L’analyse du sujet 2 d’ESH au concours ECRICOME 2026 est prête ! Si vous avez choisi le sujet 2 pour votre épreuve, vous pouvez comparer vos réponses à cette analyse, mais également aux bonnes copies correspondantes disponibles sur notre site dans la rubrique TOP COPIES.
Cette épreuve demande aux candidats de la filière ECG de solides connaissances en économie, en sociologie et en histoire. Ils doivent être capables de connaître des auteurs clés et leurs références, de mobiliser des concepts et de structurer une copie clairement.
Consultez toutes les annales d’ESH ECRICOME depuis 2000 pour approfondir vos connaissances.
Retrouvez aussi notre kit concours spécial ESH !
L’analyse du sujet 2 d’ESH ECRICOME 2026
L’expérience historique nous a-t-elle appris ce qu’était une bonne stratégie de développement ? :
Pour ce deuxième sujet ECRICOME, les concepteurs ont décidé de rester dans le module n°2 de première année. Bien que ce module tombe régulièrement, il est plus rare de voir un sujet concerner seulement la thématique du développement. Ce sujet était sans aucun doute le plus difficile et déroutant des deux et il ne serait pas étonnant qu’il soit largement moins choisi que le n°1. Ce sujet demande en réalité une analyse fine des termes du sujet et du type de sujet en présence (qui est un sujet faussement thématique). Dans la suite de l’article, nous analysons le sujet et nous donnons une proposition de corrigé. Il faut bien rappeler avant de commencer que cette analyse n’est qu’une analyse possible. Le fait de ne pas avoir fait le même plan que celui qui suit ne préjuge en rien de votre réussite lors de cette épreuve. Il vient juste donner des éléments de réponse et des pistes de correction. Ainsi, il ne faut surtout pas s’inquiéter suite à la lecture de l’analyse.
Analyse du sujet :
Accroche : I. Bensidoun, « Les services moteurs du développement ? L’expérience indienne » (2018) : la croissance indienne repose depuis 35 ans sur les services (70%) 🡪 Les gains de productivité dans les services haut de gamme sont similaires aux gains de productivité dans l’industrie. Par ce chiffre, I. Bensidoun montre que le développement d’un pays peut tout à fait sauter une étape contrairement à ce que suggère une lecture évolutionniste de l’économie héritée des travaux de Kuznets et de Clark. L’expérience indienne offre une vision assez unique d’une stratégie de développement qui repose sur les services sans nécessaire développement de l’industrie au préalable. Cette expérience que l’on pourrait retrouver aussi au Ghana dans les années 2000 via le développement des télécommunications montre bien que l’histoire ne nous apprend pas ce qu’est une bonne et unique stratégie de développement. Elle nous montre au mieux ce que sont des bonnes stratégies.
Expérience historique : Le programme d’ESH est généralement borné au 19ème siècle. Ainsi, l’expérience historique semble se définir comme les données chiffrées que nous avons concernant les trajectoires de développement des pays depuis l’Angleterre à la suite de la première Révolution Industrielle. Cette expérience historique repose en partie donc sur l’accumulation de données statistiques issues de la comptabilité nationale ou de ses balbutiements.
Appris : Il y a dans le sujet cette notion d’apprentissage tout à fait intéressante dans la mesure où elle nous oblige à prendre un certain recul sur les stratégies de développement. Lorsque l’on réalise un retour en arrière et que l’on observe l’ensemble des expériences historiques de stratégies de développement, sait-on ce qu’est une bonne stratégie ? Plus globalement, la notion d’apprentissage repose sur le fait de tirer des leçons ici des expériences de développement passées.
Stratégie de développement : Le développement est défini par F. Perroux comme la combinaison des changements sociaux et mentaux qui rendent apte un pays à faire croître son produit réel global (et peut donc être appréhendé par la hausse du PIB par habitant et de l’indice de développement humain créé par A. Sen). Il n’est donc pas unidimensionnel : on parle de développement économique, social, sanitaire, durable… une stratégie de développement représente l’ensemble des actions coordonnées par les agents privés ou publics permettant en théorie d’atteindre cet objectif.
Bonne stratégie de développement : L’idée de « bonne stratégie » se rapproche de l’idée de stratégie efficace à savoir une stratégie qui atteint son objectif : le développement. Une bonne stratégie au 21ème siècle serait davantage une stratégie de développement assurant la réalisation des 17 objectifs de développement durable de l’ONU.
Problématique :
A la lueur de l’histoire économique, peut-on dégager une unique stratégie de développement efficace ? L’expérience historique peut-elle alors réellement guider les pays encore peu développés dans leur développement futur ?
