Le protectionnisme est-il pertinent ?

Face aux pénuries et aux mouvements inflationnistes actuels, le protectionnisme est-il pertinent ? Est-ce le courant économique de demain ? Voyons cela ensemble !

Tout d’abord, les politiques commerciales déterminent le cadre d’intervention des pouvoirs publics sur les échanges extérieurs. Ces politiques sont orientées soit vers le libre-échange, soit vers le protectionnisme.

 

Libre-échange et multilatéralisme : l’organisation des relations économiques internationales

Le multilatéralisme est le fait de faire face, à plusieurs et de façon concertée, à des enjeux qui concernent de nombreux acteurs. (source : diplomatie.gouv.fr)

Le libre-échange, dans les relations économiques internationales, a été promu sous deux formes :

Le multilatéralisme

Le régionalisme (ou intégration régionale)

Il correspond à l’idée que la communauté internationale s’entend afin de définir des règles communes en matière d’échange international.

Il a pour but de promouvoir le bien-être du monde entier, il n’est pas spontané, c’est pour cela qu’il nécessite une instance dédiée (qui fut de 1947 à 1995 le GATT, remplacé depuis par l’OMC). Le GATT n’était qu’un accord, l’OMC est une organisation plus « forte » disposant de sa propre juridiction.

Considérée comme une alternative au multilatéralisme, c’est la création d’union économique entre pays désireux de supprimer des barrières commerciales entre eux. Balassa distingue cinq niveaux présentant des degrés croissants d’intégration régionale. Les zones de libre-échange, comme la Zlecaf par exemple,  l’union douanière (Mercosur par exemple ), le marché commun (Union euro de 1957), l’union économique, et enfin l’intégration économique totale (UE).

 

L’intégration régionale

Les travaux de Balassa ont montré que cinq niveaux d’intégration régionale existaient (dans l’ordre croissant).

  1. La zone de libre-échange (Zlecaf) : Les droits de douane et les restrictions commerciales sont abolies entre les pays signataires (44 pays sont prêts, 34 pays ont réellement ratifié l’accord).
  2. L’union douanière: Zone de libre-échange où les membres décident d’adopter une politique commerciale vis-à-vis du reste du monde. Ex : Mercosur en Amérique Latine.
  3. Le marché commun: C’est une union douanière couplée d’une libre circulation des facteurs de production. Ex : l’Europe du traité de Rome de 1957.
  4. L’union économique : C’est l’adoption d’objectifs économiques communs, cela passe par une harmonisation des politiques économiques dans la zone.
  5. L’intégration économique: Structure « supranationale » qui nécessite une harmonisation économique, monétaire, sociale, fiscale et conjoncturelle, dont l’application est faite par chaque pays membre (c’est l’objectif de l’UE).

Lire plus : Comprendre la Zlecaf [Vidéo]

 

Les raisons qui justifie l’intégration régionale

La théorie de Viner

Selon Viner, la création d’une union douanière a deux conséquences contradictoires sur la circulation des marchandises :

  • La création de trafic : augmentation des échanges entre pays de la zone en raison de l’abolition des barrières douanières
  • Le détournement de trafic : au contraire, diminution des échanges entre les nations membres de l’union régionale et des pays non-membres de la zone en raison de l’intégration économique.

La théorie des effets de taille

L’intégration régionale possède des avantages, comme :

  • La présence d’économies d’échelle : l’intégration accroit l’échelle de production des entreprises présentes sur le marché, génère un mouvement de concentration des firmes et une baisse des coûts.
  • La différenciation des produits : l’intégration économique augmente la diversité des produits proposés dans une même famille de produits. Cela augmente la satisfaction du consommateur.

La théorie des effets gravitationnels

Dans ce modèle (de Frankel et Wei), le commerce entre deux pays est influencé positivement par :

  • L’effet d’attraction (il s’agit du produit des deux PIB nationaux)
  • L’effet de convergence, (mesuré par le produit des PIB par tête)
  • La présence d’une frontière commune (facilite les échanges)
  • L‘effet gravitationnel : deux grands pays ont davantage de chances de s’attirer que deux petits pays. Lorsque ces deux grands pays sont voisins, l’effet est plus important encore. A l’inverse, le commerce entre deux pays peut s’influencer négativement par la distance (quand la distance double, les échanges diminuent de 55 %)

 

Le protectionnisme

Le protectionnisme, c’est l’instauration d’entraves à l’échange et/ou de pratiques de concurrence déloyale. L’objectif est de protéger les entreprises locales face à la concurrence internationale afin de protéger à la fois emplois et balance commerciale. On distingue :

  • Les barrières tarifaires (ou protectionnisme tarifaire) : consiste à augmenter le prix des produits étrangers (en augmentant les droits de douanes) tout en baissant celui des produits nationaux (en subventionnant).
  • Les barrières non tarifaires (ou protectionnisme non tarifaire) : consiste à fixer des quantités maximales de biens à importer ou des barrières réglementaires (normes techniques, sanitaires, labels, etc.)
  • Le protectionnisme déguisé : consiste à manipuler les taux de change, le pays dévalue sa monnaie afin de rendre ses produits moins chers à l’export et les produits étrangers plus chers à l’import. Les barrières tarifaires étant fortement réglementées par l’OMC, les pays ont de plus en plus recours aux manipulations de change.

 

En quoi le protectionnisme est-il pertinent ?

Les justifications d’un certain degré de protectionnisme :

  • Le libre-échange favorise les crises du fait des interdépendances croissantes entre les pays (exemple : inflation énergie / blé / pates).
  • Le libre-échange réduit l’efficacité des politiques de relance car elles pourraient bénéficier aux entreprises étrangères. De manière plus générale, il réduit l’autonomie des politiques économiques.

Les justifications d’un protectionnisme transitoire :

  • L’économiste List a mis en avant l’intérêt que peut avoir un pays à protéger temporairement ses industries naissantes, afin de préserver les jeunes entreprises / secteurs qui n’auraient aucune chance de survie à l’international. Ce protectionnisme éducateur se justifie lorsqu’il est nécessaire d’atteindre une taille critique afin de pouvoir faire face à la concurrence.
  • Le protectionnisme peut également être pertinent pour protéger temporairement les industries vieillissantes, afin de redynamiser les secteurs en déclin et de gagner en compétitivité. Quid du sauvetage des entreprises zombies ?

Lire plus : Cap sur les entreprises zombies

 

Conclusion

Finalement, nous voyons après analyse que ces deux politiques économiques, aussi différentes soient-elles, possèdent leurs propres avantages et inconvénients.

Néanmoins, dans un contexte de crises en cascade et d’interdépendance élevé (énergie, blé..) nous pouvons nous interroger sur l’intérêt non négligeable qu’aurait l’instauration d’un degré minimal de souveraineté au sein de nos économies.

Lire plus : Le protectionnisme chinois

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