Dans son objectif de « rendre à l’Amérique toute sa grandeur », Donald Trump souhaite doper l’économie américaine. Pour ce faire, il a depuis peu exercé une pression accrue sur la Fed (la banque centrale américaine) pour abaisser les taux d’intérêt, ce qui permet à court terme de stimuler l’activité économique. Mais selon Jerome Powell, il est encore trop tôt pour relever les taux. En effet, selon le gouverneur de la banque centrale américaine, les décisions de la Fed doivent être fondées sur des fondamentaux économiques et non des motivations politiques.
Dès lors, faut-il préserver à tout prix l’indépendance des banques centrales ou bien les rapprocher du pouvoir politique pour répondre plus efficacement aux défis économiques et sociaux, voire même environnementaux ?
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I/ L’indépendance des banques centrales ne semble pas être essentielle
A/ La crise du COVID a remis en cause l’indépendance des banques centrales
- La crise a entraîné une « monétisation cachée » (achat d’obligations sur le marché secondaire) pour contourner l’article 123 du traité de Rome, sans catastrophe apparente. L’article 123 interdit aux banques commerciales et à la banque centrale de prêter directement aux États. En achetant des obligations sur le marché secondaire, les banques centrales font baisser les taux d’intérêt des obligations, facilitant ainsi le financement des États et réduisant artificiellement le coût de la dette des États.
- Les banques centrales ont dû garantir les capacités d’emprunt des États pour éviter une aggravation de la crise, montrant leur rôle crucial en cas d’urgence. Cela brouille la frontière entre politique monétaire et politique budgétaire, donnant l’impression que la banque centrale devient un instrument au service des gouvernements.
B/ Un travail conjoint banque centrale/pouvoir politique est nécessaire pour assurer une légitimité démocratique
- Les banques centrales ne sont pas des institutions démocratiquement élues, mais leurs décisions ont un impact majeur sur l’économie et la société. Pour éviter une gouvernance technocratique déconnectée des besoins des citoyens, une coordination avec le pouvoir politique peut être nécessaire. En effet, les banques centrales prennent des décisions cruciales (fixation des taux d’intérêt, émission monétaire, achats d’actifs) qui influencent la croissance, l’inflation et l’emploi. Si elles coopèrent avec les gouvernements leur action reste légitime et en phase avec l’intérêt général.
- Eric Monnet considère qu’il est grand temps de revenir sur l’indépendance accordée aux Banques centrales et de les remettre dans le circuit du débat démocratique afin que les citoyens et leurs élus puissent participer pleinement aux choix primordiaux qui impliquent cette institution monétaire. Il faut donc, selon Eric Monnet, démocratiser la gouvernance de La Banque-providence (2021) car elle assume des fonctions aussi diverses qu’essentielles : stabilité des prix, stabilité financière, gestion de la dette publique, financement de la transition écologique, régulation des nouvelles monnaies digitales.
- Jézabel Couppey-Soubeyran défend l’utilisation légitime de la « monnaie hélicoptère » dans des crises comme celle du COVID pour la redistribuer directement aux citoyens. En temps normal, la banque centrale injecte de l’argent qui très généralement reste dans le circuit monétaire et non réel, il ne profite donc pas aux citoyens. En temps de crise, une distribution directe d’argent pourrait stimuler la demande et éviter un effondrement économique.
- Exemples : Donald Trump a poussé Jerome Powell à distribuer directement des chèques aux Américains pendant la crise Covid. Le président, élu démocratiquement, a fixé une priorité politique (soutenir la consommation) et la FED, bien que théoriquement indépendante, a adapté sa politique monétaire pour rendre cette mesure possible, illustrant une coopération possible (le président choisissant le directeur de la Fed).
C/ Les enjeux climatiques et sociaux remettent en cause l’indépendance
- L’indépendance des banques centrales a historiquement reposé sur un mandat limité : contrôler l’inflation et assurer la stabilité financière. Traditionnellement, les BC sont neutres et n’ont pas pour mission de financer des politiques publiques. Cependant, les défis climatiques et sociaux imposent aujourd’hui de nouveaux objectifs économiques qui nécessitent des financements massifs. L’État a besoin de sources de financement majeures pour les politiques climatiques et de réduction du chômage. Cela remet en question l’idée que la banque centrale doit être totalement indépendante du pouvoir politique.
- Favoriser les investissements verts (racheter des obligations vertes plutôt que des obligations brunes), influencer les taux d’intérêts pour favoriser des secteurs stratégiques (taux plus bas pour les prêts verts), TLTRO, fonds verts, investissements publics massifs (la banque centrale facilite le financement des États pour la transition énergétique).
