Son mandat n’aura duré que quatre mois. José Jeri n’est plus aujourd’hui le président du Pérou. Le Congrès péruvien l’a destitué à la suite d’une motion de censure, faisant de lui le septième chef de l’État à quitter le pouvoir en seulement dix ans. Cette éviction s’inscrit dans une séquence politique particulièrement agitée pour le pays. Jeri, qui était auparavant président du Congrès, avait accédé à la tête de l’État après la destitution de Dina Boluarte, elle-même écartée par le Parlement sur fond d’accusations de corruption. Boluarte avait succédé à Pedro Castillo, un autre président contraint de quitter ses fonctions. Castillo purge actuellement une peine de prison pour avoir tenté, sans succès, de dissoudre le Congrès péruvien. Dans ce contexte déjà explosif, la chute de José Jeri ajoute un nouvel épisode à la longue série de crises institutionnelles que traverse le pays. Dans cet article de Mister Prepa, on t’explique pourquoi Jeri a été écarté du pouvoir et pourquoi il est devenu si difficile de gouverner le Pérou.
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Le scandale du Chifagate
Si son passage à la présidence fut bref, il n’en a pas moins été marqué par une accumulation rapide de scandales. En l’espace de quatre mois, José Jeri a dû faire face à sept motions de censure pour « conduite inappropriée ». Mais l’affaire qui a précipité sa chute porte un nom devenu emblématique : le « Chifagate ». Le scandale éclate au début de l’année lorsque la presse locale révèle que le président s’est entretenu discrètement avec un homme d’affaires chinois, Zhihua Yang, dans un « chifa », ces restaurants populaires au Pérou qui mêlent traditions culinaires péruviennes et chinoises. Cette rencontre ne figurait pas à l’agenda officiel du chef de l’État. Plus troublant encore, des images de vidéosurveillance montrent José Jeri entrant dans l’établissement le visage dissimulé sous une capuche.
Face aux révélations, le gouvernement tente d’éteindre l’incendie médiatique en expliquant qu’il s’agissait d’une réunion destinée à célébrer l’amitié entre la Chine et le Pérou, et que le président avait simplement cherché à éviter les photographes. Pourtant, de nouveaux éléments viennent rapidement fragiliser cette version. Il apparaît qu’un second homme d’affaires chinois était également présent et que ce dernier aurait été reçu à trois reprises au palais du gouvernement. Une enquête est alors ouverte pour parrainage illégal et trafic d’influence. José Jeri est appelé à s’expliquer devant la justice, tandis que la pression politique s’intensifie au Congrès.
Le « Chifagate » n’est cependant pas le seul dossier embarrassant. D’autres révélations alimentent la défiance à son égard. Plusieurs femmes ayant visité le palais du gouvernement auraient été nommées peu de temps après à des postes de fonctionnaires. À la suite de ces révélations, certaines ont démissionné, renforçant le soupçon de favoritisme. Ces accusations prennent une dimension encore plus grave au regard d’antécédents reprochés à l’ancien président, notamment des comportements jugés violents et sexistes. L’accumulation de ces controverses finit par éroder le peu de capital politique dont il disposait.
La destitution de José Jeri intervient alors que le pays se prépare déjà aux prochaines élections présidentielles, prévues en avril 2026. Il ne lui restait que quelques mois à exercer avant la fin officielle du mandat en juillet 2026. Pourtant, sa chute ouvre un nouveau chapitre d’incertitude. Le Congrès doit désormais désigner un président chargé d’assurer l’intérim jusqu’au terme du mandat en cours, dans un climat de défiance généralisée.
L’instabilité politique au pérou
Pour comprendre cette instabilité chronique, il faut s’intéresser à l’architecture institutionnelle du Pérou. La Constitution de 1993 accorde au Congrès un pouvoir considérable : celui de déclarer la « vacance » de la présidence pour inaptitude morale ou physique. Cette disposition, aux contours relativement flous, a été utilisée à plusieurs reprises ces dernières années, contribuant à fragiliser structurellement l’exécutif face au législatif. Les présidents péruviens gouvernent ainsi sous la menace constante d’une destitution parlementaire.
Cependant, le cas de José Jeri présente une particularité inquiétante. Il n’a pas été écarté via la procédure classique de vacance pour inaptitude, mais par une simple motion de censure, adoptée à la majorité simple. Cette procédure, plus rapide et politiquement plus accessible, abaisse encore le seuil nécessaire pour renverser un chef de l’État.
La comparaison avec les mandats précédents illustre l’ampleur de la crise. José Jeri détient l’un des mandats les plus courts de la décennie, battu de peu par celui de Manuel Merino, resté en fonction à peine cinq jours en 2020. Avant cette période de turbulences, le dernier président à avoir achevé son mandat complet fut Ollanta Humala, entre 2011 et 2016. Depuis, le pays a vu se succéder une série de chefs d’État, souvent rattrapés par des affaires judiciaires. Plusieurs anciens présidents sont aujourd’hui en prison ou font l’objet de procédures en cours.
À l’approche du scrutin d’avril 2026, plus de trente-six candidats se sont déjà déclarés, sans qu’aucune figure ne s’impose clairement comme favorite. Cette fragmentation du paysage politique complique la formation de majorités stables et alimente la volatilité institutionnelle. Dans l’opinion publique, la lassitude grandit. La crédibilité des institutions démocratiques s’effrite, et la légitimité du Congrès est de plus en plus contestée. De nombreux Péruviens expriment leur défiance à l’égard d’une classe politique perçue comme incapable de garantir stabilité et probité.


