Nos rédacteurs vous proposent l’analyse du sujet de culture générale HEC / emlyon 2026.
Dans cette épreuve de dissertation, les candidats doivent comprendre précisément le sujet, formuler une problématique claire et pertinente, puis développer une réflexion structurée en mobilisant des références en lien avec le thème. Une rédaction rigoureuse et maîtrisée fait souvent la différence.
Pour progresser, rien de plus efficace que de vous entraîner sur le sujet, puis de confronter votre idée à notre analyse.
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L’analyse du sujet de culture générale HEC / emlyon 2026
Commençons par rappeler que cette analyse n’est pas un corrigé exhaustif du sujet, mais simplement des propositions de pistes qu’on aurait pu exploiter lors de l’épreuve.
Ce sujet laisse de prime abord une impression d’inachevé, comme s’il devait être suivi par quelque chose. On pourrait dire “A trop juger, on n’agit pas” par exemple. La question qui se pose par conséquent est la suivante : si l’on tient à ne pas trop juger, que fait-on à la place ?
Avant tout, rappelons la signification du thème de l’année, juger. Juger désigne le fait d’attribuer un prédicat un sujet – ce terme s’emploie dans les domaines esthétique, moral, judiciaire, logique, social. Une polysémie qui est pertinente dans l’analyse du sujet.
Le terme “trop” renvoie à un excès : le sujet ne condamne pas le jugement en soi, mais interroge ce qui arrive quand on juge trop. Il y aurait donc une juste mesure du jugement qu’il conviendrait de ne pas dépasser.
Une première piste est donc de formuler un étonnement du sujet. Si l’on considère que l’on juge trop, comme un excès ou un surplus, que fait-on ? Le doute hyperbolique de Descartes peut être considéré comme une première réponse à un enchaînement de jugement approximatifs, erronés : trop juger, c’est alors formuler des propositions sur le monde qui nous entoure en permanence, alors même que nos sens peuvent nous tromper. Cependant, la prise de conscience de cet excès de jugement ne mène-t-il pas à une impasse ? La vie ne suppose-t-elle pas un jugement permanent ? Le jugement est par nature quelque chose qui tend à être excessif, à se dépasser sans cesse et penser l’acte même de juger, c’est penser une faculté qui tend à s’appliquer à tout, tout le temps, à tout les objets, d’où ce caractère excessif.
Après avoir questionné la possibilité (y a-t-il un sens à dire qu’on juge trop ?), une seconde piste aurait pu être de se demander s’il convient vraiment de se poser une telle limite. En effet, le jugement se travaille avec l’expérience : celui qui juge quelque chose pour la première fois n’a pas la même légitimité qu’un autre qui en a l’habitude. Prenons l’exemple du jugement esthétique : c’est avec la répétition, l’habitude et la comparaison avec des expériences passées qu’on peut plus ou moins apprécier une oeuvre d’art. David Hume, dans De la norme du goût, rapporte une anecdote tirée du Don Quichotte de Cervantes : deux hommes sont invités à goûter un vin d’une barrique et à donner leur avis. Le premier dit que le vin est bon, mais qu’il détecte un léger goût de cuir. Le second convient que le vin est bon, mais perçoit quant à lui un léger goût de fer. Les autres convives se moquent de leur finesse prétentieuse. Mais quand la barrique est vidée, on trouve au fond une vieille clé attachée à un lacet de cuir. Multiplier les jugements, c’est par conséquent se perfectionner dans le jugement, dans l’appréciation des choses. Le jugement est lié à une expertise : plus on juge, mieux on juge, et donc qu’il y a quelque chose de positif et non d’excessif à ce caractère hyperbolique du jugement. A trop juger, on améliore nos jugements !
Plus encore, qui poserait une telle limite à partir de laquelle on ne devrait ou ne pourrait pas juger ? Qui décide de ma capacité, ou non, à continuer à juger ? Toute tentative extérieure de limiter le jugement d’autrui porte atteinte à son autonomie intellectuelle. Par conséquent, il faudrait se méfier de cette expression, “à trop juger”.
Pour autant, on entrevoit plus clairement une limite du jugement en s’intéressant à la sphère sociale : trop juger, c’est figer autrui, le réifier, sans le connaître. Juger devient alors pesant, blessant pour autrui : pourquoi pas ici évoquer Sartre, dans Les mots, lorsqu’il se confronte au regard indifférent des autres enfants qui le révèle à lui-même comme insignifiant. Le regard d’autrui nous objective, nous réduit à une chose, écrasant la richesse intérieure que nous nous attribuons. C’est la douleur de découvrir que l’image que l’on a de soi ne coïncide pas avec ce que l’on est aux yeux du monde.
Bon courage pour la suite des concours !