Plan :
S’il semble au regard de l’histoire économique, que les expériences de développement nous aient appris les invariants d’une bonne stratégie de développement (I), il semble toutefois que la multiplicité des trajectoires réussies et ratées remette en cause la pertinence d’une unique bonne stratégie pour le développement futur des PMA/PED (II), finalement ce qu’on pensait être une bonne stratégie de développement au 20ème siècle semble aujourd’hui laisser la place à une nouvelle stratégie efficace plus en accord avec les principes du développement durable du 21ème siècle (III).
I/ Il semble au regard de l’histoire des succès et des échecs des stratégies de développement que des prérequis invariables semblent nécessairement intégrer une bonne stratégie de développement en cela qu’elle permet bien le développement :
1) Il convient a priori de mettre en place des institutions inclusives économiques (avec un accent fort sur l’éducation) afin de permettre un développement du pays :
- D. Acemoglu & J. Robinson dans « Why nations fail » (2012) montrent l’importance d’une stratégie de développement basée sur les institutions inclusives à savoir les institutions qui permettent d’intégrer toute la population dans la vie économique de la cité et par-là dans le processus de croissance économique.
- La mise en place d’institutions inclusives fait partie d’une stratégie car en mettant en place un système démocratique + un système avec des droits de propriété parfaitement établies, l’État favorise la prise d’initiative individuelle, la concurrence qui sont autant de facteurs de développement économique selon P. Aghion dans « Le pouvoir de la destruction créatrice » (2020) qui rappelle d’ailleurs que le développement britannique démarre avec la Glorious Revolution (1688) qui met en place ces droits.
- Acemoglu & Robinson montrent ainsi que si la Corée du Sud connait un miracle économique durant l’après-guerre (période de son indépendance), cela s’explique bien par la mise en place d’institutions inclusives (droits de propriétés assurés dès 1945 alors que son voisin du nord la considère comme anticonstitutionnelle, éducation de masse via une éducation primaire obligatoire et gratuite dès 1948). Croissance économique coréenne entre 1963 et 1979 dépassent les 11% en TCAM.
- Les expériences de certaines stratégies ratées montrent que tous ces points sont cruciaux (bien qu’ils ne suffisent potentiellement pas). Ainsi les échecs des stratégies d’industrialisation par substitution des importations (ISI) portées par R. Prebisch au Brésil ou d’industries industrialisantes en Algérie portée par G. Destanne de Bernis après l’indépendance sont deux cas concrets d’un développement industriel qui demeure limité et impossible à terme en raison de faibles moyens mis sur l’éducation. Ces modèles demandent une main d’œuvre qualifiée (afin de produire les biens intermédiaires pour ISI et production de biens complexes pour II), ce qui n’est pas le cas dans ces deux pays selon R. Allen, « Introduction à l’histoire économique mondiale » (2014).
- De même, malgré un fort investissement dans l’éducation, le manque d’institutions inclusives en URSS a engendré son sous-développement selon J. Kornai, « Le système socialiste » (1992) en raison de la contrainte budgétaire soft des entreprises publiques.
2/ En outre, une bonne stratégie de développement passe par la constitution et le développement d’une industrie nationale forte qui s’intègre progressivement au marché mondial :
- Le point commun de toutes les stratégies de développement qui ont fonctionné est le développement de l’industrie. Dans « l’ordre économique international » (1978), A. Lewis reprend l’idée de l’existence de deux secteurs (dualisme) au sein de l’économie : un secteur traditionnel et un secteur moderne/industriel. C’est le développement de ce dernier qui permettra au pays de se développer. Ceci demeure un pilier commun aux modèles ISI, II et IPE (industrialisation par promotion des exportations). Accumulation du capital : Cela peut se faire via des initiatives privées notamment en Angleterre comme le montre W. Rostow, « Les étapes de la croissance économique » (1960) ou via des initiatives publiques. Tout cela permet d’accroître le PIB par habitant dans une logique de modèle de Solow (1956) 🡪 Angleterre, Argentine au 19ème siècle, Corée du Sud sous Park-Chung Hee…
- Le point commun des expériences réussies des stratégies de développement semble être ainsi la consolidation d’un marché national selon R. Allen dans « Une introduction à l’histoire économique mondiale » (2014). Cela passe notamment par des investissements dans le rail afin de construire un véritable marché national mais aussi par un certain protectionnisme éducateur au sens de F. List permettant de préserver les industries nationales avant qu’elles ne rentrent en concurrence avec le RDM. Ces deux piliers constituent deux principes fondateurs du modèle standard de développement théorisé par Allen qui a fonctionné en Allemagne (création de la Zollverein en 1833 + construction de chemins de fer entre Nuremberg et Fürth dès 1835) mais aussi en France (plan Freycinet en 1879, création de la Régie nationale des douanes en 1791). Plus récemment, le miracle économique coréen ou l’émergence chinoise depuis les années 1980 reprennent ce principe d’un protectionnisme éducateur permettant de créer des avantages comparatifs. Ce protectionnisme se base notamment sur une sous-évaluation de leur monnaie permettant une forte compétitivité-prix mais aussi sur des barrières de tarifaires (plus de 40% au milieu des années 1980). On retrouve aussi ce modèle au Japon durant les 30 Glorieuses. Certains pays se sont bien développés via une stratégie basée sur le développement d’un marché national fort tel le Japon lors de son miracle économique comme le montre B. Blancheton le montre dans « Histoire des faits économiques » (2020) : « La taille du marché intérieur permet au Japon d’acquérir une compétitivité dans les secteurs de la mécanique, l’électroménager, l’automobile, puis de l’électronique et de s’orienter vers une croissance plus ouverte à partir des années 1960 ».
