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La défaite de la gauche en Bolivie après vingt ans au pouvoir

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Après deux décennies d’hégémonie politique, la gauche bolivienne incarnée par le Movimiento al Socialismo (MAS) a connu une défaite électorale qui marque un véritable tournant dans l’histoire politique du pays. Les élections du 17 août dernier ont abouti à un résultat inédit : pour la première fois depuis 2009, un second tour présidentiel est nécessaire. Cet événement met fin au cycle ouvert par l’ancien président Evo Morales, figure centrale de la vie politique bolivienne depuis le début des années 2000. Désormais, le sénateur Rodrigo Paz Pereira et l’ex-président Jorge “Tuto” Quiroga se disputeront la présidence lors du second tour prévu le 19 octobre prochain.

Dans cet article de Mister Prépa, nous revenons sur les causes de l’effondrement du MAS et sur le profil des candidats qui incarnent cette nouvelle ère politique. 

 

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Vingt ans de gouvernement du MAS

Lorsque Evo Morales accède au pouvoir en 2006, il devient le premier président indigène de Bolivie. Son élection marque une rupture avec les élites et donne naissance à un cycle politique fondé sur l’affirmation des droits sociaux, l’inclusion des populations autochtones et la redistribution des richesses issues des matières premières, en particulier le gaz naturel. Durant les années 2010, la Bolivie affiche une croissance économique remarquable, atteignant parfois les 5 % de PIB par an, portée par le boom des exportations. Le MAS s’impose alors, remportant les scrutins dès le premier tour avec plus de 50 % des suffrages.

Cependant, ce succès s’est progressivement transformé en fragilité. Les fractures internes sont apparues dès la crise de 2019, moment clé qui a entamé la légitimité du mouvement.

Cette année-là, Morales, après trois mandats consécutifs, décide de briguer un quatrième mandat malgré une forte contestation. Les résultats préliminaires laissent entrevoir un second tour contre Carlos Mesa, mais la suspension puis la reprise du décompte des voix suscite de graves soupçons de fraude. Finalement, Morales est déclaré vainqueur avec une avance de 10,56 %, juste assez pour éviter un second tour. L’opposition dénonce une manipulation, la rue s’embrase, et le président finit par quitter le pays. Cet épisode affaiblit durablement la légitimité du MAS.

La rivalité entre Morales et Arce 

Après le départ d’Evo Morales, c’est Luis Arce, son ancien ministre de l’Économie, qui prend le relais et remporte les élections de 2020. Soutenu par Morales, Arce incarne alors une continuité politique tout en promettant une certaine modernisation. Mais une fois au pouvoir, les tensions éclatent entre les deux figures.

La rivalité atteint son apogée en 2023 lorsque Morales et Arce envisagent tous deux de se présenter à l’élection présidentielle. Au lieu d’unir leurs forces, le MAS se divise : Morales se voit interdire de candidature par la justice, tandis qu’Arce, affaibli par une popularité en berne, se retire en mai 2025. Il choisit de soutenir Eduardo Castillo, un candidat sans charisme, qui peine à s’imposer faute de l’appui d’Evo Morales. Ce dernier appelle même ses partisans à voter blanc.

Par conséquent, le MAS s’effondre. Ses candidats ne dépassent pas les 8 % des voix, une chute vertigineuse pour un parti qui avait longtemps dominé la scène politique. Cet effondrement s’explique non seulement par les querelles internes, mais aussi par la situation économique catastrophique. La Bolivie traverse en effet sa pire crise depuis quarante ans : une inflation dépassant 25 %, une dévaluation accélérée du boliviano face au dollar, et un climat social tendu marqué par la perte de pouvoir d’achat des ménages.

 

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Le contexte économique 

Pour comprendre ce rejet, il est essentiel de replacer la crise actuelle dans la trajectoire économique récente du pays.  La dépendance excessive aux matières premières a fini par fragiliser le modèle. Lorsque les prix internationaux ont chuté, la Bolivie s’est retrouvée sans alternative économique solide. Aujourd’hui, la pénurie de devises étrangères provoque une crise de change aiguë, tandis que la dette publique s’alourdit. Cette dégradation économique mine la crédibilité du MAS, qui avait construit sa légitimité sur la prospérité.

Les deux candidats en lice 

Le vide laissé par le MAS a ouvert la voie à deux figures bien distinctes.

Rodrigo Paz Pereira, sénateur et fils de l’ancien président Jaime Paz Zamora, incarne une option centriste. Membre du parti démocrate-chrétien, il se présente comme une figure anti-système, mettant en avant son engagement contre la corruption et sa volonté de moderniser les institutions. Avec plus de 32 % des voix au premier tour, il s’impose comme le favori d’un électorat lassé par vingt ans de gouvernance de gauche.

Face à lui, Jorge “Tuto” Quiroga, 65 ans, représente une droite conservatrice plus traditionnelle. Ancien président de 2001 à 2002 après la démission de Hugo Banzer, il possède une longue expérience politique. Son discours se veut ferme contre le MAS, attirant une partie de l’électorat radical en quête de rupture, mais risquant d’effrayer les modérés.

Ainsi, le second tour s’annonce comme un duel entre une vision de renouvellement centriste et une affirmation conservatrice plus marquée.

Une nouvelle ère politique pour la Bolivie

La défaite du MAS ouvre une séquence politique inédite pour la Bolivie. Après vingt ans de gouvernance de gauche, le pays entre dans une période d’incertitude où les équilibres traditionnels sont remis en cause. Quoi qu’il arrive le 19 octobre, l’élection marquera une rupture définitive avec l’ère Morales et posera les bases d’une nouvelle trajectoire.

Une chose est sûre : le cycle ouvert en 2006 avec Evo Morales est bel et bien clos. La Bolivie s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire, sous le regard attentif de ses voisins latino-américains et de la communauté internationale.

 

 

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Piotr Sienicki