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Pérou et la chute de Dina Boluarte

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PEROU POLITIQUE HISTOIRE

En octobre 2025, le Pérou tourne une nouvelle page de son histoire politique déjà mouvementée. Lors d’une session nocturne au Congrès, les parlementaires ont voté la « moción de vacancia », c’est-à-dire la destitution de la présidente Dina Boluarte, pour « incapacité morale permanente ». Une large majorité de députés y compris ceux issus du fujimorisme, qui l’avaient jusque-là soutenue  a approuvé la motion, mettant fin à un mandat marqué par les scandales, la violence et la défiance populaire.

À la suite de ce vote, le président du Congrès, José Jeri, a prêté serment dans la nuit même, devenant ainsi le nouveau chef de l’État péruvien, le troisième à occuper cette fonction depuis le début du quinquennat. Ce dernier avait débuté en 2021 avec Pedro Castillo, démis et emprisonné en 2022 pour tentative de coup d’État, avant d’être remplacé par sa vice-présidente Dina Boluarte, elle-même désormais destituée.

Cette succession de présidents illustre une instabilité institutionnelle chronique : depuis 2016, le Pérou a connu sept chefs d’État, renversés ou démissionnaires sous la pression du Congrès et de la rue. Le pays semble piégé dans un cycle de crises politiques sans fin. Mais que s’est-il passé pour que Dina Boluarte perde, à son tour, la confiance des députés et du peuple ?
Dans cet article de Mister Prépa, on te le explique concrètement.

 

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Une motion de destitution aux multiples visages

L’initiative de destituer Dina Boluarte est venue du parti Renovación Popular, dirigé par le maire de Lima, le conservateur Rafael López Aliaga. Ce dernier, longtemps allié de la présidente, a décidé de rompre avec elle après une série de scandales et de tensions croissantes au sein du gouvernement.

À partir de cette initiative, plusieurs partis politiques ont présenté quatre motions distinctes de destitution, chacune attaquant un aspect différent de la présidence Boluarte. La première concernait des accusations de corruption, la deuxième dénonçait la crise de l’insécurité publique, la troisième reprochait à la présidente son inaction face à la criminalité, et la quatrième évoquait l’abandon de fonctions et un manque de transparence dans la gestion des affaires de l’État.

Tout au long de la journée, le Congrès a débattu de ces propositions, dans une ambiance tendue et sous haute surveillance. À 23h30, Dina Boluarte avait été convoquée pour se défendre devant les députés. Elle a toutefois refusé de comparaître, estimant que la procédure était « inconstitutionnelle » et motivée par des intérêts partisans. Ce refus a joué contre elle : dans la foulée, le Congrès a voté les quatre motions de vacancia, mettant fin à son mandat.

En vertu de la succession constitutionnelle, José Jeri, président du Congrès, a aussitôt assumé la présidence de la République. Il dirigera le pays jusqu’à la tenue de nouvelles élections générales, dont la date n’a pas encore été fixée. Cette transition politique rapide n’a toutefois pas suffi à apaiser la colère des Péruviens, lassés d’une classe politique jugée corrompue et déconnectée.

 

Une présidence fragilisée par l’insécurité et la violence

La destitution de Dina Boluarte s’inscrit dans un contexte de crise sécuritaire sans précédent. Depuis plusieurs mois, le pays est plongé dans une spirale de violence, alimentée par la montée en puissance des gangs et du crime organisé.

Au mois d’octobre, une série de fusillades attribuées au groupe criminel “Agua Marina”, particulièrement influent dans certaines régions, a choqué la population. Ces attaques ont été perçues comme le symbole du chaos qui règne dans les rues péruviennes. Les statistiques officielles confirment cette dégradation alarmante : plus de 160 homicides ont été recensés au premier semestre 2025, un chiffre déjà supérieur à celui de toute l’année précédente.

Les transporteurs, les commerçants et les entreprises sont devenus les cibles régulières des extorsions, tandis que la population se plaint de l’inefficacité des forces de l’ordre. En réponse à cette flambée de violence, le gouvernement Boluarte avait décrété l’état d’urgence dans plusieurs provinces et déployé l’armée dans les zones les plus sensibles. Mais ces mesures n’ont pas permis de restaurer la sécurité : au contraire, elles ont accentué le sentiment d’abandon et d’injustice parmi les citoyens.

La crise s’est aggravée lorsque des syndicats du transport ont lancé une grève nationale pour dénoncer le manque de protection et les attaques répétées contre leurs membres. Face à ces mobilisations, l’exécutif est resté impuissant, donnant l’image d’un pouvoir dépassé. C’est dans ce climat explosif que les motions de destitution ont pris de l’ampleur.

 

Le poids des scandales : corruption, mensonges et affaires de famille

À cette instabilité sécuritaire se sont ajoutées des accusations de corruption et de mauvaise conduite qui ont considérablement affaibli la présidente. Dina Boluarte a été au cœur de plusieurs enquêtes judiciaires, dont certaines très médiatisées.

Le plus célèbre de ces scandales est sans doute le “Rolexgate”, dans lequel elle est accusée d’avoir reçu des montres et des bijoux de luxe en échange de faveurs politiques. Son domicile a été perquisitionné et elle a dû comparaître à plusieurs reprises devant le parquet. Les relations entre la présidente et le ministère public se sont rapidement détériorées, chacun accusant l’autre de manipulation et de déstabilisation.

Un autre dossier, révélé en décembre 2024, a porté un coup sévère à son image : selon la presse, Dina Boluarte aurait quitté ses fonctions sans en informer le Congrès pour subir une opération de chirurgie esthétique, une absence considérée par certains juristes comme un abandon de poste.

Enfin, les soupçons se sont étendus à son entourage familial : son frère, recherché par la justice pour trafic d’influence, est devenu un symbole du népotisme et du favoritisme reprochés à la présidente. Dina Boluarte a toujours nié toute implication dans ces affaires, mais la multiplication des scandales a fini par éroder sa légitimité.

 

Une présidente isolée et sans appui politique

Si Dina Boluarte a réussi à se maintenir au pouvoir après la chute de Pedro Castillo en 2022, c’est avant tout grâce à l’appui des partis conservateurs et à un fragile compromis entre la droite et une partie de la gauche modérée. Mais au fil du temps, ces soutiens se sont effrités.

Les conservateurs, menés par Rafael López Aliaga, ont fini par la lâcher, estimant qu’elle n’était plus capable de gouverner efficacement ni de restaurer l’ordre public. À gauche, les anciens alliés de Pedro Castillo n’ont jamais pardonné à Boluarte son rapprochement avec les élites économiques et militaires.

Privée de relais politiques, fragilisée par des scandales à répétition et confrontée à une opinion publique hostile, Dina Boluarte a fini par céder sous la pression du Congrès. Sa chute marque une nouvelle étape dans la crise politique péruvienne, mais elle ne résout en rien les problèmes structurels d’un pays où le mal-être social et la méfiance envers les institutions continuent d’alimenter les manifestations, notamment parmi les étudiants et les jeunes travailleurs

 

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Piotr Sienicki