Nicolas Maduro n’est plus président du Venezuela. Arrivé au pouvoir en 2013 à la suite de la mort d’Hugo Chávez, il aura dirigé le pays pendant plus d’une décennie avant d’être capturé par les États-Unis lors d’une opération militaire d’ampleur inédite. Cette intervention, menée sur le territoire vénézuélien, a inclus des bombardements ciblés dans plusieurs localités du pays ainsi que l’arrestation de son épouse, Cilia Flores. Le transfert de Maduro vers les États-Unis est intervenu plusieurs mois après le renforcement significatif de la présence militaire américaine dans les Caraïbes et la multiplication des menaces de l’administration Trump à l’encontre du gouvernement vénézuélien. Selon Washington, l’ancien dirigeant est accusé de « conspiration narcoterroriste » et d’importation massive de cocaïne sur le territoire américain.
Dans cet article de Mister Prépa, comment Maduro est-il parvenu à devenir le troisième dirigeant ayant exercé le plus long mandat de l’histoire du Venezuela, malgré une crise économique profonde, une contestation politique permanente et un isolement international croissant ?
L’arrivée au pouvoir de Nicolas Maduro
L’ascension de Nicolás Maduro débute officiellement en décembre 2012, dans un contexte politique et humain particulièrement lourd. Hugo Chávez, figure centrale de la révolution bolivarienne et président du Venezuela depuis 1999, est alors gravement atteint d’un cancer. Conscient de la fragilité de sa santé, Chávez désigne publiquement Maduro comme son successeur, appelant les Vénézuéliens à lui faire confiance en cas de disparition. Trois mois plus tard, en mars 2013, c’est Nicolás Maduro lui-même qui annonce la mort de Chávez à la nation.
Les liens entre les deux hommes remontent à plusieurs années. Ils se sont rencontrés au début des années 1990, lorsque Chávez était incarcéré à la prison de Yare après l’échec du coup d’État du 4 février 1992. Maduro, alors syndicaliste et militant politique, fréquentait cet environnement et y a également rencontré Cilia Flores, avocate de Chávez à l’époque, qui deviendra plus tard son épouse. Bien que Maduro ait occupé des fonctions importantes sous Chávez, notamment celles de ministre des Affaires étrangères puis de vice-président, sa désignation comme héritier politique a surpris une partie de la classe politique et de la population. Chávez voyait toutefois en lui un homme loyal, pragmatique et capable de poursuivre le projet bolivarien.
À la suite du décès de Chávez, Maduro se présente à l’élection présidentielle d’avril 2013. Il l’emporte de justesse face au candidat de l’opposition Henrique Capriles, avec une marge extrêmement réduite. Dès l’annonce des résultats, l’opposition dénonce des irrégularités et évoque une fraude électorale. Malgré ces contestations, Maduro est investi président. Son mandat débute dans un contexte économique déjà fragile, fortement dépendant des revenus pétroliers. La chute des prix du pétrole, combinée à l’absence de réformes structurelles, plonge progressivement le pays dans une crise économique durable marquée par l’inflation, les pénuries et l’exode de millions de Vénézuéliens.
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Les premières grandes crises politiques sous le mandat de Maduro
Les premières années de la présidence Maduro sont marquées par une instabilité politique croissante. En 2015, l’opposition remporte une victoire majeure en obtenant la majorité des sièges à l’Assemblée nationale. Cette nouvelle configuration institutionnelle ouvre théoriquement la voie à l’adoption de lois contraires à la ligne du gouvernement et à la nomination de nouveaux responsables clés de l’État. Anticipant cette situation, Maduro procède, avant l’entrée en fonction de la nouvelle Assemblée, à la nomination accélérée de magistrats fidèles au pouvoir au sein du Tribunal suprême de justice. Cette manœuvre permet de limiter considérablement les marges de manœuvre du Parlement dominé par l’opposition.
La crise atteint un point critique en 2017, lorsque le Tribunal suprême décide d’attribuer temporairement à Nicolás Maduro certaines prérogatives constitutionnelles de l’Assemblée nationale. L’opposition dénonce immédiatement un « coup d’État institutionnel ». Bien que le Tribunal revienne partiellement sur sa décision, la situation provoque une vague de manifestations d’une ampleur exceptionnelle. Les affrontements entre forces de l’ordre et manifestants font des centaines de morts. Malgré la pression nationale et internationale, Maduro parvient progressivement à reprendre le contrôle de l’appareil institutionnel, notamment grâce à la création d’une Assemblée nationale constituante entièrement acquise au pouvoir. La répression, la fatigue de la population et l’absence de concessions du gouvernement contribuent à l’affaiblissement durable de l’opposition.
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Juan Guaidó et le gouvernement intérimaire
Une nouvelle phase de crise s’ouvre en 2019. En mai 2018, Nicolás Maduro est réélu lors d’un scrutin boycotté par une large partie de l’opposition. Les États-Unis, l’Union européenne et de nombreux pays d’Amérique latine estiment que ces élections sont frauduleuses et refusent de reconnaître le résultat. L’opposition vénézuélienne considère alors que le pays se trouve sans président légitime. En vertu de la Constitution, le président de l’Assemblée nationale est censé assumer la présidence par intérim dans une telle situation. C’est sur cette base que Juan Guaidó se proclame président par intérim du Venezuela en janvier 2019.
Guaidó reçoit rapidement le soutien de nombreux États occidentaux et latino-américains. En avril 2019, il appelle la population à descendre massivement dans la rue pour provoquer un changement de régime. Toutefois, malgré l’ampleur des mobilisations, l’opposition échoue à rallier les forces armées, pilier essentiel du pouvoir chaviste. Privé de soutien militaire et confronté à l’usure du temps, le « gouvernement » parallèle de Guaidó perd progressivement en crédibilité jusqu’à disparaître de facto de la scène politique.
Les événements récents et la chute finale de Nicolas Maduro
L’année 2024 marque un nouveau tournant. Nicolás Maduro est officiellement déclaré vainqueur de l’élection présidentielle par le Conseil national électoral. Une fois encore, l’opposition dénonce une fraude massive et publie plus de 80 % des procès-verbaux électoraux, affirmant que le véritable vainqueur est Edmundo González Urrutia. Une large partie des démocraties occidentales reconnaissent González comme président légitime. De nouvelles manifestations éclatent à travers le pays, mais elles sont sévèrement réprimées. Plus de 2 000 personnes sont emprisonnées.
Face à cette répression, Edmundo González s’exile en Espagne. De son côté, la cheffe de l’opposition, María Corina Machado, vit dans la clandestinité pendant près d’un an, jusqu’en décembre 2025, date à laquelle elle réapparaît publiquement pour recevoir le prix Nobel de la paix.
Parallèlement, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche entraîne une escalade des tensions entre Washington et Caracas. Les États-Unis mettent à prix la tête de Nicolás Maduro, offrant plus de 50 millions de dollars pour toute information menant à son arrestation. À partir d’août 2025, la marine américaine mène plus de vingt attaques contre des pétroliers vénézuéliens en eaux internationales. Malgré le déploiement de forces militaires par Caracas, ces mesures n’empêchent pas les États-Unis de lancer une opération éclair aboutissant à la capture de Maduro, désormais jugé sur le sol américain pour trafic de drogue et crimes liés au narcotrafic international.



