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L’analyse du sujet 1 d’ESH ECRICOME 2026
Pour cette nouvelle édition des concours ECRICOME, l’épreuve d’économie, sociologie et histoire n’a pas réservé énormément de surprise pour ce premier sujet. En effet, le sujet fait directement référence au Prix de la banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel 2025 décerné à P. Aghion & P. Howitt (mais aussi à J. Mokyr) pour leurs travaux concernant l’importance de l’innovation verticale (via la destruction créatrice) pour préserver le processus de croissance économique. Ce sujet ne présentait pas de difficultés particulières sur le fond (il est inscrit dans le deuxième module de première année et peut être traité par un bon élève de première année qui aurait déjà vu les chapitres sur la croissance économique et la soutenabilité de la croissance économique). Il ne présente pas non plus de difficultés particulières sur la forme tant les sujets en « A et B » sont connus par les étudiants. Une première erreur à ne pas réaliser toutefois est de vouloir à tout prix articuler son plan en deux parties avec une partie Croissance vers innovation et une deuxième partie innovation vers croissance. Les candidats devaient ainsi trouver une logique interne à ce sujet, un problème, une tension à mettre en exergue afin d’assurer une cohérence tout au long du devoir. Ceci ne signifie pas qu’il ne faille traiter que d’un des deux liens mais tout simplement que ce traitement peut être abordé au sein des parties directement ou alors réserver davantage le traitement du lien jugé « secondaire » en troisième partie. Concernant ce sujet, les candidats devaient donc se rendre compte que la question principale du sujet concernait bien le lien d’innovation vers croissance. Il fallait alors être assez scrupuleux dans les définitions des termes du sujet afin de bien aborder tous les sens de l’innovation (cf. définition via J. Schumpeter) mais aussi de la croissance (croissance démographique, croissance économique, croissance verte…). Sur un sujet aussi classique, la capacité des candidats à être exhaustif sera ainsi largement valorisée. Nous continuons ici avec une analyse du sujet. Il faut bien rappeler avant de commencer que cette analyse n’est qu’une analyse possible. Le fait de ne pas avoir fait le même plan que celui qui suit ne préjuge en rien de votre réussite lors de cette épreuve. Il vient juste donner des éléments de réponse et des pistes de correction. Ainsi, il ne faut surtout pas s’inquiéter suite à la lecture de l’analyse.
Analyse du sujet :
Accroche : J. Hassler (président du comité Nobel pour les sciences économiques) déclarait en Octobre 2025 lors de l’annonce du prix de la Banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel décerné à P. Aghion, P. Howitt et J. Mokyr : « Les travaux des lauréats montrent que la croissance économique ne va pas de soi. Nous devons préserver les mécanismes sous-jacents à la destruction créatrice afin de ne pas retomber dans la stagnation ». Cette déclaration du président du comité Nobel nous rappelle à quel point l’innovation portée par le processus schumpétérien de destruction créatrice est primordiale pour la croissance économique.
Innovation : L’innovation correspond dans sa forme générique à l’application commerciale d’une invention, donc d’une découverte scientifique. Celle-ci se décline en plusieurs types selon J. Schumpeter dans « Capitalisme, socialisme et démocratie » (1942) : l’innovation de produit, l’innovation de procédé, l’innovation de marché, l’innovation de types d’organisation et l’innovation de matières premières. Il serait ainsi évidemment maladroit de se concentrer uniquement dans le cadre de notre sujet sur l’innovation comme sortie d’un nouveau produit (exemple de l’IPhone) ou d’une nouvelle machine (machine à vapeur). En effet, les innovations telles que la mise en place du Taylorofordisme, la découverte et le développement de nouvelles énergies et matières premières (minerais critiques, énergie éolienne, fusion nucléaire…) ou bien encore la création du modèle Uber représentent tout autant des innovations. On peut aussi caractériser l’innovation en distinguant plusieurs formes d’innovation : innovation verte, innovation financière, innovation sanitaire (moyens de contraception au 18 et 19ème siècle par exemple).
