement qualifiés. Des mesures jugées radicales au sein même du parti travailliste. Officieusement, il s’agit de faire barrage au Reform Uk de Nigel Farage et de séduire son électorat. Officiellement, le Labour Party affirme vouloir rétablir la justice sociale en redonnant des opportunités d’emplois aux britanniques, plutôt que de recourir massivement à une main d’oeuvre issue de l’immigration. 

Conclusion :  

Le Royaume-Uni semble donc plongé dans une profonde instabilité, accentuée par les séquelles du Brexit. La montée du populisme et le déclin de la confiance dans les institutions sont les maux d’une crise politique et sociale qui s’éternise. L’immigration, désignée comme bouc émissaire, est au centre de toutes les attentions, alors même que le Royaume-Uni souffre d’une natalité en chute libre (1,41 enfant par femme en 2024), et d’une population vieillissante.  

Le parti travailliste de Starmer devra concilier la nécessité d’une immigration de travail pour soutenir la croissance économique avec la montée des réticences anti-immigration, alors que les migrants représentent désormais autour de 20 % de la main-d’oeuvre britannique, surreprésentés dans les secteurs clés de la santé et de l’industrie. La manière dont le gouvernement gérera cet équilibre fragile déterminera non seulement l’issue du scrutin de 2029 mais aussi la cohésion sociale et l’avenir démocratique du pays.

 

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Laurent Mary
Ex-préparationnaire, j'ai à coeur d'aider les étudiants dans leur quête des concours.