Aux États-Unis, l’inquiétude grandit face à l’idée que la première puissance mondiale puisse voir sa démocratie s’éroder. Un an après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, de nombreux signaux d’alarme sont évoqués par les observateurs politiques, les médias et une partie de la population. Parmi eux, les opérations menées par la police migratoire, l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), occupent une place centrale dans le débat public. Leur intensification, leur brutalité supposée et leur mise en scène alimentent la crainte d’une dérive autoritaire du pouvoir fédéral.
Depuis le début de l’année 2026, plusieurs interventions violentes de l’ICE, notamment dans l’État du Minnesota, ont choqué l’opinion publique. Ces opérations visaient officiellement à arrêter des migrants en situation irrégulière ou des personnes soupçonnées de l’être. Toutefois, elles ont conduit à la mort de deux citoyens américains blancs, Alex Pretti et Renée Nicole Good, un fait particulièrement marquant dans un électorat que Donald Trump est pourtant réputé vouloir séduire.
Une force de plus en plus violente
Les images d’arrestations musclées, parfois en présence d’enfants, ont suscité une vague d’indignation bien au-delà du Minnesota. De nombreux citoyens s’inquiètent de voir l’ICE, et parfois même l’armée, utilisées sur le territoire national dans des contextes qui dépassent la simple application de la loi migratoire. Certains craignent que ces agences fédérales ne soient progressivement mandatées pour cibler des profils précis : militants politiques, opposants idéologiques ou minorités raciales.
Le gouvernement de Donald Trump justifie en partie cette violence en affirmant que les démocrates prépareraient une forme de guerre civile. Cette rhétorique contribue à légitimer l’usage de la force et à polariser davantage une société déjà profondément divisée. Pourtant, l’histoire des États-Unis rappelle que la violence d’État à l’encontre des manifestants n’est pas nouvelle. Dans les années 1950 et 1960, durant le mouvement des droits civiques, de nombreux Afro-Américains luttant contre la ségrégation raciale furent victimes de violences policières systématiques. Ces précédents nourrissent aujourd’hui les comparaisons et renforcent la peur d’un retour en arrière.
Le rôle central du gouvernement Trump
Plusieurs figures incarnent cette nouvelle orientation sécuritaire, à l’image de Greg Bovino, qui a dirigé plusieurs missions de l’ICE, dont celle du Minnesota. Son apparence martiale et son langage agressif sont devenus emblématiques de l’ICE. Dès sa campagne, Donald Trump promettait un programme massif de déportation « dès le premier jour » de son retour au pouvoir.
Cette promesse s’est traduite par des moyens financiers et humains sans précédent. Le « Big Beautiful Bill », voté en juillet 2025, a considérablement augmenté le budget de l’ICE. Celui-ci est passé de moins de 10 millions de dollars à plus de 77 millions en 2026. Dans le même temps, les effectifs ont plus que doublé, passant d’environ 10 000 agents à plus de 22 000 en un an. Une partie de ces nouvelles recrues proviendrait de milieux d’extrême droite ou serait liée aux événements du 6 janvier 2021, des groupes souvent accusés de rejet des minorités raciales et des valeurs démocratiques.
La démocratie dans le viseur
Lors de son premier mandat, Donald Trump s’entourait encore de figures issues de la droite conservatrice traditionnelle. Des responsables comme John Bolton, chargé de la politique étrangère, étaient certes controversés, mais rarement soupçonnés de vouloir affaiblir la démocratie elle-même. Aujourd’hui, ces personnalités sont devenues des adversaires politiques de Trump, certains étant ouvertement menacés ou marginalisés.
De nombreux experts établissent désormais un parallèle entre la situation américaine et celle de certains régimes autoritaires d’Amérique latine. Le concept de « deep state » est régulièrement invoqué, pour remplacer progressivement, de l’intérieur, les acteurs des institutions démocratiques par des fidèles du régime, tout en conservant une façade institutionnelle intacte.
Vers une guerre civile ?
Les États-Unis ont déjà connu des périodes de divisions extrêmes. Dans les années 1960 et 1970, la radicalisation était forte des deux côtés de l’échiquier politique. À gauche, des groupes comme les Black Panthers ou les mouvements opposés à la guerre du Vietnam entretenaient des tensions quasi quotidiennes avec les forces de l’ordre. Malgré ce climat explosif, aucune guerre civile ne s’est déclenchée.
Aujourd’hui encore, les débats sur l’état de la démocratie américaine sont omniprésents. Si une escalade devait survenir, elle serait probablement une réaction directe au mouvement MAGA et aux politiques de l’administration Trump. Des États comme Washington, l’Oregon ou le Minnesota sont souvent cités comme les plus susceptibles de s’opposer frontalement au pouvoir fédéral. Face à l’indignation croissante, Donald Trump a récemment évoqué la possibilité de réduire l’intensité des opérations de l’ICE, sans toutefois remettre en cause leur principe.
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La résistance civile s’organise
Au Minnesota, où les agents de l’ICE seraient désormais trois fois plus nombreux que les policiers locaux, une forme de résistance civile a émergé. Les habitants s’organisent pour entraver les opérations fédérales : réseaux d’information entre voisins, veillées citoyennes, systèmes d’alerte et partage de renseignements visant à signaler l’arrivée de l’ICE dans les quartiers. Cette mobilisation illustre une société civile qui refuse de rester passive face à ce qu’elle perçoit comme une menace directe contre les libertés fondamentales



