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Analyse : La Justice de Luca Giordano

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Les cours ont débuté et il est temps de commencer à travailler pour le concours, si cela n’a pas déjà été amorcé durant l’été. Le début de l’année est aussi un bon moment pour profiter du fait de ne pas être dans l’empressement et, tout en se divertissant, d’approfondir sa culture générale, notamment en vue de l’épreuve. C’est pourquoi nous te proposons dans cet article une analyse de La Justice de Luca Giordano.

Entre 1682 et 1685, le peintre napolitain Luca Giordano réalise, pour le plafond de la somptueuse Galleria du Palazzo Medici Riccardi à Florence, une série de fresques célébrant la grandeur humaine à travers la Sagesse et la Vertu. Parmi elles, l’Allégorie de la Justice occupe une place stratégique : située dans l’un des quatre angles du plafond, elle incarne l’une des vertus cardinales identifiées dès l’Antiquité par Platon et intégrées au corpus moral de l’Église catholique. Le modello (esquisse peinte à l’huile sur toile) conservé aujourd’hui à la National Gallery de Londres, permet de comprendre à la fois la conception symbolique et la mise en scène picturale de cette vertu, au cœur du thème « juger ». 

 

Une Justice triomphante mais entourée de menaces

Au centre de la composition, la Justice est représentée de manière traditionnelle : elle tient dans une main la balance, symbole de l’évaluation équitable, et dans l’autre l’épée, signe du pouvoir de trancher et de punir. Cependant, Giordano l’installe sur un support inattendu : un autruche. Dans l’iconographie, cet animal est parfois associé à l’impartialité et à la capacité d’avaler des pierres, image métaphorique de la tolérance aux vérités difficiles. Ce choix surprend et dynamise la scène, en l’arrachant à toute rigidité hiératique.

Autour d’elle gravitent des figures qui incarnent les conséquences de son action. À droite, Punition – épée abaissée – et Récompense évoquent les deux issues du jugement. Mais sur les côtés se tiennent des menaces constantes : à gauche, la figure masquée et à queue de serpent de la Tromperie ; à droite, la Discorde et la Querelle, cette dernière attisant le conflit à l’aide de ses soufflets. La Justice se trouve ainsi représentée comme une vertu fragile, toujours assiégée par des forces de désordre.

La Justice, Luca Giordano

 

Le jugement comme équilibre entre sanction et récompense

Dans la partie supérieure, Giordano déploie une série de figures allégoriques qui illustrent les fruits d’une justice bien appliquée : l’Ordre, porteur de lance et de bouclier ; la Renommée, messagère de la gloire qui s’ensuit ; et la Sécurité, garante de la stabilité obtenue par l’équité. Le peintre ne réduit donc pas « juger » à l’acte de punir : il en montre les effets constructifs, sur l’individu comme sur la collectivité.

La juxtaposition de Punition et de Récompense rappelle la double nature du jugement. Pour être juste, il doit tenir compte non seulement des fautes, mais aussi des mérites. Giordano traduit ce principe dans la composition même : la Justice se tient au centre, équilibrant d’un côté la sévérité et de l’autre la bienveillance. Cette structuration visuelle fonctionne comme une leçon morale : juger équitablement, c’est maintenir la balance en équilibre malgré les tentations de la partialité.

Une fonction politique et décorative

L’Allégorie de la Justice n’est pas isolée : elle s’inscrit dans un programme iconographique conçu par Giordano et son conseiller Alessandro Segni pour flatter les commanditaires, la famille Riccardi, alliée des Médicis. Dans la Galleria, les quatre vertus cardinales occupent les angles, comme des piliers moraux soutenant le vaste récit visuel qui exalte la grandeur humaine et divine. La Justice, ici, renforce l’image d’un pouvoir éclairé, garant de l’ordre civique et du prestige familial.

Dans ce contexte, le thème « juger » prend une dimension politique. La Justice représentée par Giordano n’est pas seulement une valeur abstraite : elle reflète l’idéologie du mécène, soucieux de se présenter comme un arbitre équitable et un protecteur des arts et des sciences. Juger, c’est donc affirmer un pouvoir légitime, fondé sur l’équilibre entre fermeté et bienveillance, et reconnu comme tel par la société.

 

Conclusion

Dans l’Allégorie de la Justice, Luca Giordano ne se contente pas d’illustrer une vertu morale : il en explore les tensions, les effets et la fragilité. Juger apparaît comme un exercice d’équilibre permanent entre sanction et récompense, menacé par la tromperie et la discorde, mais capable, lorsqu’il est bien conduit, d’engendrer ordre, renommée et sécurité. Œuvre d’art et manifeste politique, cette image rappelle que la justice, pour être légitime, doit non seulement trancher, mais aussi rassembler.

Cette analyse sur le thème “juger” te permet ainsi d’interroger de multiples façons cette notion, tout en te divertissant. Elle te permet ainsi de développer tes propres analyses, ou bien de lier toi-même ce tableau aux analyses entendues en cours, afin de présenter le jour du concours des exemples pertinents et originaux.


Source : Allegory of Justice The National Gallery

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Corentin Viault