Nos rédacteurs ont rédigé l’analyse du sujet 2 de géopolitique ECRICOME 2026. Celle-ci vous permet de mieux comprendre le sujet tombé cette année.
Vous y trouverez un décryptage complet des notions clés et des concepts essentiels de la matière.
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L’analyse du sujet 2 de géopolitique ECRICOME 2026
Sujet 2 : Du Tiers-monde au « Sud global » : une unité impossible ?
Analyse des documents
Document 1 : Graphique comparatif du PNB/habitant des pays du Tiers-Monde et des Pays développés entre 1750 et 1990
Grande différence de trajectoire entre les pays développés et les pays constituant le Tiers Monde en termes de croissance du PNB/habitant depuis 1750. Taux de croissance très faibles pour les pays du Tiers Monde jusqu’à 1950 puis décollage économique mais ils sont encore très loin des pays développés.
Document 2 : Evolution des différentes désignations des pays en développement dans les publications rassemblées par Google Books
Importance de la sémantique pour appeler ce regroupement de pays avec des termes plus appréciés que d’autres et dont l’utilisation a pu être durable.
Document 3 : Evolution de la part du PIB mondial des BRICS et du G7
Poids économique croissant des BRICS qui ont dépassé en proportion celui du G7 en 2019. Poids qui s’est accentué avec l’ajout de nouveaux pays dans ce regroupement.
Document 4 : Le poids mondial des BRICS et d’une partie des nouveaux membres du groupe (2024)
Part importante de la Chine et de l’Inde dans 3 des 4 catégories, sauf pour la production pétrolière où le poids de la Russie et des nouveaux entrants est important. La Chine et l’Inde par leur population ont une place prépondérante dans la répartion mondiale des richesses et des flux commerciaux.
Réponses aux questions
Comment expliquer la trajectoire économique du Tiers-monde par rapport aux pays dits développés, de 1913 au début des années 1990 ?
Le poids de l’histoire (1913-1950) : Jusqu’aux décolonisations, ces pays sont des économies dominées, intégrées au marché mondial comme fournisseurs de matières premières (périphéries) pour les métropoles (centre).
La “croissance appauvrissante” (1950-1980) : Malgré leur indépendance, ils subissent la détérioration des termes de l’échange (thèse de Prebisch-Singer). Ils produisent plus mais gagnent moins car le prix des matières premières baisse face aux produits manufacturés du Nord.
La divergence (années 80) : La trajectoire n’est plus uniforme. Les pays asiatiques adoptent la stratégie d’industrialisation par promotion des exportations (modèle d’Akamatsu en “vol d’oies sauvages”), ce qui leur permet de rattraper le Nord, alors que l’Afrique et l’Amérique latine subissent la “décennie perdue” à cause de la crise de la dette.
Quelles sont les causes de la désaffection de l’emploi du concept de « Tiers-monde » soulignée par le document 2 ?
L’éclatement économique : Le “Tiers-monde” est devenu trop hétérogène. On ne peut plus mettre dans la même catégorie un pays “émergeant” (Brésil, Corée du Sud), un pays exportateur de pétrole riche (Arabie Saoudite) et un PMA (Éthiopie).
L’échec du projet politique : Le mouvement des non-alignés s’est délité avec la fin de la Guerre froide. Sans “deux blocs” contre lesquels se définir, le terme “Tiers” perd son sens. Par la suite le terme “sous-développement” a eu un sens très péjoratif.
Comment les BRICS élargis pèsent-ils dans le monde et en quoi cela pourrait-il affaiblir la recherche d’unité d’un « Sud global » ?
Un poids économique massif : Les BRICS+ pèsent désormais plus que le G7 en PIB (PPA). Ils contrôlent des ressources vitales (pétrole avec l’Iran/EAU, minerais avec la Russie/Brésil) et sont le moteur de la croissance mondiale (Chine/Inde).
Un poids diplomatique : Ils proposent des alternatives aux institutions occidentales (Nouvelle Banque de Développement), ce qui attire de nombreux pays du Sud.
Mais un affaiblissement de l’unité : Cependant, cet élargissement crée des tensions internes :
- Inégalités de puissance : Le Sud global devient une zone d’influence chinoise, ce qui inquiète l’Inde ou le Brésil. On assiste à des puissances rivales qui se disputent le leadership régional.
- Intérêts contradictoires : Un pays pétrolier (Iran) n’a pas les mêmes intérêts climatiques ou économiques qu’un importateur (Éthiopie).
