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Torre Pacheco : cible d’une tempête sociale et politique

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Le sud de l’Espagne, habituellement associé à ses paysages ensoleillés et à ses terres agricoles prospères, est depuis quelques jours secoué par une vague de violences et de tensions communautaires. La ville de Torre Pacheco, située dans la région de Murcie et peuplée d’environ 36 000 habitants, a été le théâtre d’émeutes anti-immigrés qui ont attiré l’attention des médias nationaux et internationaux. Dimanche 13 juillet, les autorités espagnoles ont lancé un appel au calme, tentant de mettre un terme à une escalade inquiétante. Avec Mister Prépa on t’explique l’origine et les conséquences de ces émeutes anti-immigrés.

 

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Un incident déclencheur

Pour comprendre l’origine des troubles, il faut remonter au mercredi 11 juillet. Ce jour-là, Domingo, un retraité espagnol, est agressé en pleine rue. L’attaque, particulièrement violente, est filmée par ses assaillants et diffusée en ligne, provoquant un choc dans toute la région. Selon les déclarations de la victime aux médias espagnols, trois jeunes d’origine nord-africaine l’auraient attaqué sans motif apparent. Les images de son visage tuméfié, largement relayées sur les réseaux sociaux et dans la presse, ont suscité une vive indignation dans l’opinion publique.

Cet incident a poussé le maire, membre du Parti populaire (droite conservatrice), à organiser un rassemblement en hommage à Domingo et pour dénoncer l’agression. Bien que la manifestation ait été initialement présentée comme pacifique, elle a rapidement dégénéré sous l’influence de groupes d’extrême droite venus diffuser des messages de haine. Sur Telegram, un collectif baptisé « Deport them now » a lancé un appel explicite à la chasse aux immigrés nord-africains. Dans les rues, les slogans hostiles se multipliaient : « Ni uno más » (« Pas un de plus »), « Moros hijos de p*** », « Viva Franco », ou encore « A vuestro país » (« Retournez dans votre pays »). Certains manifestants, armés de bâtons, ont parcouru la ville à la recherche de migrants.

Torre Pacheco marquée par l’immigration

Face à cette spirale de violences, le maire a pris la parole le 13 juillet pour appeler au calme, rappelant qu’il ne fallait pas confondre quelques délinquants avec l’ensemble de la population immigrée. Torre Pacheco compte près de 30 % d’étrangers, principalement originaires du Maroc. Cette proportion élevée s’explique par le développement agricole de la région : il y a environ 45 ans, la construction d’un système de transfert d’eau entre le fleuve Tage et le Segura a permis l’essor de cultures irriguées dans cette zone aride. Cette prospérité agricole nécessite une main-d’œuvre abondante, en particulier pour les récoltes. Or, une grande partie de ces emplois, souvent saisonniers et pénibles, est boudée par les travailleurs espagnols et occupée par des migrants venus du Maghreb.

La cohabitation entre communautés, bien que généralement pacifique, a parfois été fragilisée par des tensions liées à la précarité, aux conditions de travail et à des faits divers instrumentalisés. L’agression de Domingo a agi comme un catalyseur, réveillant des rancunes latentes et offrant un terrain fertile aux discours extrémistes.

Torre Pacheco : Des précédents en Europe

Ce type de flambée de violences n’est pas inédit en Europe. En juin dernier, la ville de Ballymena, en Irlande du Nord, avait connu un épisode similaire : la tentative de viol d’une adolescente de 14 ans, suivie de l’inculpation de deux jeunes Roumains, avait déclenché une série d’attaques ciblant la communauté roumaine locale. Là aussi, la police avait dû être massivement mobilisée pour rétablir l’ordre.

L’instrumentalisation politique

Dans les jours qui ont suivi l’agression de Torre Pacheco, les journalistes venus couvrir l’événement ont souvent été interrompus ou pris à partie par des militants d’extrême droite. Santiago Abascal, leader national du parti Vox, a publié sur ses réseaux sociaux une vidéo dans laquelle il dénonçait une « invasion migratoire brutale » en Espagne, sans mentionner directement les violences de Torre Pacheco. Filmé devant une peinture représentant une scène de la Reconquista – période historique marquée par les campagnes militaires chrétiennes contre la domination musulmane en Espagne –, Abascal affirmait que l’immigration avait « volé nos frontières, notre paix et notre prospérité ».

La nuit du 15 juillet, les forces de l’ordre ont mis fin à une nouvelle mobilisation d’extrême droite rassemblant plus d’une centaine de personnes venues, selon leurs propres termes, « chasser » des étrangers. Il s’agissait du cinquième jour consécutif d’intervention policière. Bilan : une arrestation, 23 signalements pour trouble à l’ordre public et un climat toujours tendu. Une semaine après l’agression, la police restait vigilante, craignant de nouvelles mobilisations appelant à « la caza del moro » (« la chasse aux musulmans »). Le maire, se félicitait d’un retour progressif au calme, tout en reconnaissant que des individus extérieurs à la ville venaient le soir pour semer le trouble.

Parallèlement, à Barcelone, le leader en ligne de « Deport them now » a été arrêté pour incitation à la haine, après avoir encouragé la population à participer à une chasse aux étrangers. Quant au principal suspect de l’agression de Domingo, un Marocain de 19 ans, il a été placé en détention provisoire après avoir tenté de fuir vers la France.

Un contexte politique explosif

En plein week-end de tensions, le leader régional de Vox à Murcie, José Ángel Antelo, s’est rendu à Torre Pacheco pour participer à un événement intitulé « Défends-toi de l’insécurité », centré sur les propositions de son parti concernant l’immigration illégale. Le Parti socialiste (PSOE) de Murcie l’a dénoncé pour incitation à la haine, tandis que Podemos a annoncé vouloir engager la même démarche contre Santiago Abascal.

Politiquement, Torre Pacheco est un bastion favorable à Vox : lors des élections législatives de 2019, le parti d’extrême droite y avait recueilli plus de 38 % des voix, et plus de 28 % à l’échelle régionale. Cette implantation solide facilite la résonance des discours anti-immigration dans un contexte émotionnellement chargé.

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Piotr Sienicki