Passer au contenu principal

Misterprepa

Juger l’Humanité : comment recycler tes thèses de l’an dernier en culture générale

Sommaire

Et si tu n’avais pas besoin d’apprendre de nouvelles thèses pour maîtriser le nouveau thème de cette année ?

Salut à toi, cher khûbe ! Tu as passé une année entière à ficher des thèses sur « Juger », et voilà qu’on t’annonce un nouveau thème pour 2027 : « L’humanité ». De quoi avoir l’impression de tout recommencer à zéro. Mauvaise nouvelle : ce n’est pas tout à fait faux. Bonne nouvelle : ce n’est pas vrai non plus. Une thèse solide n’est jamais collée à un seul mot, elle est collée à une structure de pensée, et cette structure, elle, voyage très bien d’un thème à l’autre. Je vais donc t’expliquer comment faire pivoter des thèses que tu maîtrises déjà.

 

Avant les exemples, un mot de méthode. Recycler une thèse, ce n’est pas la coller telle quelle dans une nouvelle copie : c’est déplacer la question à laquelle elle répond. L’an dernier, le thème « Juger » posait une question de méthode : comment bien juger ? Cette année, « L’humanité » pose une question de définition : qu’est-ce qui fait qu’on est humain ? Le lien entre les deux n’est pas artificiel : pour juger, il fallait déjà supposer une faculté propre à l’homme. Le thème 2026 présupposait donc silencieusement une thèse sur l’humanité. Ton travail cette année consiste à rendre explicite ce qui était implicite.

 

Lire plus : Analyse et plan détaillé complet du thème “L’Humanité”

 

Descartes et Victor de l’Aveyron : de l’erreur de jugement à la définition de l’homme

Sur « Juger », tu mobilisais sans doute René Descartes pour expliquer que les erreurs de jugement viennent de la précipitation et des passions, et sa formule sur les animaux-machines pour distinguer l’homme, capable de jugement, de l’animal, réduit à l’instinct. L’exemple de Victor de l’Aveyron te servait alors à illustrer un jugement défaillant, faute d’éducation.

Sur « L’humanité », le même sujet change de fonction : Victor de l’Aveyron n’est plus un cas d’échec du jugement, il devient un cas limite de l’humanité elle-même. Un corps humain, mais sans langage, sans raison exercée, fonctionnant « comme une machine » au sens cartésien : est-il encore pleinement humain ? La thèse que tu peux défendre change alors de nature : l’humanité ne serait pas un fait biologique donné à la naissance, mais une conquête, acquise par l’exercice du jugement et par la vie en société. L’argument sur comment on juge devient un argument sur ce qui nous rend capables de juger, donc capables d’être humains.

 

Arendt : du jugement comme vertu politique à l’inhumanité comme absence de pensée

Tu avais certainement noté qu’Hannah Arendt fait du jugement l’activité la plus politique des facultés humaines. Sur « Juger », cette thèse valorisait le jugement comme la marque d’une citoyenneté active.

Sur « L’humanité », tu peux retourner cette même thèse pour définir, cette fois, l’inhumain. C’est tout l’enjeu de la banalité du mal développée par Arendt à propos d’Eichmann : ce n’est pas un excès de jugement qui produit l’horreur totalitaire, mais l’incapacité à penser par lui-même qui prive Eichmann de tout jugement propre, réduit à une obéissance mécanique. Ce qui était, l’an dernier, une célébration du jugement comme vertu humaine sert cette année à diagnostiquer ce que perd l’homme lorsqu’il cesse de penser et de juger par lui-même : son humanité. Une bascule idéale si tu veux traiter la question de la déshumanisation dans les régimes totalitaires.

 

Kant : de l’universalité du jugement à la formule de l’humanité

Emmanuel Kant était sans doute ton auteur central sur « Juger », via la distinction entre jugement déterminant et jugement réfléchissant, et le principe d’universalité qui empêche le jugement de rester purement subjectif.

Ce qui est amusant, c’est que Kant t’offre un pont presque trop parfait pour cette année : la deuxième formulation de l’impératif catégorique s’appelle littéralement la « formule de l’humanité ». Elle enjoint de traiter l’humanité, en soi-même comme en autrui, toujours comme une fin, jamais simplement comme un moyen. L’an dernier, tu utilisais Kant pour parler de la forme du bon jugement moral. Cette année, le même auteur te sert à parler du contenu que cette forme protège : ce qu’il y a en l’homme qui mérite un respect inconditionnel.

 

Kundera : du jugement hâtif à la négation d’autrui

Enfin, tu avais peut-être noté cette phrase de Milan Kundera : les êtres humains ont tendance à juger avant de comprendre. Sur « Juger », elle te servait à critiquer la précipitation du jugement, notamment idéologique.

Sur « L’humanité », cette thèse devient un excellent argument sur la manière dont on nie l’humanité d’autrui : juger vite, c’est enfermer l’autre dans une catégorie avant toute rencontre réelle avec lui. C’est précisément ce mécanisme qui permet de réduire un individu à un ennemi, un camp, une étiquette, et donc de justifier qu’on le traite comme moins qu’humain. Le jugement hâtif devient ainsi une véritable opération de déshumanisation.

 

Ce qu’il faut retenir

Ce que ces quatre transpositions ont en commun, c’est un même mouvement : l’an dernier, tes thèses répondaient à la question du comment (comment bien juger, comment éviter l’erreur, comment être objectif, etc.) ; cette année, elles peuvent répondre à la question du quoi (qu’est-ce que l’humanité, qu’est-ce qui la menace, qu’est-ce qui la définit, etc.). Ne force jamais une thèse qui ne fait sens que dans le cadre étroit du jugement : mieux vaut quatre arguments bien retournés que dix citations plaquées. Reprends tes fiches de l’an dernier avec cette question en tête : qu’est-ce que cette thèse dit, sans le dire, de l’humanité ? Tu seras surpris de voir combien d’éléments tu maîtrises déjà.

 

Bon courage pour cette nouvelle année de préparation, et n’hésite pas à nous partager tes propres pivots entre les deux thèmes, on en fera peut-être un nouvel article !

 

Lire plus : Comment exceller en Culture générale

 

Newsletter
Image de Lucas Rus
Lucas Rus