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L’Espagne face aux droits de douane des États-Unis

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L’ombre de Donald Trump continue de planer sur la scène internationale, en particulier dans le domaine du commerce mondial. C’est dans ce contexte que le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a entamé une série de visites stratégiques en Asie, visant à renforcer les relations économiques avec le Vietnam et la Chine, deux pays directement affectés par les politiques protectionnistes de l’ancien président américain. Dans cet article de Mister Prépa on va t’expliquer comment Pedro Sánchez cherche à  contourner les effets négatifs des droits de douane imposés par les États-Unis et repositionner l’Espagne sur la carte du commerce international, notamment en Asie.

 

Visite en Vietnam

Dès sa première étape à Hanoï, capitale du Vietnam, Pedro Sánchez a clairement exprimé sa position face à la guerre commerciale initiée par Washington. Lors de sa rencontre avec le Premier ministre vietnamien Pham Minh Chinh, il a martelé un message sans ambiguïté : « Personne ne sort gagnant des guerres commerciales. Tous les pays y perdent, mais ce sont surtout les travailleurs et la classe moyenne qui en subissent les conséquences. » Ce message place l’Espagne du côté des pays favorables au libre-échange et hostiles aux mesures unilatérales, dans une perspective multilatérale qui contraste avec la logique de confrontation défendue par l’administration Trump.

Le Vietnam, pays dont l’économie dépend fortement du commerce avec les États-Unis, adopte pour l’instant une stratégie prudente, privilégiant le dialogue plutôt que l’affrontement. Contrairement à la Chine, qui a répliqué aux droits de douane par des mesures de rétorsion, le Vietnam opte pour la négociation, essayant d’éviter l’escalade tout en cherchant des partenaires alternatifs. C’est dans ce cadre que s’insère la volonté espagnole de développer ses relations économiques et commerciales avec le pays. Sánchez a notamment souligné l’intérêt pour les entreprises espagnoles d’accéder à de grands contrats d’infrastructure, tout en promouvant une coopération industrielle renforcée.

 

Visite en Chine

Après le Vietnam, le président espagnol s’est rendu en Chine, illustrant la place croissante qu’occupe ce pays dans la stratégie commerciale de l’Espagne. Cette visite marque une nouvelle étape dans les relations bilatérales entre Madrid et Pékin, marquées à la fois par des déséquilibres structurels et des opportunités nouvelles. La balance commerciale entre les deux pays reste largement déficitaire pour l’Espagne, qui importe bien plus qu’elle n’exporte. L’un des objectifs fondamentaux de cette visite est donc d’élargir l’accès des produits espagnols au marché chinois.

Lors de son premier voyage en Chine après la levée des restrictions sanitaires liées à la pandémie de Covid-19, Pedro Sánchez fut l’un des premiers dirigeants européens à renouer le contact direct avec Pékin. Il y parvint à conclure un accord sur les amendes imposées aux entreprises, jetant ainsi les bases d’une coopération économique renforcée. Lors de sa deuxième visite, un tournant majeur fut annoncé : un investissement chinois d’un milliard d’euros pour la construction d’une usine de haute technologie, destinée à produire des composants essentiels dans la filière de l’hydrogène vert, domaine stratégique pour la transition énergétique de l’Espagne.

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Cette volonté d’attirer des investissements chinois s’inscrit dans une démarche plus large visant à faire de l’Espagne une plateforme industrielle pour les entreprises asiatiques. La Chine, devenue un acteur incontournable du secteur automobile, pourrait être incitée à implanter ses usines sur le sol espagnol, comme elle l’avait exigé des multinationales étrangères pendant des décennies.

Ce rapprochement diplomatique et économique n’est pas sans contrepartie. L’abstention de l’Espagne lors du vote européen sur l’imposition de droits de douane aux véhicules chinois est perçue comme un geste d’amitié par Pékin. Mais cela révèle également la dépendance croissante de l’économie espagnole à l’égard de la Chine. En effet, la Chine est le premier importateur de porc espagnol, un secteur clé pour l’économie agricole du pays. Des représailles chinoises, dans le contexte actuel de tensions commerciales globales, pourraient avoir des conséquences économiques lourdes.

Malgré cette proximité croissante, l’Espagne reste prudente sur les questions sensibles entourant la politique intérieure chinoise. Les accusations d’abus envers la minorité ouïghoure, la situation au Tibet, la répression des libertés à Hong Kong ou encore la question délicate de Taïwan sont autant de sujets sur lesquels Madrid préfère garder le silence. Cette posture diplomatique de non-ingérence est également observable dans la position espagnole à l’égard des événements de la place Tian’anmen en 1989. En s’abstenant de critiquer ouvertement Pékin, l’Espagne cherche à ménager son partenaire économique, tout en préservant ses intérêts commerciaux.

 

Réaction des U.S

La troisième visite de Pedro Sánchez en Chine en moins de trois ans est hautement symbolique. Elle intervient en pleine guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, dans un climat international tendu. Cette visite est perçue comme un signe de rapprochement entre l’Espagne et la deuxième puissance mondiale, ce qui soulève plusieurs interrogations, notamment sur la réaction de Washington. L’administration Trump, dans un geste révélateur, a même menacé l’Espagne de nouvelles sanctions douanières, allant jusqu’à la confondre avec un pays membre des BRICS pour mieux justifier ses attaques économiques. Cette confusion pourrait être volontaire, utilisée comme un levier pour dissuader l’Espagne de poursuivre sa politique extérieure indépendante.

Sur le plan européen, l’attitude de Pedro Sánchez vis-à-vis de la Chine fait figure de pionnier. En tant que premier grand dirigeant européen à se rendre en Chine après la pandémie, il revendique un rôle moteur dans le rapprochement sino-européen. Son dernier voyage s’inscrivait dans une volonté explicite de signer des accords bilatéraux favorisant les exportations espagnoles, notamment dans le domaine pharmaceutique.

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Piotr Sienicki