La question de la démondialisation s’est imposée comme l’un des grands débats économiques contemporains, au point de devenir un sujet central des concours. En 2023, HEC invite explicitement les candidats à s’interroger sur l’existence d’un tel processus. À partir du ralentissement des échanges internationaux observé depuis les années 2010, il s’agit de déterminer si la mondialisation est entrée dans une phase de déclin irréversible ou si elle connaît une transformation profonde sans pour autant disparaître. L’analyse du corrigé officiel, éclairée par le chapitre consacré à l’ouverture des économies depuis le XIXe siècle, permet de construire une réflexion rigoureuse, nuancée et pleinement conforme aux attentes du jury.
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Définir la mondialisation pour comprendre la démondialisation
Toute analyse rigoureuse du sujet suppose d’abord un travail précis de définition. La mondialisation désigne le processus par lequel les échanges de biens et services, de capitaux, de travailleurs, de techniques et de cultures s’intensifient à l’échelle mondiale, créant une interdépendance croissante entre les économies. L’histoire économique permet d’identifier deux grandes phases de mondialisation. La première, au XIXe siècle, est portée par la révolution industrielle, la baisse des coûts de transport et l’essor du libre-échange, avant d’être brutalement interrompue par les guerres mondiales et la crise des années 1930. La seconde débute après 1945 et s’accélère fortement à partir des années 1980 avec la libéralisation commerciale et financière, l’ouverture de la Chine, l’essor des firmes multinationales et de la division internationale des processus productifs. Cette dynamique nourrit l’idée d’un monde toujours plus intégré, que Marshall McLuhan résumait par l’expression de « village global ».
Or, depuis le début des années 2010, cette dynamique semble s’enrayer. Le commerce international ne progresse plus plus vite que la production mondiale, le taux d’ouverture stagne et certaines chaînes de valeur sont remises en question. Dès lors, la problématique centrale peut être formulée ainsi : le ralentissement des échanges depuis les années 2010 conduit-il à une démondialisation inéluctable, ou traduit-il une simple mutation de la mondialisation ? ( les rappels à l’actualité sont essentiels tant ce sujet est au coeur des préoccupations économiques actuelles )
I-Une crise d’efficacité de la mondialisation contemporaine
Dans un premier temps, il convient de montrer que la mondialisation traverse une crise d’efficacité. L’un de ses piliers essentiels, la division internationale des processus productifs, semble aujourd’hui s’essouffler. Pendant plusieurs décennies, la fragmentation extrême de la production a permis aux firmes de réduire leurs coûts en exploitant les avantages comparatifs et les différentiels de salaires. Toutefois, ce modèle révèle désormais ses limites. La hausse des salaires dans les pays émergents, l’augmentation des coûts de transport, les contraintes environnementales et les risques logistiques réduisent les gains attendus. La crise sanitaire a joué un rôle de révélateur en mettant en évidence la vulnérabilité de chaînes de valeur excessivement fragmentées, notamment dans les secteurs stratégiques comme les médicaments ou les semi-conducteurs. Les entreprises cherchent désormais à raccourcir, sécuriser ou régionaliser leurs chaînes d’approvisionnement, ce qui limite mécaniquement l’intensité des échanges intermédiaires.
À cette perte d’efficacité s’ajoute une crise de la gouvernance commerciale mondiale. L’Organisation mondiale du commerce apparaît aujourd’hui affaiblie, incapable de relancer une dynamique multilatérale. L’enlisement des négociations commerciales, l’absence de nouveaux grands accords globaux et le blocage de son organe de règlement des différends traduisent un essoufflement du multilatéralisme. Cette situation freine l’approfondissement du libre-échange et favorise le retour de stratégies unilatérales ou régionales, moins efficaces du point de vue collectif.
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II-Une crise de légitimité croissante de la mondialisation
Au-delà de cette crise d’efficacité, la mondialisation fait face à une crise de légitimité de plus en plus marquée. Sur le plan géopolitique, l’intensification des rivalités entre grandes puissances remet en cause l’idée selon laquelle l’interdépendance économique garantirait la paix. Le « piège de Thucydide » illustre la crainte qu’une puissance dominante entre en conflit avec une puissance émergente, comme dans le cas des relations entre les États-Unis et la Chine. Edward Alden souligne que l’intégration économique peine à survivre dans un contexte de désintégration politique, transformant les échanges en instruments de rivalité stratégique.
Sur le plan social et politique, la mondialisation est de plus en plus contestée par ceux qui s’estiment en être les perdants. La désindustrialisation, la hausse des inégalités et l’insécurité économique ont nourri une contestation populiste du libre-échange. L’élection de Donald Trump illustre cette remise en cause, avec la dénonciation des accords commerciaux et des délocalisations. Il est aussi important de souligné le virage protectionniste que l’Europe est entrain de prendre, après des années de laisser faire l’Européen ferme son marché à l’acier chinois par exemple. La mondialisation n’apparaît plus comme un jeu à somme positive, mais comme un processus inéquitable, ce qui fragilise profondément sa légitimité démocratique.
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III-Vers une démondialisation ou une recomposition des échanges ?
Dans un troisième temps, il faut se demander si cette double crise conduit réellement à une démondialisation. Ce terme supposerait une baisse durable et massive des flux de biens, de capitaux et de production à l’échelle mondiale. Or, les données montrent plutôt une recomposition des échanges. Le protectionnisme contemporain est souvent ciblé, stratégique et sectoriel, très éloigné de l’autarcie généralisée des années 1930. Les échanges continuent de croître, mais de manière plus lente, plus régionalisée et plus politisée.
De nombreux économistes insistent ainsi sur l’absence de véritable démondialisation. Penelope Goldberg et Tristan Reed montrent que la mondialisation entre dans une nouvelle phase, davantage façonnée par les choix politiques des États que par les seules forces du marché. Pierre-Noël Giraud évoque le passage d’une globalisation libérale à une globalisation mercantiliste, dominée par la rivalité entre blocs. Sébastien Jean souligne que l’interdépendance des économies demeure trop forte pour envisager une rupture franche. Les échanges se réorganisent selon des affinités géopolitiques, sans disparaître. D’autant plus que trop de protectionnisme tue le protectionnisme ! Les derniers chiffres de l’emploi et de la croissance des États-Unis ne font pas gloire aux mesures protectionniste de D.Trump.
Conclusion : la fin d’un modèle, pas de la mondialisation
Ainsi, le ralentissement des échanges depuis les années 2010 ne signe pas la fin de la mondialisation, mais la fin d’un modèle spécifique de mondialisation. Celle-ci devient plus fragmentée, plus stratégique et plus encadrée par les États, sans pour autant s’effondrer. Le sujet HEC 2023 invitait donc les candidats à dépasser l’opposition simpliste entre mondialisation et démondialisation pour analyser les transformations profondes d’un processus historique toujours en mouvement.
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