Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, les relations entre le Canada et son voisin américain connaissent de nouvelles tensions. Entre dees guerres économiques et menaces d’annexions du Canada comme « 51e État » des États-Unis, Ottawa cherche progressivement à réduire sa dépendance envers les États-Unis.
Pourtant, cette volonté de diversification ne date pas du second mandat de Donald Trump. Depuis plusieurs décennies, le Canada entretient des relations économiques et politiques étroites avec l’Union européenne, renforcées notamment par la mise en place du CETA en 2017. Mais les deux présidences Trump semblent avoir considérablement accéléré ce rapprochement, désormais étendu aux questions de défense et de sécurité économique. Jusqu’à faire émerger aujourd’hui l’idée d’un Canada « membre associé » de l’UE et à interroger plus largement l’avenir des relations transatlantiques.
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Canada et UE : des relations profondément historiques
Les relations entre le Canada et l’Europe trouvent leurs racines dans l’histoire coloniale du pays, successivement marqué par les présences française et britannique. Cet héritage demeure aujourd’hui particulièrement visible à travers les deux langues officielles du pays, le français et l’anglais, mais surtout par les liens culturels étroits que le pays continue d’entretenir avec l’Europe. Le Québec occupe une place particulière dans cette relation entre les 2 territoires : seule province majoritairement francophone du Canada, il entretient des rapports privilégiés avec la France dans les domaines culturel, universitaire et diplomatique. La coopération franco-québécoise favorise notamment la mobilité des étudiants, les échanges universitaires et la reconnaissance de certaines formations et qualifications. Mais cette proximité ne se limite pas au Québec. Dans le reste du Canada, l’héritage britannique reste important, tandis que les différentes vagues d’immigration venues d’Europe ont durablement façonné la population et la culture canadiennes. Les échanges universitaires constituent alors un levier important de ces relations : étudiants canadiens et européens bénéficient de nombreux programmes de mobilité et de partenariats entre établissements, notamment à travers Erasmus+, auquel des établissements canadiens peuvent participer dans le cadre de coopérations internationales. Ceci marque alors une étape franche dans la relation entre le Canada et l’Union Européenne, en constituant un lien direct, sans intervention des États-Unis.
La Seconde Guerre mondiale donne une nouvelle dimension à cette relation. Engagé aux côtés des Alliés dès 1939, le Canada participe notamment à la libération de plusieurs territoires européens avant de devenir, en 1949, l’un des membres fondateurs de l’OTAN. En plus de cette relation sécuritaire, Ottawa développe progressivement des relations directes avec la construction européenne. En 1959, le Canada signe avec Euratom un accord de coopération sur l’utilisation pacifique de l’énergie atomique, constituant aujourd’hui la plus ancienne relation officielle de l’Union européenne avec un pays industrialisé. Cette coopération s’élargit avec l’accord-cadre de coopération commerciale et économique de 1976, puis avec la Déclaration transatlantique de 1990 et le plan d’action Canada-UE de 1996. Le rapprochement atteint finalement une nouvelle étape en 2016 avec la signature du CETA, accord de libre-échange appliqué provisoirement depuis 2017, parallèlement à un Accord de partenariat stratégique renforçant la coopération politique, diplomatique et sécuritaire. Les relations entre le Canada et l’Europe apparaissent ainsi déjà particulièrement développées lorsque Donald Trump arrive pour la première fois à la Maison-Blanche en 2017.
De Trump I à Trump II : l’accélération du rapprochement Canada–UE
L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2017 marque une première rupture dans les relations entre le Canada et son principal partenaire américain. Au nom de sa politique « America First », le président américain adopte une politique commerciale plus protectionniste et remet en question plusieurs des équilibres qui structuraient l’Amérique du nord. En 2018, Washington imposait notamment (déjà) des droits de douane de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium canadiens, officiellement pour des raisons de sécurité nationale. Ottawa réplique par des surtaxes sur environ 16,6 milliards de dollars canadiens de produits américains , soit la plus importante réponse commerciale canadienne depuis la Seconde Guerre mondiale. Les tensions conduisent également à une renégociation de l’ALENA, finalement remplacé par l’ACEUM en 2020. Dans ce contexte, l’Union européenne apparaît comme un partenaire stable permettant au Canada de diversifier ses relations commerciales et de défendre avec Bruxelles un commerce international davantage fondé sur des règles respectées. Le timing est particulièrement symbolique : le CETA entre justement en application provisoire en 2017, au moment où commence la première présidence Trump. Durant la crise de 2018, le Canada et l’Union européenne coopèrent d’ailleurs pour contester les mesures américaines devant l’OMC.
