Le dimanche 14 décembre, le Chili a vécu un second tour présidentiel marqué par un affrontement idéologique inédit entre la communiste Jeannette Jara et l’ultra-conservateur José Antonio Kast. Cette élection, suivie de près tant au niveau national qu’international, a mis en lumière les profondes fractures politiques, sociales et mémorielles qui traversent encore le pays plus de trente ans après la fin de la dictature militaire.
Lors du premier tour, Jeannette Jara est arrivée en tête avec 26,8 % des suffrages, devant José Antonio Kast qui a recueilli 23,9 %. Toutefois, le second tour a profondément modifié l’équilibre du scrutin. Kast est parvenu à rassembler l’ensemble de l’électorat de droite et une partie des voix conservatrices modérées, ce qui lui a permis de s’imposer largement. La participation, rendue obligatoire pour ce second tour après une forte abstention au premier, a joué un rôle décisif. Près de cinq millions de Chiliens s’étaient abstenus lors du premier vote, mais leur mobilisation au second tour a contribué à la victoire de Kast, qui a obtenu plus de 58 % des suffrages, contre environ 41 % pour Jara.
Jeannette Jara, âgée de 51 ans, est originaire de Conchalí, un quartier populaire de Santiago du Chili. Elle est entrée dans l’histoire en devenant la première candidate du Parti communiste chilien à accéder au second tour d’une élection présidentielle. Issue d’un milieu modeste, fille d’une femme de ménage et d’un technicien, elle est la première de sa fratrie de cinq enfants à avoir poursuivi des études universitaires. Son engagement politique remonte à la dictature d’Augusto Pinochet, durant laquelle elle s’est opposée à la militarisation du pays. Dans les années 1990, après le retour à la démocratie, elle s’impose comme l’une des principales figures des mouvements étudiants de gauche, incarnant une génération marquée par la lutte pour la justice sociale, l’égalité et la mémoire des crimes du régime militaire.
Face à elle, José Antonio Kast représente une droite radicale assumée. Il s’est lui-même positionné plus à droite que Sebastián Piñera, dernier président conservateur du pays, qui a gouverné à deux reprises entre 2010 et 2014 puis entre 2018 et 2022. Kast a affirmé que les idées de Piñera correspondaient aux siennes, mais dans une version « très édulcorée ». Avocat, catholique pratiquant et conservateur, Kast a profondément transformé le paysage de la droite chilienne. Son discours est régulièrement comparé à celui de figures internationales comme Donald Trump, Javier Milei ou Nayib Bukele. Proche de mouvements catholiques conservateurs, il rejette néanmoins l’étiquette d’« extrême droite », tout en assumant des positions qui suscitent de vives controverses, notamment sa défense du régime militaire d’Augusto Pinochet.
Dans cet article de Mister Prépa, on t’explique les raisons de la victoire de José Antonio Kast ainsi que les principales propositions qu’il souhaite mettre en place.
Qui est José Antonio Kast ?
Âgé de 59 ans, José Antonio Kast est né dans la région métropolitaine de Santiago. Son histoire familiale alimente régulièrement les débats. Son père, Michael Kast, d’origine allemande, aurait été membre du parti nazi à l’âge de 18 ans, un passé qui continue de susciter des polémiques au Chili. Kast affirme rejeter toute forme d’idéologie totalitaire et nie tout lien avec cet héritage, tout comme il récuse l’étiquette d’extrême droite qui lui est souvent attribuée. Toutefois, ses prises de position sur la dictature militaire fragilisent ce discours. Il a défendu à plusieurs reprises le régime de Pinochet et a même déclaré que, si l’ancien dictateur était encore en vie, il aurait voté pour lui.
Cette proximité idéologique est renforcée par le parcours de son frère aîné, Miguel Kast, qui fut ministre et président de la Banque centrale sous le régime militaire. Or, cette période est marquée par de graves violations des droits humains, notamment des tortures, des assassinats et la disparition de milliers de personnes.
Les mesures politiques de Kast
Sur le plan politique, José Antonio Kast s’est présenté pour la troisième fois à l’élection présidentielle avec un programme centré sur l’austérité budgétaire, la sécurité et l’immigration. À l’image de Javier Milei en Argentine, il a annoncé dès le début que l’année suivant son élection serait difficile, invoquant la nécessité de redresser les finances publiques. Il a également défendu la mise en place de l’état d’urgence dans certaines zones du pays, tout en assurant que cela ne s’accompagnerait pas d’un virage autoritaire, malgré le fait qu’il soit le président le plus à droite depuis le retour de la démocratie il y a trente-cinq ans.
Parmi ses mesures les plus emblématiques figure sa volonté d’installer des fossés à la frontière avec la Bolivie et le Pérou afin de freiner l’immigration illégale, une proposition qui rappelle fortement la politique menée par Donald Trump à la frontière mexicaine. Il souhaite également augmenter le nombre de déportations d’étrangers en situation irrégulière. En matière de sécurité, Kast revendique une politique de « mano dura », inspirée du modèle de Nayib Bukele au Salvador, malgré les accusations de violations des droits humains visant ce type de stratégie. Enfin, sur le plan économique, il entend appliquer une austérité budgétaire stricte, en s’inspirant des réformes libérales menées par Javier Milei.
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Le retour de l’extrême droite
La victoire de José Antonio Kast s’explique en grande partie par sa promesse de rétablir l’ordre face à l’insécurité et à l’immigration, des thèmes centraux de sa campagne. Plus largement, elle s’inscrit dans une dynamique internationale marquée par la montée de dirigeants prônant l’image de « l’homme fort » capable de restaurer l’autorité de l’État, comme en Argentine ou aux États-Unis. Malgré son succès électoral, Kast ne dispose toutefois pas de la majorité absolue au Congrès, ce qui l’obligera à négocier avec d’autres forces politiques pour mettre en œuvre son programme.



