Aujourd’hui, on va étudier l’une des périodes centrales pour comprendre l’histoire contemporaine italienne (et également pour nourrir vos copies et vos khôlles) : les origines du fascisme en Italie, dès la sortie de la Première Guerre mondiale (1918) jusqu’au basculement dans la Seconde Guerre mondiale.
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I) Le contexte au lendemain de la Première Guerre mondiale
Tout part du climat européen au lendemain de la Première Guerre mondiale : elle installe une culture politique où la violence n’est plus impensable, et peut se transférer dans la vie publique. En Italie, ce phénomène se combine à une frustration nationale immense : le pays, ayant combattu du côté de la Triple-Entente (la Triplice Intesa), estime que les traités n’ont pas tenu leurs promesses.
En effet, le Pacte de Londres ( il Patto di Londra) de 1915 promettait à l’Italie notamment le Trentin, Trieste, l’Istrie et une partie de la Dalmatie (il Trentino, l’Istria e la Dalmazia), en échange de son entrée en guerre. C’est là que naît le mythe de la vittoria mutilata (“victoire mutilée”), qui va alimenter tout le discours nationaliste de l’après-guerre, en présentant une Italie sacrifiée à des élites libérales jugées faibles ou incapables de défendre l’intérêt national, notamment parce que le Pacte de Londres ne fut pas pleinement respecté : il manquait à l’Italie les terre irredente.
Cette déception nationale s’accompagne d’une crise sociale : la reconversion de l’économie de guerre se fait mal, le chômage monte, et les tensions explosent dans les villes et les campagnes, avec grèves et occupations d’industries. C’est le Biennio rosso (1919-1920), perçu par une partie des classes dirigeantes et industrielles comme un risque d’influence révolutionnaire venant de la Russie bolchevique. À partir de là, face à la peur d’une révolution, l’idée d’un “homme fort” (l’uomo forte) et d’une prise en main autoritaire devient, notamment pour les industriels, non seulement acceptable, mais souhaitable pour apaiser les tensions sociales du pays.
II) La naissance du fascisme
Le début de la violence organisée des squadristi
C’est précisément dans ce contexte que Benito Mussolini fait son entrée sur la scène politique du pays. Au départ issu du Partito Socialista Italiano, le 23 mars 1919, il fonde à Milan i Fasci di combattimento, mouvement minoritaire au départ, mais capable de se rendre visible parce qu’il réunit trois caractéristiques fondamentales à la fois : le nationalisme, l’anti-parlementarisme et l’anticommunisme.
Très vite, le fascisme se distingue par une méthode fondée sur la violence organisée. Le camicie nere (“chemises noires”) et le squadre d’azione attaquent des locaux syndicaux, des journaux de gauche, ainsi que des responsables socialistes ou démocrates. L’objectif est simple : faire craindre l’adversaire politique et installer l’idée que, dans les rues, le fascisme fait la loi. Les industriels et les grands propriétaires toléraient le fascisme non parce qu’ils adhéraient aux idées politiques du parti stricto sensu, mais parce qu’ils voyaient en Mussolini l’uomo forte qui aurait permis de dépasser les troubles sociaux du Biennio rosso, en brisant tout type de grèves et d’occupations : en d’autres termes, le rétablissement de l’ordre social, idéal pour mener paisiblement l’activité économique. Il faut ajouter à cela également le retrait de l’État, qui était de moins en moins regardant quant à ces agissements.
La conquête du pouvoir politique
En 1921 naît le Partito Nazionale Fascista (PNF), une étape importante parce qu’elle donne au mouvement une façade plus institutionnelle et politique. Mais la conquête du pouvoir ne se fait pas par une victoire électorale classique, mais par une démonstration de force. En effet, lors de la Marcia su Roma (“marche sur Rome”), en fin octobre 1922, des milliers de camicie nere se dirigent vers la capitale. La décision du roi Vittorio Emanuele III est de ne pas faire intervenir l’armée et d’appeler Mussolini pour former un gouvernement et en devenir le chef (il Capo del Governo).
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’ensuite, le fascisme ne prend pas le pouvoir uniquement contre l’État : il le prend aussi par l’État, grâce non seulement à la pression dans les rues, mais aussi par des voies institutionnelles. En effet, une fois devenu chef du gouvernement, Mussolini fait adopter la Legge Acerbo (1923), qui permet à la liste arrivée en tête d’obtenir une large prime de sièges, assurant ainsi une majorité parlementaire.
L’affaire Matteotti (1924) révèle publiquement la violence politique du fascisme : après la dénonciation des violences et des irrégularités, l’assassinat du député socialiste Giacomo Matteotti provoque une vive commotion dans le pays, mais qui ne débouche pas sur une remise en cause du régime politique. Le 3 janvier 1925, Benito Mussolini prononce un discours devant le Parlement dans lequel il assume la responsabilité de l’assassinat : c’est ainsi que la violence du régime sera publiquement assumée.
III) La mise en place du régime totalitaire
Le contrôle de la société
À partir de là s’ouvre la voie vers le totalitarisme. Avec le leggi fascistissime (1925-1926), il partito fascista devient parti unique, il y a la dissolution et la répression des oppositions par la police politique (l’OVRA), ainsi que la censure et le contrôle des médias.
La logique est de neutraliser toute opposition politique et de contrôler la société à tous les niveaux, y compris localement avec le podestà (responsable municipal nommé). La dictature passe également par la recherche du consensus, d’où la propagande. Le régime encadre l’école, la radio, le cinéma, et s’appuie sur de nouvelles institutions ayant un impact sur toute la société : l’Opera Nazionale Dopolavoro (loisirs), l’Opera Nazionale Balilla (jeunesse), puis le MINCULPOP (ministère de la Culture populaire). Le slogan Credere, obbedire, combattere (“croire, obéir, combattre”) résume ce nouveau régime voulu par il Duce (Mussolini).
La propagande
Cette volonté de transformation de la vie sociale va jusqu’à fabriquer une figure : l’uomo nuovo (“l’homme nouveau”), viril, athlétique et héritier de la grandeur romaine. Le Foro Italico (inauguré en 1932 sous le nom Foro Mussolini) exalte la puissance du corps, forme la jeunesse et met en scène une Italie forte. De même, l’EUR et le Palazzo della Civiltà Italiana participent à la glorification du régime, en faisant de l’espace urbain un décor politique.
Il y a également le développement de la cinématographie de propagande par l’Istituto LUCE. Dans ce sens, Mussolini disait : “La cinematografia è l’arma più forte” (“la cinématographie est l’arme la plus forte”).
Enfin, le fascisme revendique également la grandeur antérieure de l’empire romain. À partir de 1935-1936, l’expansion territoriale, notamment en Éthiopie, nourrit le récit d’une Italie conquérante et romaine, en nourrissant le mythe de la reconstruction du Mare Nostrum romain.
Conclusion
C’est dans ce contexte et sous ce régime que l’Italie fasciste se rangera aux côtés de l’Allemagne et du Japon lors de la Seconde Guerre mondiale : le rapprochement avec Hitler devient une alliance (il Patto d’acciaio, 1939) et, dans la logique impériale du Mare Nostrum, l’Italie est engagée dans la guerre, pour une deuxième fois, le 10 juin 1940.
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