Le retour de Donald Trump en 2025 donne cependant une tout autre ampleur à cette dynamique. Son second mandat ouvre une nouvelle période de confrontation commerciale avec Ottawa et s’accompagne de déclarations remettant directement en question la relation traditionnelle entre les deux voisins. Les menaces et mesures tarifaires américaines renforcent au Canada la volonté de réduire une dépendance économique particulièrement importante envers les États-Unis. Cette pression dépasse désormais la seule question commerciale : les incertitudes entourant la politique américaine en matière de défense, d’OTAN et de relations avec ses alliés poussent également Ottawa à diversifier ses partenariats stratégiques. En parallèle, le rapprochement avec l’Union européenne s’accélère dans des secteurs comme la défense, l’énergie, les minerais critiques ou encore l’intelligence artificielle. En septembre 2026, Mark Carney présente ainsi cette diversification comme un moyen de renforcer la résilience et l’autonomie canadiennes, alors que les États-Unis absorbent toujours environ 72 % des exportations canadiennes.
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Le Canada et l’UE: Vers une union transatlantique ?
Le rapprochement entre Ottawa et Bruxelles pourrait désormais franchir une nouvelle étape. En septembre 2026, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen propose d’ouvrir la voie à un statut inédit de « membre associé » de l’Union européenne pour le Canada. Une telle proposition reste cependant encore flou : ce statut n’existe pas dans les traités européens sous cette forme et sa mise en place reste sous la menace du veto d’un État membre. Le Premier ministre canadien Mark Carney s’est d’ailleurs montré prudent, affirmant ne pas rechercher une adhésion complète à l’Union européenne mais plutôt une « alliance unique » entre les deux partenaires. Celle-ci pourrait approfondir leur coopération dans des domaines stratégiques comme la défense, l’énergie ou encore l’intelligence artificielle. Cette perspective provoque alors la réaction de Donald Trump, qui menace l’Union européenne de nouvelles sanctions si ce rapprochement devait être considéré comme hostile aux intérêts américains.
La question se pose cependant sur le long terme, alors que le second et dernier mandat de Donald Trump doit s’achever en janvier 2029. Une future administration américaine pourrait chercher à rétablir une relation plus traditionnelle avec Ottawa et réduire les tensions commerciales actuelles. Pour autant, un retour à la situation antérieure n’est pas garanti : les deux présidences Trump ont mis en évidence la vulnérabilité d’un Canada fortement dépendant du marché étasunien et pourraient durablement encourager Ottawa à diversifier ses partenaires. Le rapprochement avec l’Union européenne pourrait ainsi survivre au départ de Trump et devenir une orientation structurelle de la politique étrangère canadienne. Une adhésion complète paraît toutefois très hypothétique : le Canada reste un État nord-américain profondément intégré économiquement et militairement aux États-Unis, tandis que l’article 49 du traité sur l’Union européenne réserve la demande d’adhésion aux États européens. L’avenir semble donc davantage se situer dans une relation intermédiaire et originale : plus intégrée qu’un simple accord commercial, sans faire du Canada un membre à part entière. Si cette formule se concrétise, le Canada pourrait devenir le laboratoire d’une nouvelle forme d’association à l’Union européenne, capable de perdurer bien après Donald Trump et de redessiner une partie des relations entre l’Europe et l’Amérique du Nord.
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Ainsi, le rapprochement entre le Canada et l’Union européenne ne constitue pas une rupture soudaine, mais l’accélération d’une relation construite depuis plusieurs décennies. Les deux mandats de Donald Trump ont néanmoins profondément renforcé cette dynamique en poussant Ottawa à diversifier ses partenaires face à sa forte dépendance envers les États-Unis. Du CETA à la coopération en matière de défense, jusqu’à l’émergence de l’idée d’un statut de « membre associé », les relations entre Ottawa et Bruxelles semblent désormais dépasser le simple cadre commercial. Reste à savoir si cette dynamique survivra à la fin de la présidence Trump en 2029.