II/ Pour autant, la multiplicité des stratégies de développement qui ont fonctionné met en exergue certaines tensions quant à l’existence d’une unique bonne stratégie de développement :
1/ Des stratégies complètement contradictoires notamment concernant le rôle de l’État ont pu tout à fait fonctionner et échouer :
- Si nous partons du principe que les bonnes stratégies de développement sont celles qui permettent le développement d’un pays alors, l’histoire nous enseigne assez peu quant à une bonne et unique politique de développement dans la mesure où plusieurs niveaux d’action de l’État (fort/faible) et plusieurs types d’actions (transferts de technologie, financement des biens publics…) ont plutôt fonctionné comme l’a montré A. Gerschenkron (1962) avec son modèle contredisant largement les apports de W. Rostow. Ainsi, certains pays ont réussi à se développer en ayant recours à un modèle très libéral axé sur le consensus de Washington (1989) dont les principes ont été donnés par J. Williamson : rigueur budgétaire et monétaire, libéralisation financière et commerciale, privatisations. Ce modèle a plutôt fonctionné en Corée du Sud selon P. Aghion dans « Le pouvoir de la destruction créatrice » (2020) qui en réformant fortement voire supprimant les conglomérats chaebols (Daewoo) permettent une concurrence accrue favorable à la croissance. Plus récemment le succès économique argentin sous J. Milei semble aussi donner raison à ce modèle. Néanmoins ce même modèle a aussi connu des expériences moins favorables notamment en Grèce durant la crise des dettes souveraines mais aussi dans les pays africains dans les années 1980-90 où le consensus a été appliqué. A titre d’exemple ces politiques ont mis fin aux dépenses publiques utiles comme les politiques de planning familial dans des pays comme le Togo selon K. Nubukpo dans « L’urgence africaine » (2019).
- D’un autre côté, des modèles bien plus interventionnistes ont pu fonctionner et parfois dans les mêmes pays. Ainsi les États planificateurs ont pu être très efficaces afin d’organiser les transferts de technologie comme lors du miracle économique japonais grâce au MITI (1949) ou encore en Corée du Sud sous Park Chung-Hee durant les années 1950-60 où l’État réalisait des politiques d’incitations à l’épargne afin de développer l’investissement sur le sol national selon la règle Harrod-Domar (1939-47) : gw = s/v donc s = gw*v avec g = 8%, v = 3 et s = 25% (politique de propagande nationale pro épargne). Finalement, des États très planificateurs peuvent aussi permettre un développement industriel fort avec des investissements dans l’ensemble des secteurs industriels importants à la manière d’un big push (Rosenstein-Rodan). Dans « The industrial development of carribean » (1951), Arthur Lewis montre la réussite de l’opération Bootstrap à Porto-Rico dans les années 1940-1950. Ce plan d’investissements en collaboration avec les USA a permis selon lui un développement équilibré de la zone en développant plusieurs secteurs tels que ceux des chaussures (importants pour l’hygiène à l’époque), des énergies, de l’emballage… Porto Rico reste aujourd’hui un territoire plutôt très développé avec un PIB/habitant de plus de 40 000 dollars en 2022 selon la Banque Mondiale. Au contraire comme vu en première partie, des planifications totales comme la Corée du Nord ou l’URSS n’ont évidemment pas fonctionné…
2/ Ceci démontre l’inexistence d’une unique bonne stratégie de développement : Les PED/PMA ne peuvent prévoir une bonne politique à l’avance à partir des données passées :
- R. Lucas, « Econometric policy evaluation : a critic » (1974) : Il est impossible de prévoir les conséquences des politiques économiques (et notamment du développement) à partir de données passées. Ainsi il est impossible d’appliquer un modèle de l’extérieur car les expériences de politiques économiques demeurent uniques à chaque fois. Un modèle de politique qui fonctionne à un endroit pourrait se retrouver totalement invalidé à un autre endroit.
