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L’Inhumanité dans le cinéma : 3 films clés de Scorsese

Sommaire

« Les films Marvel ne sont pas vraiment du cinéma » c’est ce que déclarait l’iconique réalisateur Martin Scorsese en 2019. La sortie a fait scandale, mais elle révèle surtout l’obsession d’un cinéaste qui interroge, depuis cinquante ans, une seule vraie question : jusqu’où un homme peut-il perdre son humanité ? Cette question tombe à pic pour toi, futur candidat sur le thème 2027. Pour comprendre l’humanité, rien de tel que d’observer son envers. C’est justement ce que permet l’inhumanité au cinéma : en montrant ce que l’homme perd, elle éclaire, en creux, ce qui le définit.

 

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Pourquoi étudier l’inhumain pour mieux penser l’humanité

Un concept se comprend rarement seul. On saisit mieux la justice en pensant à l’injustice, la liberté en pensant à l’enfermement. L’humanité ne fait pas exception : elle se dessine plus nettement lorsqu’on regarde ses limites, ses ratés, ses négations. Or, peu d’artistes ont exploré ces limites avec autant de constance que Scorsese. Sa filmographie regorge de personnages qui perdent pied, qui basculent, qui cessent, à un moment précis, d’agir en êtres humains. Trois films illustrent particulièrement bien cette bascule, et surtout, ils l’illustrent de trois manières radicalement opposées. C’est cette diversité qui rend le corpus si précieux pour une dissertation : elle évite l’écueil du film unique, plaqué partout, et permet de nuancer ta réflexion sur l’inhumanité au cinéma.


Taxi Driver : l’inhumanité (du cinéma) par l’isolement

Sorti en 1976, Taxi Driver suit Travis Bickle, un ancien marine devenu chauffeur de nuit à New York. Insomniaque, coupé de tout lien social, Travis observe la ville depuis l’habitacle de son taxi comme on observe un aquarium. Peu à peu, son isolement se transforme en dégoût, puis en projet de purification violente.

Ce que Scorsese met en scène ici, c’est une inhumanité par soustraction : Travis ne perd pas son humanité dans un excès de passion, il la perd en silence, faute de contact réel avec autrui et comme l’exige Aristote, “l’Homme est un animal politique et social” fait pour vivre dans la cité (zoon politikon). Sans regard extérieur pour le tempérer, son jugement dérive, et la violence devient, à ses yeux, une solution logique. En dissertation, ce personnage permet d’illustrer une thèse précise : l’humanité ne se maintient pas seule, elle dépend du lien social et du regard d’autrui pour rester ancrée dans le réel.

 

 

Raging Bull : le cinéma de l’inhumanité animale

Deuxième registre, complètement différent : Raging Bull, sorti en 1980, retrace la carrière du boxeur Jake LaMotta. Sur le ring, sa violence fait sa gloire. En dehors, cette même violence détruit son couple, sa famille, sa carrière.

Là où Travis Bickle s’éteint dans le silence, Jake LaMotta déborde. Sa jalousie maladive et ses accès de rage le rapprochent d’une forme d’animalité brute, une humanité submergée par l’instinct plutôt qu’éteinte par l’isolement. Ce contraste est précieux pour ta copie : il te permet d’opposer deux visages de l’inhumain, l’un par manque, l’autre par excès. Tu peux ainsi mobiliser Descartes, pour qui l’homme se distingue de l’animal par la raison, et montrer que Jake LaMotta illustre justement l’inverse : une raison débordée par la passion.

 

Le Loup de Wall Street : l’inhumanité (au cinéma) du calcul

Troisième et dernier visage, plus froid encore : Le Loup de Wall Street, sorti en 2013, met en scène l’ascension du courtier Jordan Belfort. Contrairement à Travis ou à Jake, Belfort n’est ni isolé ni débordé par ses pulsions : il est parfaitement lucide, parfaitement calculateur.

Son inhumanité ne vient donc ni du silence ni de l’excès animal, mais d’un rapport purement instrumental aux autres. Ses clients, ses collègues, ses proches deviennent des moyens au service d’un seul but : l’enrichissement. Cette figure entre en résonance directe avec la formule kantienne de l’humanité, qui exige de traiter autrui toujours comme une fin, jamais simplement comme un moyen. Belfort en est l’antithèse absolue, ce qui en fait une référence redoutablement efficace pour un développement sur la déshumanisation par le profit.

 

Comment mobiliser ces trois figures en dissertation

L’intérêt de ce corpus tient à sa cohérence interne. Ainsi, chaque film illustre une source différente de l’inhumain : l’isolement chez Travis Bickle, l’animalité chez Jake LaMotta, le calcul froid chez Jordan Belfort. Tu peux donc t’en servir pour construire une progression entière de développement, en montrant que l’humanité peut se perdre de plusieurs façons distinctes, et pas seulement par la violence spectaculaire qu’on associe trop souvent, par réflexe, à l’inhumain.

Pour autant, il serait plus judicieux d’éviter d’entasser les trois références dans un seul paragraphe. Choisis plutôt l’exemple qui correspond le mieux à ton axe de réflexion, puis creuse-le avec précision : contexte du film, situation du personnage, mécanisme psychologique à l’œuvre. C’est cette précision, plus que le nombre de films cités, qui distingue une bonne copie d’une copie moyenne. Garde en tête que le jury valorise toujours une analyse fine d’une seule référence plutôt qu’un catalogue de titres à peine effleurés.

En creusant ces trois films, tu disposes finalement d’une cartographie complète de l’inhumanité au cinéma : par manque de lien, par excès de passion, ou par excès de calcul. De quoi enrichir ta réflexion sur l’humanité elle-même, bien au-delà des sentiers battus.

 

Ce qu’il faut retenir

Avant d’aller plus loin dans tes révisions, retiens ces trois mécanismes distincts :

  • L’isolement (Taxi Driver -> Travis Bickle) fragilise l’humanité en coupant le lien avec autrui, seul rempart contre la dérive du jugement.
  • L’excès animal (Raging Bull -> Jake LaMotta) montre une raison submergée par l’instinct et la passion, à l’opposé du critère cartésien de l’humanité.
  • Le calcul froid (The Wolf of Wall Street -> Jordan Belfort) nie l’humanité d’autrui en le réduisant à un simple moyen, à rebours de la formule kantienne.

Trois mécanismes, donc, mais une seule leçon : l’inhumanité au cinéma ne se limite jamais à la violence spectaculaire. Elle se niche aussi dans le silence, l’excès ou le calcul. Garde ces trois axes sous la main avant tes écrits : ils te permettront de nuancer instantanément n’importe quel sujet portant sur l’humanité.

 

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Lucas Rus