Proposition de plan de dissertation
Problématique : Comment le concept de “Sud global”, qui succède à celui de “Tiers-monde”, tente-t-il de masquer l’éclatement croissant d’un ensemble de pays dont les intérêts géopolitiques et les niveaux de développement sont désormais irréconciliables ?
I. Du Tiers-monde au Sud global : une quête permanente de solidarité face à l’Occident
1. L’héritage du Tiers-monde : une unité politique par défaut
Le Tiers-monde (Bandung, 1955) s’unissait sur le rejet du colonialisme et du choix entre les deux blocs de la Guerre froide. Ex : Le Mouvement des Non-Alignés.
Référence : Alfred Sauvy (1952), qui invente le terme “Tiers-monde” par analogie avec le Tiers-État, soulignant une volonté d’exister.
2. Le “Sud global” : un concept de contestation de l’ordre mondial actuel
Le Sud global ne se définit plus par la pauvreté mais par la volonté de réformer les institutions de Bretton Woods (FMI, Banque Mondiale). Contestation de l’ordre mondial : la demande des BRICS pour une dédollarisation des échanges. On assiste à de plus en plus d’échanges en Renminbi par exemple.
Référence : Vijay Prashad, The Poorer Nations. Il explique comment le Sud global est une “force de négociation” face au Nord.
3. L’institutionnalisation : les BRICS comme fer de lance
Passer d’un slogan à une réalité économique (Document 3). La création de la Nouvelle Banque de Développement (NDB) pour concurrencer la Banque Mondiale.
Référence : L’Empire du Milieu fait son retour. Montre comment la Chine structure le Sud autour de ses “Routes de la Soie” (BRI).
II. L’impossible unité : un éclatement irrémédiable des trajectoires de développement
1. Le fossé des richesses : Émergents, Rentrées et PMA
Le Sud est aujourd’hui trop fragmenté pour parler d’une seule voix économique. Le contraste entre le PIB des Émirats et la situation de famine en Éthiopie. Concept des PMA (1971) souligne que cette catégorie prouve que le développement n’est pas linéaire pour tous.
2. Rivalités géopolitiques internes : le Sud contre le Sud
Les membres du Sud global ont des agendas régionaux contradictoires. Les tensions frontalières dans l’Himalaya entre l’Inde et la Chine, ou la rivalité Iran/Arabie Saoudite (tous membres ou candidats aux BRICS+).
Référence : Christophe Jaffrelot, L’Inde de Modi. Il montre comment l’Inde joue sur plusieurs tableaux (multi-alignement), refusant de devenir un simple satellite de la Chine.
3. La fin de la “Convergence” ?
Le ralentissement chinois et les crises de la dette dans les pays du Sud (Sri Lanka, Égypte) brisent l’image d’une ascension irrésistible. La “trappe à dette” générée par les investissements chinois en Afrique.
Référence : David Bénazéraf, Les Chinois, faiseurs de villes africaines
III. Vers une multipolarité sans unité : le Sud comme levier d’influence
1. Le “Sud” comme outil de communication diplomatique
L’unité est “impossible” économiquement, mais “utile” diplomatiquement pour faire pression sur le Nord. Le vote à l’ONU sur la guerre en Ukraine, où de nombreux pays du Sud ont refusé de condamner la Russie, non par soutien, mais pour marquer leur indépendance.
Référence : Sylvie Brunel, L’Afrique est-elle bien partie ? Elle montre que l’unité africaine est un mythe mais que le continent sait jouer de la concurrence entre les grandes puissances.
2. La “Chine-Afrique” et l’Indopacifique : de nouvelles hiérarchies
Le Sud global n’est pas un bloc égalitaire, c’est une zone de recomposition d’un nouvel impérialisme (chinois). Le sommet Chine-Afrique (FOCAC) où Pékin dicte les orientations économiques du continent.
Référence : Jean-Pierre Cabestan, Demain la Chine : guerre ou paix ? Il analyse comment la Chine utilise le Sud pour s’assurer un vote massif dans les instances internationales.
3. Le défi climatique : le dernier ciment du Sud ?
La justice climatique est le seul sujet où le Sud reste uni. La réclamation de “pertes et dommages” lors des COP, où l’Inde et les pays africains s’unissent pour demander des comptes au Nord “historiquement pollueur”.
Référence : Bigger Than Us (Flore Vasseur). Documentaire sur la jeunesse militante dans les pays du Sud qui dénonce l’injustice climatique globale.