Croissance : La croissance s’entend principalement par le terme de croissance économique. Rappelons que le terme de croissance provient du latin Crescere qui signifie naître/venir à la vie (ceci prend tout son sens lorsque l’on parle de croissance démographique). Appliqué à l’économie, cette étymologie permet d’analyser la croissance comme la « naissance » d’une production supplémentaire. Celle-ci se définit comme « l’augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues d’un indicateur de dimension : pour une nation, le produit global brut ou net en termes réels » selon F. Perroux dans « l’économie du 20ème siècle » (1961, Ed. 1964). Cette croissance du PIB est aujourd’hui mesurée par l’INSEE en France et le BEA aux USA Il est possible de compléter cette définition plutôt comptable par une vision plus qualitative chez S. Kuznets (1971). Selon ce dernier la croissance économique représente « la capacité croissante d’un État à proposer une gamme sans cesse élargie de biens économiques à sa population. Cette capacité se fondant sur le progrès technique, les institutions et les ajustements idéologiques nécessaires ». On retrouve via Kuznets un lien assez évident entre innovation (mentionnée comme progrès technique ici) et croissance économique. Enfin, il est aussi possible d’intégrer à cette notion de croissance une vision renouvelée incorporant l’enjeu environnemental. Il s’agira donc ici de parler du rôle de l’innovation afin d’obtenir une croissance pleinement décarbonée aussi appelée croissance verte par certains techno-optimistes tel P. Aghion.
Lien d’innovation vers croissance : Le sujet en « et » implique au moins deux enjeux. Le premier consiste à comprendre les effets multiples et potentiellement contradictoires de l’innovation sur la croissance économique. En effet, les techno-optimistes pensent généralement la croissance économique comme un processus infini et autoentretenu notamment grâce à une innovation sans fin. Pour autant, cette vision est contestée par les théoriciens de la stagnation séculaire qui voient en l’innovation une source de croissance s’épuisant graduellement, comme si des rendements décroissants de l’innovation étaient à constater. Il serait même possible d’envisager des innovations négatives pour la croissance (innovations financières, innovations numériques provoquant des externalités négatives pour la productivité des travailleurs… Si l’innovation dispose d’effets ambivalents pour la croissance, un deuxième enjeu consistera à étudier les réformes permettant de garantir un rôle strictement positif de l’innovation pour la croissance.
Lien croissance vers innovation : Le dernier enjeu du sujet consiste à interroger l’idée d’un cercle vertueux entre croissance et innovation. En effet, si l’innovation provoque de la croissance, peut-on affirmer qu’en retour la croissance économique engendre de l’innovation. Dans le cadre de notre programme, il est généralement accepté de répondre positivement à cette interrogation à partir des théoriciens de la croissance endogène ainsi que des théoriciens néoschumpétériens.
Problématique :
Au regard de ces différents enjeux, dans quelle mesure l’innovation est-elle le moteur de la croissance économique ? A quelles conditions est-il possible de parler de cercle vertueux entre croissance et innovation ?
Plan :
Si l’innovation est un moteur indéniable de croissance économique dans l’idée d’un cercle vertueux entre croissance et innovation (I), il s’avère que l’innovation dispose aussi un « côté sombre » pouvant annihiler la croissance voire pire l’innovation pourrait provoquer des crises (II), ainsi il s’agit aujourd’hui de mettre en place les réformes nécessaires afin que l’innovation redevienne à l’origine d’une croissance autoentretenue plus verte et plus stable (III).
Plan détaillé :
- I/ Si l’innovation est un moteur indéniable de croissance économique dans l’idée d’un cercle vertueux entre croissance et innovation :
A/ Une innovation de procédé/méthode de production accompagnée d’une innovation horizontale permet une croissance économique forte :
- A. Smith, « Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations » (1776) : propose une nouvelle forme d’organisation des sociétés pour réaliser d’importants gains de productivité (exemple de la manufacture d’épingles dans laquelle chaque ouvrier ferait 4800 épingles au lieu d’une vingtaine grâce à cette innovation de méthode de production).
