Acemoglu, économiste turco-américain, est l’une des figures majeures de la recherche économique contemporaine. Sa théorie sur les liens entre institutions et développement économique a profondément influencé la manière dont nous comprenons la croissance économique, les inégalités et la stabilité politique à travers le monde. Dans son livre phare, Pourquoi les nations échouent, écrit avec James A. Robinson, Acemoglu explore l’idée que les différences de développement économique entre les nations ne sont pas seulement dues à des facteurs géographiques ou culturels, mais surtout aux institutions qui y sont en place.
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Les institutions, des facteurs clés du développement économique
Pour commencer, l’une des grandes contributions d’Acemoglu à la science économique a été de mettre l’accent sur l’importance des institutions dans le développement économique. C’est la première idée que nous allons développer ici. Qu’entend-il par « institutions » ? Dans son approche, les institutions se réfèrent aux règles du jeu de la société : les lois, les politiques publiques, les systèmes judiciaires, les droits de propriété, et plus encore. Pour Acemoglu, ces institutions ne sont pas neutres. Elles sont déterminantes pour les choix économiques d’une société et, par conséquent, pour son développement à long terme.
Les institutions « inclusives » sont celles qui favorisent la participation de la population à l’économie, garantissent les droits de propriété, assurent l’accès à une éducation de qualité et promeuvent une économie de marché libre. Par opposition, les institutions « extractives » sont celles qui permettent à une élite de concentrer le pouvoir économique et politique au détriment de la majorité de la population.
⇒ Selon Acemoglu, les sociétés ayant des institutions inclusives connaissent un développement économique soutenu, tandis que celles ayant des institutions extractives sont souvent condamnées à la stagnation ou à des crises récurrentes.
L’impact des institutions sur la croissance économique
Dans sa théorie, Acemoglu remet en question les explications traditionnelles du développement économique qui mettent en avant des facteurs géographiques (le climat, les ressources naturelles, la position géographique) ou culturels (les valeurs et croyances d’une société). Selon lui, ces éléments ne suffisent pas à expliquer les divergences de développement entre les pays.
Acemoglu prend notamment l’exemple de l’Amérique. Il montre que c’est la divergence institutionnelle qui explique, selon Acemoglu, pourquoi l’Amérique du Nord a connu une croissance rapide et soutenue, alors que l’Amérique du Sud a été marquée par des inégalités économiques profondes et des périodes de stagnation.
⇒ Le développement économique n’est donc pas une question de géographie ou de culture, mais de la structure des institutions mises en place.
Institutions inclusives VS extractives
Le cœur de la thèse d’Acemoglu repose sur la distinction entre institutions inclusives et extractives que nous venons d’exposer.
Les premières sont caractérisées par des droits de propriété clairement définis, un accès équitable aux opportunités économiques, une participation démocratique, et une justice indépendante. Dans ces sociétés, les individus ont des incitations à investir dans le capital humain et physique, à innover, et à participer pleinement à l’économie, ce qui mène à la croissance et au développement.
Les institutions extractives, à l’inverse, servent les intérêts d’une élite restreinte, qui contrôle la richesse et le pouvoir. Elles empêchent les autres membres de la société de participer pleinement à la vie économique et sociale. Ce type d’institution ne crée pas les conditions nécessaires à l’innovation ou à la croissance durable, car la majorité de la population est privée d’opportunités.
Comment changer les institutions ?
Si les institutions sont un facteur déterminant du développement économique, la question se pose alors : comment les changer lorsque celles-ci sont extractives ? Acemoglu met en avant l’idée que des changements institutionnels peuvent être réalisés. Les réformes doivent être menées pour renforcer les institutions inclusives.
Les solutions pour un pays peuvent inclure des réformes politiques, telles que la démocratisation ou la décentralisation du pouvoir. Cependant, ces réformes doivent souvent être portées par une coalition large et forte de la société, y compris des acteurs économiques, sociaux et politiques. Ce processus est souvent semé d’embûches, car ceux qui bénéficient des institutions extractives auront tendance à résister à tout changement susceptible de réduire leur pouvoir.
Un exemple est celui de la Corée du Sud après la guerre de Corée. Après des décennies de dictature et de régimes militaires, la Corée du Sud a réussi à instaurer des institutions inclusives.
Le rôle des élites et des crises
Acemoglu souligne aussi l’importance des crises dans le changement des institutions. Les périodes de crise économique, politique ou sociale peuvent parfois ouvrir une des « opportunités » pour des réformes institutionnelles. Cependant, ces réformes sont souvent le fruit de la lutte entre les élites, qui peuvent se voir priver de pouvoir par ces transformations. Donc, la lutte entre les groupes sociaux et économiques peut être un facteur déterminant du changement institutionnel.










