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La balance des paiements : lire un indicateur clé

Sommaire

S’il n’est pas rare d’entendre dans la presse que la France est systématiquement en déficit commercial ou encore que le déficit français est inquiétant, rares sont les articles prenant le temps de remettre ce type d’indicateur dans leur contexte : celui de la balance des paiements.

La balance des paiements est un état statistique réalisé par la Banque de France, dont les règles sont édictées par le FMI et qui permet de rassembler et de hiérarchiser l’ensemble des transactions qu’un pays peut réaliser avec le reste du monde : biens, services, personnes, capitaux…

Cette balance des paiements prend alors tout son sens étant donné la mondialisation qui régit le monde et son économie. Or, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le monde est entré dans une phase d’ouverture impressionnante justifiant ainsi un tel outil. 

 

Lire plus : https://misterprepa.net/la-france-peine-lallemagne-conquiert-zoom-sur-le-deficit-commercial-francais-a-laide-du-modele-allemand/

 

Voyons déjà de quoi est constituée cette balance des paiements 

Concrètement, la balance des paiements est divisée en plusieurs comptes qui permettent de dégager les principaux soldes.

On distingue ainsi trois grands comptes : 

  • Compte de transactions courantes :  il comprend les opérations du commerce international (exportations et importations) et les échanges de revenus primaires et secondaires. Grâce à ce compte, il est possible d’exprimer le solde commercial du pays (ou balance commerciale) en soustrayant les importations aux exportations. Cela permet de voir à quel point le pays est dépendant des autres pour acheter des biens ou si son économie est florissante et exportatrice. A titre d’exemple, en 2024, la France connaissait un déficit commercial de 60 milliards d’euros sur les biens. 
  • Le compte de capital qui reste assez marginal avec les transferts d’actifs sans contrepartie ou encore des cessions d’actifs. 
  • Le compte financier qui témoigne de toutes les opérations comme les investissements directs à l’étranger (IDE), les investissements de portefeuille ou celles concernant les avoirs de réserve. 

La balance des paiements est soumise à une comptabilité en partie double. Concrètement, cela signifie que l’équilibre comptable est assuré. Autrement dit, le haut de la balance (c’est-à-dire le compte des transactions courantes et le compte du capital) compense ou est compensé par le bas de la balance, soit le compte financier. 

Par exemple, si le haut de la balance est déficitaire, notamment en raison d’un déficit commercial important, le pays doit attirer des capitaux étrangers ou utiliser ses réserves de change pour financer ce déficit. Ainsi, les sorties de devises liées aux importations peuvent être compensées par des entrées de capitaux. 

 

Mais est-il réellement si facile d’interpréter les différents comptes de cette balance des paiements ? 

En réalité pas tellement…

Tout d’abord, de grands déficits (car c’est souvent dans ce sens que ça inquiète) sont forcément préoccupants au premier abord. Ils peuvent en effet être synonymes de pertes de parts de marché à l’instar de la France qui depuis les années 2000 a vu sa part dans les exportations mondiales être divisée par 2 concomitamment à des déficits commerciaux croissants. Cela peut témoigner d’une désindustrialisation, d’un coût de la main d’œuvre trop important et donc d’une compétitivité-prix menacée, d’un risque de dépendance industrielle et financière notamment en contractant de la dette envers le reste du monde. En clair, le déficit du compte des transactions courantes est un indicateur clair d’une économie en souffrance. 

 

Lire plus : https://misterprepa.net/deficits-commerciaux-desindustrialisation-demande/

 

Pourtant, ce niveau de lecture reste superficiel car il oublie d’autres dimensions qui permettent de relativiser l’inquiétude liée à des déficits. C’est en cela que la lecture de la balance des paiements est ambiguë. 

En effet, si un déficit des transactions courantes peut être alarmant à court-terme, il ne l’est sûrement pas à long-terme. 

Dès lors, certaines causes temporaires peuvent causer cette situation. Premièrement, une tension passagère sur un marché qui renchérit temporairement le coût d’une consommation intermédiaire aggraverait ce déficit mais de manière temporaire. L’économie n’est pas structurellement en déficit. 

 

Deuxièmement, une dépréciation conjoncturelle du taux de change peut rendre les importations de plus en plus chères ce qui, de manière artificielle, vient aggraver le déficit à niveau d’exportations stable. Là encore, il s’agit d’une cause extérieure et temporaire, ce qui limite une inquiétude naissante. 

 

Enfin, même si le déficit s’installe dans le temps, il n’est pas forcément néfaste s’il prépare des excédents futurs. Autrement dit, si des importations sont réalisées afin d’opérer des investissements qui plus tard permettront de dégager des excédents, alors il n’est pas grave en soit de passer par une phase plus ou moins longue de déficit. C’est exactement la stratégie en vol d’oies sauvages d’Akamatsu et que la Corée du Sud a parfaitement illustré. L’économie passe par une première phase durant laquelle elle importe massivement, s’imprègne des technologies et des procédés afin de pouvoir les produire elle-même et s’émanciper progressivement de cette dépendance. Ici, le déficit des transactions courantes a une perspective d’évolution et d’avenir et ne peut être catégorisé (du moins complètement) comme inquiétant 

 

En conclusion, 

Il est donc très dur de lire un tel indicateur car chaque chiffre ou chaque compte s’inscrit dans un contexte ou une dynamique. Ainsi, et cela doit être le cas également dans une copie, il faut toujours chercher les hypothèses et les liens à faire avec d’autres secteurs. Par exemple, le couple financier/ industriel ne saurait être séparé. 

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Julie Boedec