- Principe appliqué par F. Taylor, « Les principes du management scientifique » (1911) : division verticale (intégrant loi du chronomètre) et horizontale du processus de production puis par H. Ford au sein de ces usines (en ajoutant la chaîne de montage là encore à l’origine d’une augmentation de la productivité). Cette innovation permet une croissance de la production industrielle forte durant les Roaring twenties (1920’s) aux USA (+50% entre 1921 et 1929).
- Pour accroître l’efficacité de cette division des tâches, il faut évidemment que les machines soient de plus en plus spécialisées (pas nécessairement meilleures mais mieux spécialisées). C’est cette idée d’innovation horizontale que développe P. Romer dans « Endegoneous technological change » (1990).
B/ Une innovation davantage verticale dans le cadre du processus de destruction créatrice est le moteur de la croissance économique dans une perspective néoschumpétérienne et contrairement à ce que pourrait laisser penser la croissance endogène :
- J. Schumpeter, « Business cycles » (1939) montre qu’il existe des cycles économiques au sein de l’économie capitaliste (réutilisation des cycles de 50 ans de Kondratieff). Ces cycles sont composés d’une phase baissière (destructions > créations) mais surtout d’une phase haussière plus longue assurant une croissance forte (créations > destructions). Ces cycles s’expliquent par l’apparition d’une innovation de rupture permettant un cycle de croissance fort à partir de la diffusion de cette innovation de rupture au sein de l’économie.
- Première Révolution industrielle = premier cycle dès les années 1790 via l’utilisation de la machine à vapeur (perfectionnée par J. Watt en 1769) dans plusieurs secteurs (notamment le textile avec l’apparition des métiers à tisser). TCAM de 2,05% en Angleterre sur 1820-1870.
- P. Aghion & P. Howitt, « A model of growth through creative destruction » (1992) : Deux objectifs : compléter voire amender la théorie de la croissance endogène + endogénéiser la théorie de Schumpeter (processus de croissance potentiellement infinie contrairement à Schumpeter qui théorise la fin de la croissance tirée par l’innovation via le crépuscule de l’entrepreneur). Ils arrivent via leur démonstration à la conclusion suivante : la croissance économique dépend de la fréquence des innovations et de leur ampleur. Ainsi la destruction créatrice est bien motrice de croissance par innovation en remplaçant des technologies obsolètes par de nouvelles plus productives. Illustration : étude menée dans leur ouvrage de 2010 « Économie de la croissance » montrant une causalité entre croissance du PIB/Hab. et niveau de brevets déposés + sortie des leaders industriels. Croissance autoentretenue car plus de croissance = plus de recettes finançant l’innovation et plus globalement l’accumulation des capitaux nécessaires à la croissance endogène (P. Romer, R. Lucas, R. Barro).
II/ Il s’avère que l’innovation dispose aussi un « côté sombre » pouvant annihiler la croissance voire pire l’innovation pourrait provoquer des crises :
A/ L’innovation dispose d’une influence de plus en plus faible sur la croissance économique notamment à l’ère du numérique : une innovation forte peut être concomitante avec la stagnation séculaire :
- Paradoxe de Solow, « We’d better watch out » (1987) : l’effet de l’innovation sur la croissance économique n’est pas automatique et peut être largement plus faible que celui attendu si les agents n’utilisent pas l’innovation de la bonne manière (utiliser l’ordinateur comme une machine à écrire numérique n’engendre pas de gains de productivité).
- R. Gordon, « Is US economic growth over » (2012) : 1/3 de la stagnation séculaire s’explique par le ralentissement fort des gains de productivité qui ne sont plus tirés par l’innovation. L’innovation dispose d’effets de plus en plus faibles (Exemple : depuis les années 1960 : la qualité de vol entre Paris et New York a augmenté via la distribution de plateaux repas, des sièges plus confortables… mais le temps de vol demeure toujours le même excepté la période Concorde entre 1970 et 2000). Sa métaphore du pommier vient illustrer l’idée que les premières innovations accroissent grandement la productivité et la production mais plus on avance, plus celles-ci sont couteuses et moins elles sont transformatrices. Les GP sont bien plus élevés lors du passage de la calèche à la voiture thermique que lors de celui de la voiture thermique à la voiture électrique.
