En 2022, Dina Boluarte a été élue présidente du Pérou après la destitution de Pedro Castillo. L’élection a été un tournant pour l’État, puisque c’est la première femme à occuper ce poste dans l’histoire du Pérou. Cependant, la présidence de Dina Boluarte a été marquée par de nombreuses dérives autoritaires. Dans cet article, nous te présentons l’histoire politique du Pérou et les différentes raisons de son instabilité.
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Naissance de la nation péruvienne
Avant 1500, le territoire du Pérou était occupé par l’empire des Incas. Il s’agissait de la civilisation précolombienne la plus étendue et la plus puissante du continent. En 1531, Francisco Pizarro et son équipage arrivent dans la région et colonisent le territoire Inca après plusieurs batailles sanglantes. C’est le 28 juillet 1821 que le Pérou déclare son indépendance.
Durant la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, le pays est assez instable politiquement. De nombreux gouvernements civils et militaires se succèdent. Dès les années 1920, les mouvements communistes montent en popularité. L’organisation politique d’extrême gauche la plus influente était l’Alliance populaire révolutionnaire américaine (Alianza Popular Revolucionaria Americana) qui voit le jour en 1924. Elle se revendique marxiste et existe jusque dans les années 1980.
La présidence de Alberto Fujimori
En 1980, naît une guérilla communiste, le Sentier Lumineux (Sendero Luminoso). Elle a participé aux conflits armés qui se sont déroulés à la fin du XXe siècle dans le pays. Le Sentier Lumineux est considéré comme une organisation terroriste par de nombreux États.
En 1990, la vie politique péruvienne connaît un tournant avec l’élection d’Alberto Fujimori. Ce président d’origine japonaise était à la tête du parti de droite Cambio 90. Le mandat de Fujimori a été qualifié a posteriori de « demodura », néologisme formé des mots « democracia » et « mano dura ». En effet, il a réprimé les opposants d’extrême gauche, comme ceux du Sendero Luminoso.
Fujimori met en place une libéralisation économique : le « fuji choc ». De nombreuses entreprises sont privatisées, les prix sont dérégulés et la monnaie est dévaluée de 200 %. Ces réformes permettent de faire sortir le pays de la récession économique qu’il connaissait jusqu’à présent et de faire baisser fortement l’inflation. Cependant, sur le plan social, ces mesures ont creusé l’écart entre les riches et les pauvres et ont augmenté le taux de pauvreté.
En 1993, le président fait adopter une Constitution qui renforce considérablement ses pouvoirs. En 1996, la ley de Interpretación Auténtica l’autorise à se présenter à un 3e mandat, ce qu’il fait en 1998. Il est réélu, mais il ne restera au pouvoir seulement deux ans. En effet, un scandale de corruption de grande ampleur dans lequel il est impliqué est révélé. Fujimori s’enfuit au Japon, mais il sera poursuivi en justice. En 2010, il est condamné à une peine de 25 ans pour violation des droits de l’homme. Lors de sa présidence, la répression contre les opposants politiques a été très sévère : on estime qu’il y a eu plus de 70 000 morts.
Les gouvernements du XXIe siècle
En 2016 est élu Pedro Pablo Kuczynski, à la tête du parti de droite Péruviens pour le changement. Cependant, sa présidence sera de courte durée, puisqu’il est destitué en 2018. Son implication dans l’affaire Odebrecht, un cas de corruption qui a touché tout le continent, lui vaut d’être arrêté et placé en résidence surveillée.
En 2021, c’est Pedro Castillo qui accède au pouvoir. Il est différent de ses prédécesseurs, puisqu’il appartient à la gauche radicale. Il est né dans un milieu rural précaire, ce qui motive sa volonté de restaurer une justice sociale dans le pays. Cependant, sur les questions sociétales, comme l’avortement ou l’homosexualité, il affiche des positions conservatrices.
Sa présidence sera de durée encore plus courte que celle de ses prédécesseurs, puisqu’il sera destitué en 2022 pour « incapacité morale ». De fait, il n’arrive pas à diriger le gouvernement et échoue à mettre en place les réformes qu’il avait promises, comme la réforme agraire.
Dina Boluarte, sa vice-présidente, lui succède. Elle est alignée avec les partis conservateurs et sa popularité baisse rapidement. En effet, entre 2022 et 2023 de nombreuses manifestations organisées par les partis de gauche contre le gouvernement ont lieu. Dina Boluarte met en place une répression sévère, qui fait une vingtaine de morts. Après ces évènements tragiques, elle est mise en examen pour homicide. De plus, elle est aussi soupçonnée d’être dans une affaire de corruption impliquant des montres Rolex.
Le Pérou : une instabilité permanente ?
Le Pérou apparaît donc comme soumis à une instabilité permanente. Les gouvernements se succèdent sans réussir à instaurer de consensus. Une des raisons est la corruption, considérée par 54 % des citoyens comme le problème majeur du pays. De plus, la démocratie semble très fragile, puisque des nouvelles mesures pour renforcer le pouvoir présidentiel ont été adoptées à de multiples reprises. Le Congrès est en tension permanente avec le pouvoir exécutif, qui a essayé plusieurs fois de dissoudre le Congrès. Les manifestations et leur répression alimentent également le climat de chaos et de peur dans le pays. Les prochaines élections générales du Pérou se tiendront le 12 avril 2026, ce qui peut de nouveau bouleverser le paysage politique du pays.
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