II/ L’efficacité des politiques monétaires dépend néanmoins de l’indépendance des banques centrales
A/ L’indépendance est nécessaire à la stabilité des prix
- L’objectif des banques centrales (inflation à 2 %) garantit la stabilité économique. Sans indépendance, des cas comme le Venezuela (hyperinflation) montrent les risques.
- L’exemple historique de l’Allemagne après la Première Guerre mondiale illustre les dangers d’une banque centrale non indépendante. À cette époque, le gouvernement allemand devait financer d’importantes réparations imposées par le traité de Versailles. Plutôt que d’augmenter les impôts — politiquement difficile — ou d’emprunter sur les marchés, il choisit de financer son déficit en créant massivement de la monnaie. La Reichsbank, alors sous le contrôle direct du gouvernement, ne disposait d’aucune autonomie pour s’opposer à cette politique. Cette création monétaire incontrôlée provoqua une explosion de l’offre de monnaie et une hyperinflation extrême au début des années 1920, détruisant la valeur du mark et la confiance dans la monnaie allemande.
- Selon la théorie du cycle politico-électoral développée par William Nordhaus, les gouvernements ont tendance à adopter des politiques expansionnistes avant les élections — par exemple en augmentant les dépenses publiques ou en distribuant des aides — afin de séduire les électeurs. Ces politiques populistes stimulent artificiellement l’économie à court terme, mais provoquent à moyen terme une hausse de l’inflation et des déséquilibres budgétaires.
- Kenneth Rogoff prolonge cette idée en soulignant que les agents économiques sont rationnels : ils anticipent ces manipulations électoralistes et perdent confiance dans la politique monétaire. Pour éviter ce biais inflationniste, il propose donc de confier la politique monétaire à un banquier central « conservateur », c’est-à-dire indépendant du pouvoir politique et prioritairement attaché à la stabilité des prix.
B/ L’indépendance permet la crédibilité
- Dans les années 1970, la stagflation rend les PM d’inspiration keynésienne inefficaces, et celles-ci perdent en crédibilité. Pour retrouver une PM crédible, les BC de certains pays deviennent indépendantes dès 1970 (1993 en France), afin de mettre en place un plan à long-terme cohérent de stabilité des prix
- La crédibilité des États pour emprunter repose sur l’indépendance des banques centrales. Elle rassure les investisseurs et favorise l’installation d’entreprises. Si les BC sont perçues comme dépendante de l’État, les investisseurs pourraient perdre confiance dans leur capacités à contrôler l’inflation.
- La perte d’indépendance affaiblirait la confiance des marchés, ce qui pourrait mener à une hausse des coûts d’emprunt. SI les BC sont perçus comme dépendante de l’État, leur capacité à relever les TI pour lutter contre l’inflation pourrait être limité car cela augmenterait le cout de la dette publique.
- Le rôle des cryptomonnaies : Les cryptomonnaies, bien qu’encore marginales, défient le monopole des banques centrales sur la création monétaire. Une perte de crédibilité des banques centrales ou leur dépendance à l’État pourrait accélérer l’adoption de ces alternatives, réduisant leur contrôle sur l’économie.
C/ Une indépendance adaptée est nécessaire
- Une banque centrale ne peut plus être totalement déconnectée des enjeux économiques et sociaux (comme le climat ou la stabilité financière), mais elle doit préserver son autonomie pour éviter d’être instrumentalisée par les gouvernements. La banque centrale et l’État doivent collaborer sur de nouveaux objectifs (climat, stabilité financière), mais la banque centrale doit conserver la liberté d’application.
- Exemple : consensus de Jackson Hole (2002) ; Jackson Hole est une conférence annuelle où les banques centrales discutent des grandes orientations monétaires. En 2002, un consensus s’est formé autour de l’idée que la stabilité des prix contribue à la stabilité financière. Cela signifie qu’une inflation bien maitrisée réduit les risques de crises financière et une politique monétaire prévisible permet une meilleure gestion des marchés financiers. Aujourd’hui, ce rôle pourrait inclure la gestion des crises climatiques et financières. Une stabilité monétaire et financière est essentielle pour fiancer la transition énergétique et éviter des crises liées au climat.
- WALSH, 1985 : il propose l’établissement d’un contrat optimal entre le banquier central et le gouvernement afin d’éliminer le biais inflationniste sans nuire à l’activité économique ⇒ Forme de coopération entre le gouvernement et la BC pour trouver un consensus optimal
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