- Intégration de la croissance démographique dans le sujet : O. Galor et D. Weil dans « Population, technology and growth » (2020) présentent la théorie de la croissance unifiée. Celle-ci explique notamment le phénomène de transition démographique par l’innovation. Dans une société où l’innovation est forte, les parents en tant qu’agents rationnels sont incités à faire moins d’enfants mais à les éduquer mieux. Ceci diminue la croissance démographique (solde naturel) à terme. L’innovation peut ainsi être à l’origine d’une stagnation démographique au-delà d’une stagnation économique.
B/ Pire encore, l’innovation dispose d’une face sombre qui peut être à l’origine de pertes de croissance économique voire de crises ! :
- F. Aggeri, « L’innovation : mais pourquoi faire ? » (2023) : Vision assez critique de l’innovation qui ne serait pas nécessairement positive selon lui. Elle pourrait notamment engendrer des phases de crises prolongées diminuant la croissance effective et potentielle (via un effet hystérèse par exemple). F. Aggeri est notamment très critiques des innovations financières qui ont historiquement provoqué les grandes crises financières.
- Exemples : La pratique des Call Loans en 1929 (permission d’un achat gagé par un broker : possible d’acheter une action en déboursant seulement 10% de son montant et en s’endettant sur les 90% restant) ou évidemment la titrisation (émission de MBS) durant la crise des subprimes qui a indirectement coûté une décennie de croissance à l’Europe qui a connu la crise des subprimes puis la crise des dettes souveraines largement liée à la première.
- Une vision davantage techno pessimiste voit l’innovation comme un moteur du chômage. On retrouve notamment cette vision chez J-M. Keynes dans « Lettre à nos petits enfants » (1930) qui imagine dans le même temps une stagnation séculaire à terme. On retrouve un lien fort entre innovation et stagnation voire recul de la richesse par habitant chez J-C. Sismondi dans « Nouveaux principes d’économie politique » (1819) : « Si le machinisme arrivait à un tel degré de perfection que le roi d’Angleterre pût en tournant une manivelle produire tout ce qui serait nécessaire aux besoins de la population, qu’adviendrait-il de la nation anglaise ? ». La métaphore de la manivelle de Sismondi est une théorie liant machinisme, baisse de la demande et stagnation. Réelle critique du métier à tisser dans un contexte de révoltes luddites depuis les années 1810. Si l’on en croit le coefficient d’Okun, tout point de chômage supplémentaire se traduirait par une perte de croissance d’environ 3 points… Ainsi, en provoquant du chômage technologique, les innovations pourraient être à l’origine d’une baisse du PIB par habitant.
III/ Ainsi il s’agit aujourd’hui de mettre en place les réformes nécessaires afin que l’innovation redevienne à l’origine d’une croissance autoentretenue forte plus verte et plus stable notamment en Europe :
A/ L’augmentation des taxes pigouviennes semble indispensable aujourd’hui afin d’allier innovation verte et croissance décarbonée dans l’idée d’un cercle vertueux :
- P. Aghion, « Le pouvoir de la destruction créatrice » (2020) : il faut aujourd’hui décarboner les modes de production afin d’assurer une croissance économique verte (conciliation croissance et décarbonation). Pour cela, il faut des innovations permettant de diminuer l’intensité carbonique de l’énergie et l’intensité énergétique de la production (deux premiers paramètres de la pollution selon l’équation de Kaya, 1993). Il faut donc inciter les entreprises à chercher de nouvelles sources d’énergie (se rapprochant des innovations de matières premières) ou de nouvelles machines plus économes afin de réaliser un découplage absolu entre croissance et émissions de Co2.
- Problème : Peu d’incitations naturelles pour des « entreprises carbonées » à réaliser des innovations vertes en raison de la dépendance au sentier suivi théorisé par D. North dans « Institutions » (1991). Il faut donc cela Aghion mettre en place une taxe pigouvienne permettant d’inciter ces entreprises à décarboner leur processus de production et investir dans la R&D verte, source de croissance verte chez Aghion car la probabilité d’innover dépend positivement de la R&D verte.