- E. Duflo & A. Banerjee, « Repenser la pauvreté » (2012) : Ce n’est pas l’expérience historique qui permet de comprendre ce qu’est un bon modèle de développement mais bien l’expérimentation sur le terrain. En effet, toutes les expériences randomisées sont différentes avec des terrains différents, ce qui implique de nouveaux tests à chaque fois pour mettre en place ces stratégies de développement.
- Note : En outre même si l’expérience nous apprenait ce qu’était une bonne stratégie de développement, il faudrait que les dirigeants soient bienveillants et rationnels et écoutent les économistes, ce qui en regardant le passé n’a rien d’évident. La vision utopique de M. Weber dans « Le savant et le politique » semble peu réelle notamment dans les pays à institutions extractives.
III/ Finalement, ce qu’on pensait être une bonne stratégie de développement au 20ème siècle semble aujourd’hui laisser la place à une nouvelle stratégie efficace plus en accord avec les principes du développement durable du 21ème siècle :
1/ Dans une société où l’impératif écologique est évident, une bonne stratégie de développement demeure une stratégie de long-terme ne compromettant pas le sort des générations futures :
- Le développement durable est défini par le rapport Brundtland (1987) comme « « le développement qui permet la satisfaction des besoins des générations présentes sans compromettre ceux des générations futures ». Dès lors, la bonne stratégie de développement au 21ème siècle ne peut plus être celle consistant à copier les PDEM comme le suggère W. Rostow dans « Les étapes de la croissance économique » (1960) puisque comme le rappelle R. Gordon dans « Is US economic growth over » (2012), « la prospérité d’une ville se mesurait aux fumées se dégageant des usines au début du 20ème siècle ».
- Ce développement a longtemps été à l’encontre du principe de développement durable. Dès lors aujourd’hui la bonne stratégie de développement est celle qui consiste à respecter les générations futures notamment en restant dans l’espace de développement durable théorisé par K. Raworth dans « l’économie du donut » (2017). Ceci pourrait se dérouler via des politiques plus ambitieuses de croissance verte au sein des PED via le réinvestissement direct des rentes issues des ressources naturelles dans des sources de développement durable telle l’économie humano-centrée (santé, éducation…). On pourrait à cet égard évoquer la règle d’Hartwick (1977).
- Ce développement durable pourrait en outre passer par un rôle accru des communautés locales qui sont tout à fait capables de préserver les ressources naturelles locales selon E. Ostrom dans « Governing the commons ».
2/ Finalement, si une bonne stratégie de développement repose sur l’accroissement des capabilités, cette stratégie requiert une forme d’évaluation des stratégies les plus pertinentes :
- Finalement, le développement n’est pas que purement économique, il doit aussi être humain et social avant tout afin de respecter les objectifs du développement durable donnés par l’ONU dès 2015. On y retrouve notamment l’accès à la santé (ODD 3), à l’éducation (ODD 4), à une nourriture de qualité (ODD 2) ou encore à l’égalité entre les sexes (ODD 5). Dès lors, une bonne stratégie de développement au 21ème siècle doit réellement être basé sur l’accroissement des capabilités chères à A. Sen dans « Development as Freedom » (1999) qui se définissent comme la capacité d’un individu à vivre la vie qu’il souhaite mener.
- Les stratégies de développement doivent donc permettre le développement de celles-ci. On pourrait alors imaginer une stratégie de développement basée sur le microcrédit tel qu’inventé par M. Yunus (2006) afin d’éradiquer la pauvreté et d’accroître notamment les capabilités des femmes comme le montre le reportage de France Culture, « Le micro-crédit, l’exemple des femmes de Dakar » (2007). L’aide publique au développement serait ici utile en soutenant ces dispositifs plutôt privés initialement.
- Ainsi une bonne stratégie de développement au 21ème siècle devrait être celle qui accroit les capabilités effectivement. C’est aussi ce que montre E. Duflo dans « Repenser la pauvreté » (2012) en expliquant qu’il est possible de trouver les dispositifs stratégiques de développement les plus efficaces (notamment concernant la distribution de moustiquaires). Il faut aussi que ces dispositifs favorisent justement les pays en développement contrairement à ce qui est réalisé aujourd’hui selon D. Moyo, « l’aide fatale » (2009). En effet, la stratégie d’APD n’a pour l’instant pas permis le développement des producteurs des PED car ceux sont des moustiquaires des PDEM qui sont livrées aux PED.
Lire plus : découvrez tout de suite l’analyse du premier sujet