- Cercle vertueux entre croissance et innovation : L’innovation verte permet de la croissance décarbonée, les recettes supplémentaires (recettes fiscales pour l’État/profits pour les entreprises) ainsi que le double dividende issu des taxes permettent de réinvestir dans des projets environnementaux pour accroître davantage l’innovation verte. Projet proposé par le rapport du CAE, « Les français et les politiques climatiques » (2022).
B/ En outre, ce sont les politiques d’éducation : soutien à l’innovation qui sont à revoir en Europe si l’on veut en finir avec le décrochage économique européen et relancer un cycle innovation/croissance :
- A. Bergeaud, « La prospérité retrouvée » (2026) : Constat d’un décrochage européen en termes de niveau de vie par habitant. Illustration cas français : PIB par habitant français représente 60% du PIB par habitant US malgré une période de fort rattrapage entre 1945 et 2023. Ce décrochage s’explique par la faiblesse des gains de productivité en Europe expliquée par une propension plus faible à innover en Europe.
- J. Tirole, « How to escape the middle technology trap » (2024) : Dépense de R&D deux fois plus faible pour les 2500 grandes entreprises européennes que pour les 2500 entreprises US. Innovation de milieu de gamme (dans l’automobile) alors que les leaders technologiques américains investissent dans des innovations de rupture (IA, informatique quantique…). Il faut ainsi renforcer la politique d’innovation européenne avec la création d’une forme de DARPA européenne beaucoup moins bureaucratisée que ce qui existe aujourd’hui.
- P. Aghion & X. Jaravel, « Renforcer l’impact du CIR » (2022) : Spécifiquement pour le cas français, les dispositifs de soutien à la R&D sont largement à revoir puisque ceux-ci sont victimes d’effets d’aubaines important ne permettant pas l’augmentation de l’innovation positive pour la croissance.
- Deuxième idée : Revoir les politiques éducatives permettrait de retrouver un cercle vertueux entre croissance et innovation selon X. Jaravel dans « Marie Curie habite dans le Morbihan » (2023) : la faillite de la politique éducative/d’orientation française explique la faiblesse des gains de productivité en France en provoquant des phénomènes de Marie Curie et Einstein perdus. Ainsi, en réformant ces politiques d’orientation, l’accès à l’innovation serait démocratisé, celui-ci serait à l’origine d’une croissance des gains de productivité (et d’une croissance verte), ceci permettrait plus de recettes fiscales et donc plus de soutien à l’innovation… (Cercle vertueux entre croissance et innovation).
Conclusion :
L’innovation est un facteur de croissance certain notamment depuis la première Révolution agricole et industrielle. En effet, la première Révolution agricole reposant sur certaines innovations agricoles (assolement quadriennal) a permis une croissance démographique forte (sortie du piège malthusien) étant à l’origine de la croissance économique par déversement du début du 19ème siècle. Ainsi, la croissance est majoritairement tirée par l’innovation depuis les années 1770. Pour autant, une analyse des innovations plus récentes montre des effets ambivalents de celle-ci sur la croissance. En effet, l’innovation n’est plus aussi disruptive qu’avant ce qui peut être à l’origine d’une stagnation voire même de crises si l’on reprend davantage la face sombre de l’innovation. Ceci montre à quel point l’innovation doit être guidée par les pouvoirs publics à l’avenir pour qu’elle joue toujours son rôle positif. L’État dispose donc de la responsabilité d’orienter l’innovation pour qu’elle réponde aux enjeux du 21ème siècle notamment l’enjeu environnemental. Elle doit en outre permettre celle-ci par des mesures favorables telles que les politiques de soutien à la R&D et politiques éducatives. A cette condition, il semble qu’un cercle vertueux entre innovation et croissance soit possible. En mettant en place ces mesures, l’Europe pourrait encore rattraper son retard vis-à-vis des US et prendre le virage du « deuxième âge de la machine » théorisé par McAfee & Brynjolfsson lui permettant de retrouver une croissance économique forte tirée par la 4ème révolution industrielle de l’intelligence artificielle.


